Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

14 juin 2017

Où le regard ne porte pas...T.1 Georges Abolin et Olivier Pont

Où le regard ne porte pasOù le regard ne porte pas... est une série en deux tomes imaginée par Georges Abolin et Olivier Pont et parue chez Dargaud en 2004.

1906, Barellito, petit village italien qui prospère grâce à la pêche. Le jour où William et sa famille quittent Londres pour venir s'y installer, ce petit équilibre va être rompu. Car en visionnaire, Alex, le père de William, a décidé d'acheter un bateau et d'aller pêcher au large. Mais les pêcheurs du coin ne voient pas d'un bon oeil cette avancée technique. En parallèle, William fait la connaissance de Lisa, Nino et Paolo, trois enfants de son âge. Ensemble, dans ce paysage paradisiaque, ils se découvrent. Car tous trois semblent liés par leur date d'anniversaire et un étrange objet que détient Lisa.

Un de mes collègues m'a offert les deux tomes de cette série à l'occasion de mon départ (J., si tu passes par ici, merci beaucoup !) et je dois dire qu'après six ans à se conseiller des livres - et notamment des BD -, j'ai ouvert cet album les yeux fermés, certaine d'y trouver la poésie qu'il évoquait dans le petit mot qu'il m'a laissé.

J'ai plongé dans ce petit village italien du début du 20ème siècle, son charme suranné, sa nature sauvage, impétueuse et à la fois envoûtante, ses villageois bourrus et rétrogrades, aussi. J'ai glissé dans l'eau, aux côtés de Williams et de ses amis, menée par le rythme absolument parfait de cette intrigue en apparence simple. Et j'ai aimé. Beaucoup aimé même.

Georges Abolin prend le temps de dérouler patiemment les fils de son histoire, entre suspense et accalmie. Il la jalonne de mystères - les dons étonnants de Lisa, les visions rougeoyantes à la première personne qui émaillent l'intrigue -, de tranches de vie, de difficultés aussi - notamment du côté des adultes de l'intrigue.

Les dessins magnifiques d'Olivier Pont portent ce récit en lui offrant une lumière douce et un rythme semblable à celui des jeux des enfants dans cette nature qui semble insouciante. Ode à l'enfance, à l'amitié, à l'insouciance ce premier tome est un enchantement très poétique, une échappée dans le temps. J'aurais aimé être aux côtés de ces personnages dans ce village où le temps semble s'être arrêté, plonger moi aussi dans ces eaux. Je n'ai qu'une hâte : ouvrir le second tome pour connaître le dénouement de l'intrigue!

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Cette semaine chez Noukette !

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26 avril 2017

Le Travailleur de la nuit, Matz et Chemineau

Le travailleur de la nuitLe travailleur de la nuit est un album signé Matz pour le scénario et Chemineau pour les dessins paru en avril chez Rue de Sèvres.

Amiens, 1905. Procès d'Alexandre Jacob, marin, cambrioleur professionnel, anarchiste. Cet homme au destin exemplaire a connu le bagne, le cachot, la violence, les insultes, les procès et les injustices pour défendre les valeurs qui sont les siennes. De son enfance à Marseille à son engagement dans la marine en passant par son détour dans la piraterie puis son accomplissement dans son engagement politique et ses célèbres cambriolages avec son gang surnommé "Les Travailleurs de la nuit", retour sur cette vie hors du commun et cet homme au courage indéniable.

Magnifique biographie d'un homme engagé, luttant contre l'injustice et l'inégalité, Le travailleur de la nuit est un vibrant hommage à celui qui, dit-on, inspira Arsène Lupin à Maurice Leblanc. Alexandre Jacob était un homme comme on en fait peu, mal-né, sans éducation, mais aux idées, au charisme et à l'ingéniosité hors pair.  Ces pages le remettent en lumière, esquissent sa vie tumultueuse et ses nombreux cahots. En cette fin du 19e et ce début du 20e siècle, les conditions sociales n'étaient pas les mêmes, les injustices criantes, et des voix comme la sienne s'élevaient pour les dénoncer.

Ce one-shot se lit d'une traite, pour parcourir sans répit la vie tumultueuse de cet enragé, ce Robin des bois moderne qui cambriolait les riches pour redonner aux pauvres. Les dessins de Chemineau, aux couleurs tendres, font voyager le lecteur entre la France et la Guyanne, sur terre, en mer, de la naissance à la mort de ce révolté fidèle à ses idées qui s'est battu pour un monde meilleur. Une lecture excellente ! Un grand merci aux éditions Rue de Sèvres pour cette découverte.

"J'ai vu le monde et il n'était pas beau."

                                                                  Alexandre Jacob

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BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Mo' !

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05 avril 2017

La loterie, Miles Hyman

La Loterie Miles HymanLa Loterie est un album de Miles Hyman d'après une nouvelle originale de sa grand-mère, la romancière américaine Shirley Jackson, paru en septembre 2016 chez Casterman.

Dans un village agricole de Nouvelle-Angleterre a lieu chaque année le 27 juin la loterie annuelle. Une loterie singulière à laquelle chaque famille doit participer.

Quel album ! Et quelle chute, surtout ! Je n'en dirais pas plus pour garder le mystère entier mais je m'atterderais plutôt sur les dessins de Miles Hyman qui provoquent un choc esthétique dès la première page.

Les planches aux découpages cinématographiques ne sont pas sans rappeler les peintures d'Edward Hooper et donnent le ton d'un réalisme saisissant. Les jeux d'ombre et de lumière sont fascinants, tout comme les découpages dynamiques de cases et l'utilisation de couleurs franches. Chaque double page semble être constituée de mini tableaux interdépendants les uns des autres qui forment un tout mais qui pourraient tout aussi bien être exposés individuellement dans un musée, tant chaque détail est soigné et rappelle les techniques picturales de certains artistes peintres.

Le rythme de l'intrigue est porté par  ces cases irrégulières qui alternent segmentation horizontale et verticale et que peu de dialogues accompagnent - la narration étant souvent prise en charge dans les cartouches par un narrateur omniscient. Le lecteur progresse rapidement dans sa lecture, porté par le peu d'informations dont il dispose, sans se douter de ce qui l'attend.

Un très bel album, une intrigue fascinante - difficile d'y apposer un adjectif sans rien en dévoiler - une postface éclairante de Miles Hyman sur la vie de sa grand-mère et sur cette nouvelle, La Loterie, qui a fait grand bruit lors de sa parution en 1948 dans le New Yorker Magazine et qui continue d'être au programme scolaire aux Etats-Unis, près de soixante-dix ans plus tard. Une très belle découverte esthétique et narrative qui amène à s'interroger. 

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BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Moka !

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05 mars 2017

D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds, Jón Kalman Stefánsson

D'ailleurs les poissons n'ont pas de pied, Jón Kalman StefánssonD'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds est un roman de l'islandais Jón Kalman Stefánsson paru en août 2015 chez Gallimard.

Ari revient au pays. Pour cet éditeur de poésie islandais émigré à Copenhague, l'Islande regorge de souvenirs. De son enfance à Keflavik, mais aussi celle de sa famille de pêcheurs à Norðfjörður, dans l'est du pays. Trois générations d'hommes qui partent affronter la mer tandis que leurs femmes les attendent, sur la terre ferme. Dans cette Islande sombre aux champs de lave qui accueillent celui qui atterrit, les souvenirs affluent.

Je suis profondément marquée par le voyage que j'ai fait en Islande il y a huit ans (quinze jours à quatre en sac à dos, une expérience mémorable !) et j'aime à y retourner grâce à la littérature de temps à autre.

Ce roman m'a emportée dans une Islande que je ne connais pas, l'Islande des pêcheurs et de leurs familles au début du siècle dernier, l'Islande envahie par les Américains durant la Seconde Guerre mondiale, l'Islande froide, noire, sombre, l'Islande des souvenirs et des regrets. Beaucoup de noirceur émane de ce roman, c'est indéniable, mais une incroyable poésie aussi. De ces générations entremêlées et de ces liens tissés au fil du temps surgissent des fulgurances d'une poésie rare et des questionnements intéressants. La vie, le couple, le sexe, la mort, l'amitié, tout y passe. C'est intelligent, parfois dérangeant, toujours constructif.

Jón Kalman Stefánsson brille dans sa construction narrative, baladant son lecteur entre les époques, lui faisant traverser le 20e siècle au travers de personnages vulnérables, faillibles, qui ont parfois sombré un peu dans la folie. C'est beau, éminemment émouvant, et l'intrigue se dénoue au fil des pages et des incursions dans les souvenirs d'Ari. Un roman bouleversant. Sombre, mais bouleversant.

"Nous prenons des calmants, des excitants, des tranquillisants pour supporter le quotidien. Les années passent, le but de la vie demeure vague, nous ne comprenons presque rien, nous prenons du poids, nos nerfs s'usent puis se rompent et nous sommes constamment affligés par l'insatisfaction et les désirs inassouvis. Nous rêvons d'une solution, aspirons à l'azur et à l'éther, mais n'ayant ni le temps, ni la sérénité, ni l'endurance qu'il faut pour les atteindre, nous avalons, reconnaissants, les solutions hâtives, les plats préparés, le sexe à la va-vite, tout ce qui nous procure une solution d'urgence, nous vivons à l'époque de l'instantané."

"A la fois excuse et justification de notre existence, à la fois provocation, accusation et cri, en dépit des paradoxes irréconciliables qui habitent chaque être humain, l'art est ce qui nous permet de vivre sans sombrer dans la folie, sans exploser, sans nous transformer en blessure, en malheur, en fusil. Il est ce qui permet malgré tout à l'homme de se pardonner les imperfections de sa condition humaine."

"Celui qui ne ressent aucune souffrance et n'est pas bouleversé face à la vie a le coeur froid et n'a jamais vécu - voilà pourquoi vous devez être reconnaissant de verser ces larmes."

"Nous avons tous, à un moment ou l'autre de notre vie, et parfois terriblement, besoin que quelqu'un nous prenne dans ses bras, besoin d'une étreinte à même de nous consoler, de libérer nos larmes ou de nous procurer un refuge quand quelque chose s'est brisé. Nous désirons qu'on nous étreigne simplement car nous sommes des hommes et parce que le coeur est un muscle fragile."

"Comment traverser la vie sans trop de dommage alors que tout passe, que les fulgurances s'affadissent, que les baisers refroidissent et que si peu de choses nous accompagnent sur la route qui est nôtre ? Pourquoi vivons-nous dans cet univers imparfait où les couples se déchirent car l'amour, première, deuxième et troisième merveille du monde, s'est changé en un mardi maussade, une sécurité stérile, une simple habitude ?"

"Puis vient la nuit. Avec sa besace emplie de ténèbres de janvier et d'étoiles qui scintillent comme autant de souvenirs lointains du ciel, elle vient avec les rêves qu'elle distribue en toute justice et en toute injustice. Vient la nuit de janvier, si lourde et si profonde que celui qui s'éveille en son sein et jette un regard au-dehors est persuadé que plus jamais le soleil ne poindra dans cet univers de ténèbres et d'étoiles."

"Pleurons-nous parce que le langage est imparfait et qu'il échoue à sonder le tréfonds de la vie, qu'il n'entre qu'à mi-chemin dans les failles les plus profondes, les larmes ne viennent-elles que lorsque les mots s'interrompent, sont-elles des messages sortis de l'abîme, de l'abîme insondable et pur ?"

"La musique a le pouvoir de dissiper les ténèbres, de nous arracher à notre tristesse, à nos angoisses, à notre pessimisme et de nous insuffler la joie de vivre, le bonheur d'exister, d'être ici et maintenant : sans elle, le coeur de l'homme serait une planète sans vie."

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15 janvier 2017

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier Giesbert

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier GiesbertLa cuisinière d'Himmler est un roman du journaliste et écrivain franco-américain Franz-Olivier Giesbert paru en 2013 chez Gallimard.

Rose est née en juillet 1907, au bord de la mer Noire. Parce que sa famille est arménienne, elle est massacrée par les Jeunes-Turcs au nom de la turquification de l'Anatolie. Rose s'enfuit et commence pour elle un drôle de périple, une vie de fuite dans ce siècle meurtrier. Après le génocide arménien, la petite fille est vendue comme esclave sexuelle avant de s'enfuir en France. Mais la Seconde Guerre mondiale sourd. Entre amours désabusées et vengeance qui la ronge, Rose vit avec une détermination farouche et se lance dans la seule chose qui anime sa vie : la cuisine.

Roman étonnant et détonnant s'il en est, La cuisinière d'Himmler vous déroute et vous malmène dès les premières pages. L'intrigue débute alors que Rose a cent-quatre ans, une vie des plus remplies, et des souvenirs en pagaille. Quand une lettre lui parvient d'Allemagne, elle se décide à écrire ses mémoires, le récit de sa vie de bohème, "un livre pour célébrer l'amour et pour prévenir l'humanité des dangers qu'elle court. Pour qu'elle ne revive jamais ce que j'ai vécu." Dès lors, les chapitres alternent entre Marseille, en 2012 - où Rose tient son restaurant La petite Provence - et sa jeunesse sur les routes.

Car Rose a traversé le XXe siècle et toutes ses horreurs : du génocide arménien aux atrocités nazies et à l'horreur maoïste. De la France à l'Allemagne en passant par la Chine et les États-Unis, Rose fuit la violence et tente à chaque fois de se construire une vie stable et heureuse, aimant hommes et femme, célébrant la vie par le sexe.

Au crépuscule de sa vie, avec une détermination et un humour féroces, la vieille dame raconte sa vie. Et c'est drôlement prenant. Franz-Olivier Giesbert dresse le portrait d'une Tatie Danielle impertinente, vulgaire et un brin teigne, qui par ses blessures s'est construit une force de caractère et une vie des plus remplies. Extrêmement documenté sur le siècle, son récit est poignant et ne s'embarasse ni de jolies tournures ni de descriptions longues. Rose - la narratrice - est directe, parfois crue. Mais c'est son journal, sa vie, ses morts et ses amours, et personne ne peut l'empêcher de se raconter comme elle le souhaite, avec l'impertinence que son âge excuse. Un roman solidement construit à l'humour grinçant et ô combien intéressant. Une bien belle lecture qui rafraîchit la mémoire sur le siècle dernier et ses sombres heures.

En bonus de fin : les recettes de Rose (la Parmesane de Mamie Joe, le Plaki de la grand-mère de Rose ou encore le flan au caramel d'Emma Lempereur)

"Si l'Enfer c'est l'Histoire, le Paradis, c'est la vie." (p.382)

"Le bonheur ne nous est pas donné : il se fabrique, il s'invente." (p.382)

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20 décembre 2016

Amours, Léonor de Récondo

Amours, Léonor de RecondoAmours est le quatrième roman de la violoniste et romancière française Léonor de Récondo paru aux éditions Sabine Wespieser en 2015. 

Au début du XXème siècle, dans le Cher, Anselme de Boisvaillant, notable respecté, profite du sommeil de sa femme pour violer Céleste, la jeune bonne de la maisonnée.  Lorsque celle-ci tombe enceinte, Victoire, la femme d'Anselme, décide d'adopter l'enfant et de se faire passer pour sa mère afin de sauver l'honneur du couple et d'offrir à son époux l'héritier tant désiré. Passant outre l'affront et la honte liés à l'adultère, Victoire s'improvise mère mais peine à s'occuper de l'enfant. Elle oscille entre ennui et désarroi. Heureusement, Céleste veille sur le petit et prend soin de lui. Victoire s'en aperçoit rapidement et bien vite, les deux femmes se lient à l'insu d'Anselme.

Quel roman ! Reçu en cadeau pour mes trente ans et reçu à nouveau en réussite à mon mémoire (mes amies ont les mêmes idées sans même se connaître, c'est pas fabuleux ça ?), Amours est un petit bijou à côté duquel j'aurais pu passer si ces deux présences bienveillantes ne me l'avaient pas glissé entre les mains.

Léonor de Récondo signe ici une intrigue très riche dans laquelle les héroïnes sont magnifiées, leurs corps encensés et le plaisir charnel révélé. Derrière un rideau de conventions sociales lourdes, à une époque où les femmes n'avaient que peu de liberté, se révèlent deux personnages féminins forts, marqués par leur statut social. Céleste, issue d'une famille humble, qui n'a d'autre destin que de servir les autres, quels que soient leurs désirs - être violé par le maître de maison était courant à l'époque et non condamné par la loi - et Victoire, étouffant dans un mariage malheureux, s'ennuyant telle une Emma Bovary engoncée dans une vie qui ne lui convient pas. Le corps féminin, uniquement dévoué à accueillir un foetus à cette époque, se libère de ses corsets et se défait de ses interdits pour mieux accéder au plaisir. C'est beau, très beau même. Les 200 et quelques pages se tournent à une vitesse folle vers un dénouement incroyablement réussi. Léonor de Récondo signe ici un roman magnifique qui donne sans hésiter l'envie de découvrir le reste de son oeuvre. Merci Flo et Lise pour ce chouette cadeau !

« De la vie, on ne garde que quelques étreintes fugaces et la lumière d'un paysage. »

 

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02 novembre 2016

La justice de l'inconscient, Frank Tallis

La justice de l'inconscient, Frank TallisLa justice de l'inconscient est le premier tome de la série Les Carnets de Max Liebermann imaginée par le psychologue clinicien et romancier britannique Frank Tallis, paru en 2007 dans la collection Grands détectives des éditions 10/18.

Vienne, 1902. Le corps sans vie d'une voyante est découvert dans une pièce fermée de l'intérieur. Si tout porte à croire que la jeune femme s'est donné la mort, l'inspecteur Rheinhardt en doute et appelle à sa rescousse son comparse musicien, le psychiatre Max Liebermann. Et les deux hommes vont avoir fort à faire pour démêler les noeuds de ce crime que beaucoup pensent être l'oeuvre de forces occultes.

Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas succombé à l'appel du polar historique et pourtant c'est un genre que j'affectionne tout particulièrement car il permet de s'immerger dans une époque donnée par le biais d'une intrigue policière. Mon dévolu s'est jeté sur ce roman, au résumé prometteur et au contexte historique très tentant, que j'ai déniché aux Carrières de Lumière (ne me demandez pas pourquoi il était en vente à la boutique alors que je sortais d'une expo sur Klimt !)

C'est bien simple : j'ai dévoré les 440 pages de cette intrigue avec un plaisir évident. Frank Tallis nous offre ici un premier tome de qualité qui allie intrigue diablement bien ficelée (qui rappelle brièvement le mystère du Meurtre de Roger Ackroyd d'Agatha Christie) et cadre historique riche et bien documenté. La Vienne impériale du début du XXe siècle est extrêmement bien rendue, la géographie de la ville maîtrisée par l'auteur (un plan en préambule permet d'en avoir un rapide aperçu) et les moeurs dépeintes avec soin. Pas d'anachronisme ici ni de personnage féminin qui s'extraie de sa condition et défie les lois de la bienséance mais un roman qui respecte les codes en vigueur à l'époque. Même les dialogues rendent compte de cette courtoisie propre au niveau social des personnages et sont empreints d'une politesse sans égale. La plume de Frank Tallis, soignée et précise, porte le roman de façon efficace.

L'intrigue permet en outre de croiser des personnalités historiques - Freud ou encore le compositeur Gustav Mahler - et d'interroger les avancées scientifiques de ce début du XXe siècle. C'est brillant !

Quant aux personnages, le duo formé par les deux enquêteurs - l'un inspecteur de police et l'autre médecin - fonctionne à merveille, chacun contribuant à l'enquête par sa forme d'intelligence et ses affinités. La galerie de personnages secondaires est intéressante et laisse présager une suite des plus délicieuses. Le versant psychologique et psychiatrique est dépeint avec soin et offre au roman une dimension peu commune.

Bref, un excellent roman bien loin de certains polars qui optent pour un contexte historique dans le but de se donner une certaine légitimité mais qui n'offrent de ce cadre qu'un décor en carton pâte décevant et bien souvent bourré d'anachronismes. La justice de l'inconscient est sans conteste le meilleur polar historique que j'ai pu découvrir ces dernières années et encore un beau coup de coeur à noter sans tarder !

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03 octobre 2016

La petite couturière du Titanic, Kate Alcott

La petite couturière du Titanic Kate AlcottLa petite couturière du Titanic est un roman de la journaliste américaine Patricia O’Brien, qui écrit sous le pseudonyme de Kate Alcott, paru en 2012 aux États-Unis avant d'être traduit en français et de paraître aux Éditions de l'Archipel en avril 2016.

10 avril 1912, le Titanic quitte le port de Southampton en direction de New York. A son bord, Tess Collins, une jeune gouvernante qui rêve de vivre de ses talents de couturière. La jeune fille vient d'être miraculeusement embauchée par Lucy Duff Gordon, la célèbre et non moins impressionnante créatrice de mode. Durant la traversée, Tess fait la connaissance de deux hommes - un marin et un riche homme d'affaires - avant que le naufrage ne les sépare. Sauvée de justesse, la jeune femme survit à la tragédie sans connaître le sort de ceux qui avaient fait chavirer son coeur. A New York, entre l'enquête sur le naufrage et ses débuts dans la mode, la jeune anglaise découvre une nouvelle vie.

Publié sous le titre The Dressmaker, La petite couturière du Titanic est une jolie romance qui mêle Histoire et fiction. Si le titre français peut faire penser que l'intrigue va se dérouler durant la traversée du Titanic, il n'en est rien car celle-ci, ainsi que le naufrage, sont évacués en début de roman et l'intrigue se concentre davantage sur la nouvelle vie de Tess à New York et les suites juridiques du drame du Titanic que sur la vie à bord. J'ai donc été quelque peu déçue de ce titre alléchant et en ouvrant ces pages, je m'attendais davantage à trouver des détails sur la vie sur le paquebot que sur l'enquête qui a suivi son naufrage.

Néanmoins, ma déception a rapidement été balayée par l'intérêt que j'ai porté aux détails historiques de l'intrigue. Non seulement les suites du naufrage sont historiquement fondées et bien documentées, mais certains personnages ont réellement existé, comme Lucy Duff Gordon. La créatrice de mode, dont la carrière était alors à son apogée, a ainsi créé la polémique quant aux conditions de sa survie au naufrage et sa carrière, entachée de ce scandale, ne s'en est jamais remise.

Le milieu dans lequel évolue Tess m'a également conquise - celui de la mode et de la création - et j'ai aimé suivre les pas de cette jeune anglaise dans le gigantisme de la grosse pomme du début du 20ème siècle. Si la romance est conventionnelle et sans surprise, j'avoue que je n'y ai pas prêté réellement attention. J'ai aimé ce que j'étais venue chercher dans ce roman : un contexte historique documenté et précis, sur fond de création et de mode.

En bref, une romance historique bien ficelée, bien documentée, qui ravira les amateurs d'histoire et de beaux sentiments. Merci à LP Langage&Projets et aux éditions de L'Archipel pour la découverte de ce roman.

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09 septembre 2015

Le jardin de Minuit, Edith

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Le Jardin de Minuit est un album signé Edith et paru fin mai dans la collection Noctambule de chez Soleil. Il s'inspire librement du roman de la britannique Philippa Pearce Tom et le Jardin de Minuit paru en 1958 et qui reçut la Médaille Carnegie cette même année.

Angleterre, XXe siècle. Tom est envoyé en vacances chez son oncle et sa tante. L'été s'annonce des plus ennuyeux pour le jeune garçon, seul enfant dans cette maison. Mais une nuit, Tom entend la pendule sonner treize coup et, piqué de curiosité, décide d'aller voir l'heure qu'elle affiche. Quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il découvre derrière la porte du fond, un jardin immense et merveilleux. Intrigué, le jeune garçon le visite et y rencontre d'autres enfants, qui ne peuvent malheureusement pas le voir. Mais une fois le matin arrivé, le jardin a disparu et laisse place à une cours triste et sans végétation. Heureusement pour Tom, chaque nuit lui offre la possibilité de s'évader dans ce jardin merveilleux...

Classique de la littérature de jeunesse anglaise, Tom et le Jardin de Minuit fait partie de ces oeuvres oniriques et envoûtantes pour son lecteur. Décider de s'y frotter et de l'adapter en album est un pari audacieux dans lequel Edith s'est lancée. Beaucoup a été dit de cette adaptation en album, et si certains ont été déçus, bercés durant leur enfance par le roman originel, pour ma part il n'en est rien, pour la simple et bonne raison que je ne connaissais que de nom le roman de Philippa Paerce et ai donc découvert avec cet album cette intrigue merveilleuse. Je ne parlerai donc pas de l'intrigue - dans la mesure où je n'ai pas le recul nécessaire pour évaluer l'adaptation d'Edith par rapport à l'oeuvre dont elle s'inspire - mais me centrerai davantage sur les dessins et l'ambiance.

Edith - dont je découvre le travail avec cet album - offre à l'intrigue un rendu visuel un brin suranné qui colle parfaitement l'époque de l'intrigue. Les couleurs sont douces, tirant vers le jaune et le vert, et rendent hommage au jardin merveilleux que Tom visite chaque nuit. Les univers sont clairement identifiables par les tonalités utilisées, claires et chatoyantes la nuit, lorsque le garçonnet découvre le jardin et foncées et sombres la journée, lorsqu'il est en compagnie de son oncle et sa tante et que sa journée est rythmée par l'ennui. L'ensemble est particulièrement agréable à l'oeil et répond à l'intrigue en lui offrant une dimension des plus intéressantes.

Les personnages possèdent un petit quelque chose d'enfantin dans leur faciès, peut-être à cause de leurs nez un peu rougis et leurs visages ronds et semblent faire rappeler que l'enfance et ses rêves sont au centre de cette intrigue.

Pour ma part, Le Jardin de Minuit fut une très belle lecture. J'ai adoré me faufiler aux côtés de Tom et découvrir chaque nuit avec lui un jardin enchanteur. Et, cela n'a rien d'étonnant, j'ai très envie de découvrir le texte de Philippa Pearce maintenant !

Je tiens à remercier Mélanie et les éditions Soleil pour cette découverte.

D'autres avis sur cet album : Mo', JérômeNouketteHervéJacquesLivresse, Sandrine, Yaneck et  Faelys.

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C'est ma BD de la semaine, aujourd'hui chez Stephie.

 

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09 mars 2015

La pluie, avant qu'elle tombe, Jonathan Coe

La pluie avant qu'elle tombe, Jonathan CoeLa pluie, avant qu'elle tombe est un roman de l'écrivain britannique Jonathan Coe publié en 2007 en Angleterre et en France chez Gallimard l'année suivante.

Rosamond s'éteint à l'âge de soixante-treize ans, laissant derrière elle une confession enregistrée s'appuyant sur vingt photos retraçant sa vie, et destinée à une certaine Imogen. Gill, sa nièce, se charge d'écouter ces enregistrements et de retrouver Imogen. Au fil des heures d'écoute, elle découvre peu à peu l'histoire des femmes de sa famille.

J'ai ouvert La pluie, avant qu'elle tombe et me suis laissé emporter, à l'image de Gill, par la voix de Rosamond. Dans ses souvenirs, dans ses confidences, dans ses chuchotements, parfois lourds. Dans ses vingt photos qui semblent résumer sa vie. Une vie entière.    
Les révélations sont dures, parfois sans espoir, et Rosamond semble dérouler le fil de son existence sans jugement, sans amertume, comme un témoignage froid et distancié. En guise de rédemption, peut-être ? Et Gill d'écouter, avec ses filles, de se faire oublier, de se transformer en personnage prétexte de ce procédé narratif pour mieux laisser sa place au lecteur et découvrir qui est cette mystérieuse Imogen. 
J'ai aimé écouter la voix de Rosamond, semblant entendre au fil des pages les bandes usées et crachotantes et la voix de cette vieille dame aux portes de la mort. J'ai aimé découvrir le destin des femmes de cette famille, ce qui les liaient, leurs blessures, leurs souffrances. Une très belle lecture, au titre ô combien poétique, qui m'a permis de découvrir cet auteur et j'en suis ravie.

D'autres avis sur ce roman : Alex-mot-à-mots, Estellecalim, Hilde, Keisha, Lili Galipette, Metaphore, Nahe, etc.

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Voici une nouvelle participation au Reading Challenge 2015

44 - Un livre traduit

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Voici une nouvelle participation au Reading Challenge 2015
50 - Un livre que vous avez commencé et jamais terminé

- See more at: http://bouquinbourg.canalblog.com/archives/2015/02/13/31519757.html#sthash.OTWHGDrH.dpuf

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