Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




12 juin 2019

La Venin T.1 Déluge de feu, Laurent Astier

La venin TLa Venin est la dernière série du dessinateur et scénariste de BD français Laurent Astier. Son premier tome, Déluge de feu, est paru en janvier dernier aux éditions Rues de Sèvres.

Silver Creek, Colorado, juillet 1900. La jeune Emily, fraîchement arrivée en train dans la petite ville minière, apprend le décès de son futur époux. La jeune femme éplorée n'a plus les moyens de repartir et se accepte d'être embauchée pour ses charmes dans le saloon de la ville. Mais Emily est-elle vraiment aussi naïve qu'elle le prétend ? Son enfance dans le saloon où travaillait sa mère lui a appris les rudiments de la ruse et du mensonge, et il se pourrait que la jeune femme s'en serve pour ses propres desseins...

Le Far West, ses petites villes minières et leur saloon, une héroïne forte et déterminée, comme le laisse présager la couverture, une intrigue qui alterne les époques, cet album avait tout pour me plaire. Et pourtant, il a manqué un petit quelque chose à cette lecture pour me séduire totalement.
Et p
our une fois, c'est difficile à exprimer. L'intrigue est savamment construite - l'album s'ouvre sur la jeunesse d'Emily à la Nouvelle-Orléans, pour se poursuivre, quinze ans plus tard, par l'arrivée de la jeune femme dans le Colorado - et avance à bon rythme, les dialogues ont juste ce qu'il faut de piquant pour titiller la curiosité du lecteur, et l'ambiance est pesée avec minutie.
Côté dessins, le style reste assez classique, tant dans le découpage des planches que dans leur composition. Les personnages comme les décors ont un petit quelque chose qui n'est pas sans rappeler Morris et son célèbre cow-boy. Les couleurs utilisées font la part belle aux teintes sables et orangées, à l'image du désert qui entoure la ville.
Reste que, malgré ces points forts et le plaisir que j'ai ressenti à cette lecture, je n'ai pas éprouvé la petite étincelle qui me donne furieusement envie de poursuivre la série. D'autres que moi ont été bien plus élogieux sur ce tome. De mon côté, et c'est certain, c'est un rendez-vous manqué.

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Merci aux éditions Rue de Sèvres de m'avoir permis de découvrir cet album.

La BD de la semaine

Cette semaine, c'est Stephie qui accueille le rendez-vous des amoureux des bulles !

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12 décembre 2018

Ar-Men, l'Enfer des enfers Emmanuel Lepage

Ar-Men

Ar-Men, l'Enfer des enfers  est un album d'Emmanuel Lepage paru en novembre 2017 chez Futuropolis. 

Au large de l'île de Sein, dans le Finistère, Ar-Men. Le phare le plus difficile d'accès de Bretagne. Germain en est le gardien, avec en alternance Pierrick et Louis, dans ce début des années 1960. Vingt jours en autarcie, seuls dans ce phare, à en garder le feu pour sécuriser les bateaux. Vingt jours dans le silence, les pensées, les souvenirs. Jusqu'à ce qu'une nuit de tempête mette au jour des inscriptions de précédents gardiens. Les naufrages, les nuits d'horreur. Germain découvre l'histoire de Moizez, le premier gardien d'Ar-Men, le premier à avoir choisi de délaisser la terre pour veiller sur la mer. Celui qui fit partie des courageux qui affrontèrent durant quinze ans les flots pour construire Ar-Men, au milieu des flots. 

Ouvrir un album d'Emmanuel Lepage, c'est accepter de prendre une claque, de perdre pied, de se faire happer par un dessin incroyable. Je l'avais déjà ressenti à la lecture d'Un printemps à Tchernobyl, il y a trois ans. Cet album confirme mon impression.

Emmanuel Lepage entraîne son lecteur dans le récit fascinant de la construction de ce phare et de son fonctionnement, lorsqu'il était encore géré par l'homme. La petite histoire et la grande se mêlent, l'aspect documentaire n'alourdissant en rien l'émotion suscitée par les personnages de papier. Le trait est net, les paysages bluffants de réalisme, et l'ensemble est visuellement grandiose. Les scènes de mer et de tempête permettent au talent de Lepage d'exploser et offrent un rendu terrifiant.

Amateur de phares ou non, de la mer ou non, ne passez pas à côté de cet album qui alterne les époques et les personnages pour mieux dresser l'histoire de ce monument classé, premier phare en mer depuis les années 1990. Je ne vais pas en dire plus, pour ne rien dévoiler de cette intrigue. A ceux qui sont passés à côté de Lepage, réparez au plus vite cet impair.  

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La BD de la semaine

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21 février 2018

Aquarica T.1 Roodhaven, Benoît Sokal et François Schuiten

Aquarica TAquarica est un diptyque imaginé par Benoît Sokal et François Schuiten. Le premier tome,  Roodhaven, est paru en octobre 2017 chez Rue de Sèvres.

Roodhaven, 1930. Le petit port de pêche vit du commerce de la baleine depuis des générations, hanté par les disparus en mer. Quand un matin vient s'échouer sur la plage une créature mi-animale mi-métallique, les pêcheurs s'emballent : le crabe géant qu'ils ont devant leurs yeux a récupéré une partie du Golden Licorn - une épave d'un navire échoué il y a plus de cinquante ans - et semble l'avoir assimilé à sa chair. Il n'en faut pas plus pour que les esprits s'échauffent et que cette découverte confirme la théorie des anciens : le naufrage serait dû à une baleine gigantesque que les pêcheurs décident d'aller tuer. Pendant ce temps, John Greyford, un jeune chercheur, est dépêché sur place pour appréhender la créature. Mais en l'approchant, il se rend compte qu'une jeune fille y est logée. Aquarica, c'est son nom, lui demande de lui venir en aide pour sauver son peuple. 

Quel album ! Dès les premières planches, le lecteur est plongé dans les dessins tumultueux de François Sokal. L'ambiance est lourde et sombre à Roodhaven, et le dessinateur rend compte avec justesse de cette atmosphère empesée et de la noirceur qui a gagné les pauvres âmes qui y vivent. Les visages déformés par l'alcool et une vie de dur labeur s'opposent à la candeur de la jeune fille et du scientifique venu étudier la créature.

Les planches se suivent et ne se ressemblent pas, alternant les découpages et les plans pour mieux provoquer un sentiment d'immersion du lecteur. Difficile de ne pas se faire happer par cette intrigue qui oppose la science aux légendes, qui offre des personnages anguleux, des trognes de vieux loups de mer et une jeune fille digne héritière des sirènes des légendes. Un régal dont j'attends le second tome avec impatience ! Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres de m'avoir permis de découvrir cet album.

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BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Stephie !

 

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17 février 2018

Journaux de voyage, Albert Camus

Journaux de voyage, Albert Camus

Journaux de voyage est un ensemble de deux carnets qu'Albert Camus a rédigés en 1946 et 1949, à l'occasion de deux voyages en Amérique du Nord et du Sud. 

Au printemps 1946, Albert Camus est convié aux Etats-Unis pour une série de conférences littéraires, notamment à Harvard. Celui qui écrira La Peste l'année suivante n'est encore qu'un journaliste et écrivain à la réputation qui monte, mais dont les idées politiques inquiètent grandement les services secrets américains. Le gigantisme des villes américaines couplée à l'éloignement de ses proches rendent ce voyage douloureux pour l'écrivain. 
Trois ans plus tard, durant l'été  1949, c'est en Amérique du Sud qu'il est invité, en vedette, cette fois. Malade durant une partie de son voyage, il découvre la pauvreté et la misère, mais aussi les traditions et coutumes des pays qu'il traverse. Etouffé par les mondanités de ce voyage, il le survole à distance, échappant dès qu'il peut à ses obligations officielles pour grignoter une once de solitude. 

Revenir aux écrivains vingtiémistes des belles heures de la littérature française, telle était une de mes envies de 2018. Après bien des années à les fuir, après mon cursus de Lettres Modernes, j'ai plaisir à me replonger dans ces pages et les lire d'un oeil neuf. 
Journaux de voyage traînait dans ma PAL depuis peu et m'intéressait par sa forme. Camus en écrivain voyageur qui prend des notes et les retransmet, tel quel. De fait, sa plume est brute, sèche et parfois plate et relate les faits tels qu'il les a vécus. 
Les deux voyages sont émaillés de rares réflexions et s'apparentent davantage à des comptes-rendus de faits sans analyse derrière. Le lecteur ne saura rien desdites conférences que l'auteur donne mais aura en revanche accès à ses états d'âme. Camus relate sa souffrance, ses envies de suicide, son ennui profond des mondanités.  
Texte brut, Journaux de voyage est avant tout une prise de notes personnelle qui servira à l'auteur par la suite pour ses oeuvres - notamment La Pierre qui pousse et La Mer au plus près, nous apprend la préface. J'ai pris plaisir à le découvrir et m'immerger dans le style quasi télégraphique de l'auteur grognon et incommodé par les mondanités mais je conserve un petit goût de frustration de n'en avoir pas su davantage sur ces mois de voyage.

"Fatigué. Ma grippe revient. Et c'est les jambes flageolantes que je reçois le premier coup de New York. Au premier regard, hideuse ville inhumaine. Mais je sais qu'on change d'avis." (p.25)

"Oui, il y a un tragique américain. C'est celui qui m'oppresse depuis que je suis ici mais je ne sais pas encore de quoi il est fait." (p.28)

"J'ai toujours tout apaisé sur la mer et cette solitude infinie me fait du bien pour un moment, bien que j'aie l'impression que cette mer roule aujourd'hui toutes les larmes du monde. (p.50)


READING CLASSICS CHALLENGE 2018

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14 février 2018

Où le regard ne porte pas T.2 Georges Abolin et Olivier Pont

Où le regard ne porte pas TLe second volet du diptyque Où le regard ne porte pas est paru en septembre 2004 chez Dargaud. J'avais adoré le premier, je me suis lancée sans attendre dans le second !

Istanbul, juillet 1926. Le temps a passé. William, Nino, Paolo et Lisa ont grandi et se retrouvent autour de cette dernière, qui vient de perdre l'enfant qu'elle portait. A peine remise de ses émotions, elle demande à ses amis de l'accompagner à la recherche de son amant, un talentueux peintre parti au Costa Rica sur les traces d'un mystérieux livre. Au nom de leur amitié, ils acceptent.

Second volet du diptyque offert par un de mes collègues, ce tome clôt cette belle histoire d'amitié. Les enfants ont grandi, sont devenus de jeunes adultes, mais leurs liens sont toujours aussi forts et c'est sans hésiter qu'ils répondent à l'appel de l'une des leurs. L'intrigue alterne présent et passé, vies antérieures et visions, dans une tourbillonnante quête de sens.

Les dessins magnifiques d'Olivier Pont emmènent cette fois-ci le lecteur dans la luxuriante forêt costa ricaine. Le silence a sa place, comme dans le premier album, pour laisser au personnage comme au lecteur le soin de découvrir certains lieux. Un album haut en couleurs, conclusion poétique à cette histoire d'amitié. Une très belle lecture. Merci J. si tu passes par ici !

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BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Noukette !

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13 septembre 2017

Le porteur d'histoire, Christophe Gaultier

Le porteur d'histoireLe porteur d'histoire est un album de Christophe Gaultier adapté de la pièce éponyme écrite par Alexis Michalik et récompensée par deux Molières en 2014 (auteur et mise en scène). Il est paru en octobre 2016 aux éditions Les Arènes.

Par une nuit pluvieuse, alors qu'il se rend au fin fond des Ardennes pour enterrer son père, un homme voit sa vie basculer. Découvrant un étrange carnet manuscrit, il décide de se lancer sur les traces de ses personnages, parcourant les pays et les époques pour comprendre qui étaient les Saxes de Bourville et pourquoi ils semblent liés aux grands événements historiques des deux siècles derniers. Quinze ans plus tard, une mère et sa fille disparaissent dans le désert algérien, alors qu'elles avaient rencontré un homme à la recherche de manuscrits et d'un trésor.

Dernier coup de coeur théâtral en date (j'ai eu les larmes aux yeux au lever de rideau...), Le porteur d'histoire est une incroyable pièce à tiroirs, un feuilleton à la Dumas. Et justement, Dumas, tout comme Delacroix ou encore le Pape Clément VI, font partie de ce récit enchâssé.

J'étais curieuse de découvrir cette adaptation en album, encore portée par la pièce de théâtre. Et si ce dernier m'a permis de replonger dans mes souvenirs, je suis restée sur ma faim. Le medium album en lui-même n'apporte finalement pas grand chose par rapport à l'expérience du spectacle vivant. L'histoire semble plus plate, moins vivante, moins vibrante. Christophe Gaultier respecte à la lettre la mise en scène d'Alexis Michalik mais les dessins chargés et les dialogues très présents alourdissent l'ensemble. J'ai aimé repenser à l'intrigue mais en convoquant mes souvenirs de cette soirée au théâtre. Pas sûre que ceux qui ne l'ont pas vu en perçoivent la portée avec cet album. Un avis en demi-teinte, donc.

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Pour ceux qui ne connaissent pas cette pièce, en voici la bande-annonce. Et petit conseil, si elle passe près de chez vous, allez-y les yeux fermés !

BD de la semaine saumon

Aujourd'hui chez Noukette !

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14 juin 2017

Où le regard ne porte pas...T.1 Georges Abolin et Olivier Pont

Où le regard ne porte pasOù le regard ne porte pas... est une série en deux tomes imaginée par Georges Abolin et Olivier Pont et parue chez Dargaud en 2004.

1906, Barellito, petit village italien qui prospère grâce à la pêche. Le jour où William et sa famille quittent Londres pour venir s'y installer, ce petit équilibre va être rompu. Car en visionnaire, Alex, le père de William, a décidé d'acheter un bateau et d'aller pêcher au large. Mais les pêcheurs du coin ne voient pas d'un bon oeil cette avancée technique. En parallèle, William fait la connaissance de Lisa, Nino et Paolo, trois enfants de son âge. Ensemble, dans ce paysage paradisiaque, ils se découvrent. Car tous trois semblent liés par leur date d'anniversaire et un étrange objet que détient Lisa.

Un de mes collègues m'a offert les deux tomes de cette série à l'occasion de mon départ (J., si tu passes par ici, merci beaucoup !) et je dois dire qu'après six ans à se conseiller des livres - et notamment des BD -, j'ai ouvert cet album les yeux fermés, certaine d'y trouver la poésie qu'il évoquait dans le petit mot qu'il m'a laissé.

J'ai plongé dans ce petit village italien du début du 20ème siècle, son charme suranné, sa nature sauvage, impétueuse et à la fois envoûtante, ses villageois bourrus et rétrogrades, aussi. J'ai glissé dans l'eau, aux côtés de Williams et de ses amis, menée par le rythme absolument parfait de cette intrigue en apparence simple. Et j'ai aimé. Beaucoup aimé même.

Georges Abolin prend le temps de dérouler patiemment les fils de son histoire, entre suspense et accalmie. Il la jalonne de mystères - les dons étonnants de Lisa, les visions rougeoyantes à la première personne qui émaillent l'intrigue -, de tranches de vie, de difficultés aussi - notamment du côté des adultes de l'intrigue.

Les dessins magnifiques d'Olivier Pont portent ce récit en lui offrant une lumière douce et un rythme semblable à celui des jeux des enfants dans cette nature qui semble insouciante. Ode à l'enfance, à l'amitié, à l'insouciance ce premier tome est un enchantement très poétique, une échappée dans le temps. J'aurais aimé être aux côtés de ces personnages dans ce village où le temps semble s'être arrêté, plonger moi aussi dans ces eaux. Je n'ai qu'une hâte : ouvrir le second tome pour connaître le dénouement de l'intrigue!

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Cette semaine chez Noukette !

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26 avril 2017

Le Travailleur de la nuit, Matz et Chemineau

Le travailleur de la nuitLe travailleur de la nuit est un album signé Matz pour le scénario et Chemineau pour les dessins paru en avril chez Rue de Sèvres.

Amiens, 1905. Procès d'Alexandre Jacob, marin, cambrioleur professionnel, anarchiste. Cet homme au destin exemplaire a connu le bagne, le cachot, la violence, les insultes, les procès et les injustices pour défendre les valeurs qui sont les siennes. De son enfance à Marseille à son engagement dans la marine en passant par son détour dans la piraterie puis son accomplissement dans son engagement politique et ses célèbres cambriolages avec son gang surnommé "Les Travailleurs de la nuit", retour sur cette vie hors du commun et cet homme au courage indéniable.

Magnifique biographie d'un homme engagé, luttant contre l'injustice et l'inégalité, Le travailleur de la nuit est un vibrant hommage à celui qui, dit-on, inspira Arsène Lupin à Maurice Leblanc. Alexandre Jacob était un homme comme on en fait peu, mal-né, sans éducation, mais aux idées, au charisme et à l'ingéniosité hors pair.  Ces pages le remettent en lumière, esquissent sa vie tumultueuse et ses nombreux cahots. En cette fin du 19e et ce début du 20e siècle, les conditions sociales n'étaient pas les mêmes, les injustices criantes, et des voix comme la sienne s'élevaient pour les dénoncer.

Ce one-shot se lit d'une traite, pour parcourir sans répit la vie tumultueuse de cet enragé, ce Robin des bois moderne qui cambriolait les riches pour redonner aux pauvres. Les dessins de Chemineau, aux couleurs tendres, font voyager le lecteur entre la France et la Guyanne, sur terre, en mer, de la naissance à la mort de ce révolté fidèle à ses idées qui s'est battu pour un monde meilleur. Une lecture excellente ! Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette découverte.

"J'ai vu le monde et il n'était pas beau."

                                                                  Alexandre Jacob

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BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Mo' !

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05 avril 2017

La loterie, Miles Hyman

La Loterie Miles HymanLa Loterie est un album de Miles Hyman d'après une nouvelle originale de sa grand-mère, la romancière américaine Shirley Jackson, paru en septembre 2016 chez Casterman.

Dans un village agricole de Nouvelle-Angleterre a lieu chaque année le 27 juin la loterie annuelle. Une loterie singulière à laquelle chaque famille doit participer.

Quel album ! Et quelle chute, surtout ! Je n'en dirais pas plus pour garder le mystère entier mais je m'atterderais plutôt sur les dessins de Miles Hyman qui provoquent un choc esthétique dès la première page.

Les planches aux découpages cinématographiques ne sont pas sans rappeler les peintures d'Edward Hooper et donnent le ton d'un réalisme saisissant. Les jeux d'ombre et de lumière sont fascinants, tout comme les découpages dynamiques de cases et l'utilisation de couleurs franches. Chaque double page semble être constituée de mini tableaux interdépendants les uns des autres qui forment un tout mais qui pourraient tout aussi bien être exposés individuellement dans un musée, tant chaque détail est soigné et rappelle les techniques picturales de certains artistes peintres.

Le rythme de l'intrigue est porté par  ces cases irrégulières qui alternent segmentation horizontale et verticale et que peu de dialogues accompagnent - la narration étant souvent prise en charge dans les cartouches par un narrateur omniscient. Le lecteur progresse rapidement dans sa lecture, porté par le peu d'informations dont il dispose, sans se douter de ce qui l'attend.

Un très bel album, une intrigue fascinante - difficile d'y apposer un adjectif sans rien en dévoiler - une postface éclairante de Miles Hyman sur la vie de sa grand-mère et sur cette nouvelle, La Loterie, qui a fait grand bruit lors de sa parution en 1948 dans le New Yorker Magazine et qui continue d'être au programme scolaire aux Etats-Unis, près de soixante-dix ans plus tard. Une très belle découverte esthétique et narrative qui amène à s'interroger. 

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BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Moka !

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05 mars 2017

D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds, Jón Kalman Stefánsson

D'ailleurs les poissons n'ont pas de pied, Jón Kalman StefánssonD'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds est un roman de l'islandais Jón Kalman Stefánsson paru en août 2015 chez Gallimard.

Ari revient au pays. Pour cet éditeur de poésie islandais émigré à Copenhague, l'Islande regorge de souvenirs. De son enfance à Keflavik, mais aussi celle de sa famille de pêcheurs à Norðfjörður, dans l'est du pays. Trois générations d'hommes qui partent affronter la mer tandis que leurs femmes les attendent, sur la terre ferme. Dans cette Islande sombre aux champs de lave qui accueillent celui qui atterrit, les souvenirs affluent.

Je suis profondément marquée par le voyage que j'ai fait en Islande il y a huit ans (quinze jours à quatre en sac à dos, une expérience mémorable !) et j'aime à y retourner grâce à la littérature de temps à autre.

Ce roman m'a emportée dans une Islande que je ne connais pas, l'Islande des pêcheurs et de leurs familles au début du siècle dernier, l'Islande envahie par les Américains durant la Seconde Guerre mondiale, l'Islande froide, noire, sombre, l'Islande des souvenirs et des regrets. Beaucoup de noirceur émane de ce roman, c'est indéniable, mais une incroyable poésie aussi. De ces générations entremêlées et de ces liens tissés au fil du temps surgissent des fulgurances d'une poésie rare et des questionnements intéressants. La vie, le couple, le sexe, la mort, l'amitié, tout y passe. C'est intelligent, parfois dérangeant, toujours constructif.

Jón Kalman Stefánsson brille dans sa construction narrative, baladant son lecteur entre les époques, lui faisant traverser le 20e siècle au travers de personnages vulnérables, faillibles, qui ont parfois sombré un peu dans la folie. C'est beau, éminemment émouvant, et l'intrigue se dénoue au fil des pages et des incursions dans les souvenirs d'Ari. Un roman bouleversant. Sombre, mais bouleversant.

"Nous prenons des calmants, des excitants, des tranquillisants pour supporter le quotidien. Les années passent, le but de la vie demeure vague, nous ne comprenons presque rien, nous prenons du poids, nos nerfs s'usent puis se rompent et nous sommes constamment affligés par l'insatisfaction et les désirs inassouvis. Nous rêvons d'une solution, aspirons à l'azur et à l'éther, mais n'ayant ni le temps, ni la sérénité, ni l'endurance qu'il faut pour les atteindre, nous avalons, reconnaissants, les solutions hâtives, les plats préparés, le sexe à la va-vite, tout ce qui nous procure une solution d'urgence, nous vivons à l'époque de l'instantané."

"A la fois excuse et justification de notre existence, à la fois provocation, accusation et cri, en dépit des paradoxes irréconciliables qui habitent chaque être humain, l'art est ce qui nous permet de vivre sans sombrer dans la folie, sans exploser, sans nous transformer en blessure, en malheur, en fusil. Il est ce qui permet malgré tout à l'homme de se pardonner les imperfections de sa condition humaine."

"Celui qui ne ressent aucune souffrance et n'est pas bouleversé face à la vie a le coeur froid et n'a jamais vécu - voilà pourquoi vous devez être reconnaissant de verser ces larmes."

"Nous avons tous, à un moment ou l'autre de notre vie, et parfois terriblement, besoin que quelqu'un nous prenne dans ses bras, besoin d'une étreinte à même de nous consoler, de libérer nos larmes ou de nous procurer un refuge quand quelque chose s'est brisé. Nous désirons qu'on nous étreigne simplement car nous sommes des hommes et parce que le coeur est un muscle fragile."

"Comment traverser la vie sans trop de dommage alors que tout passe, que les fulgurances s'affadissent, que les baisers refroidissent et que si peu de choses nous accompagnent sur la route qui est nôtre ? Pourquoi vivons-nous dans cet univers imparfait où les couples se déchirent car l'amour, première, deuxième et troisième merveille du monde, s'est changé en un mardi maussade, une sécurité stérile, une simple habitude ?"

"Puis vient la nuit. Avec sa besace emplie de ténèbres de janvier et d'étoiles qui scintillent comme autant de souvenirs lointains du ciel, elle vient avec les rêves qu'elle distribue en toute justice et en toute injustice. Vient la nuit de janvier, si lourde et si profonde que celui qui s'éveille en son sein et jette un regard au-dehors est persuadé que plus jamais le soleil ne poindra dans cet univers de ténèbres et d'étoiles."

"Pleurons-nous parce que le langage est imparfait et qu'il échoue à sonder le tréfonds de la vie, qu'il n'entre qu'à mi-chemin dans les failles les plus profondes, les larmes ne viennent-elles que lorsque les mots s'interrompent, sont-elles des messages sortis de l'abîme, de l'abîme insondable et pur ?"

"La musique a le pouvoir de dissiper les ténèbres, de nous arracher à notre tristesse, à nos angoisses, à notre pessimisme et de nous insuffler la joie de vivre, le bonheur d'exister, d'être ici et maintenant : sans elle, le coeur de l'homme serait une planète sans vie."

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