Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

14 décembre 2016

Un goût de cannelle et d'espoir, Sarah McCoy

Un goût de cannelle et d'espoirUn goût de cannelle et d'espoir est le deuxième roman de l'américaine Sarah McCoy paru en 2014 aux éditions Les Escales.

Pour les besoins d'un article qu'elle doit rédiger sur les traditions de Noël, Reba, une jeune journaliste installée à El Paso au Texas, contacte Elsie Meriwether, la propriétaire d'une boulangerie allemande de la ville. Cette dernière, loin de lui raconter le folklore des Noëls traditionnels, lui dévoile plutôt son enfance à Garmisch, en Allemagne, dans les années 1940. Comment sa famille a vécu la Seconde Guerre mondiale dans cette ville reculée à la frontière autrichienne, tentant de faire vivre sa boulangerie malgré les restrictions. Comment Elsie s'est construit une adolescence, entre une soeur partie dans un Lebensborn pour servir sa patrie en enfantant des nouveaux-nés répondant aux critères de la race aryenne, des parents contraints de collaborer avec la Gestapo pour être approvisionnés en matières premières, un prétendant officier SS qui l'emmène dans une soirée nazie et Tobias, un enfant juif qu'Elsie découvre le soir de Noël à sa porte et décide de cacher dans sa chambre.

Débuté durant mon Read-a-thon de Noël il y a dix jours, j'ai dévoré ce roman et me suis plongée avec un plaisir immense dans ses pages. La narration alterne entre le Texas, en 2008, avec Reba qui fait ses recherches pour son article, et l'Allemagne dans les années 1940 avec Elsie et sa famille. Les chapitres courts créent une réelle dynamique qui m'a rappelé Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg, un autre très beau roman à la construction similaire.

Sarah McCoy a pris le parti de raconter ce pan de l'histoire à travers les yeux d'une adolescente allemande. Et c'est justement ce qui en fait son intérêt. Bon nombre de romans traitent cette sombre période du point de vue des Alliés, tandis qu'Un goût de cannelle et d'espoir met l'accent sur le quotidien des Allemands à cette époque. Pas forcément nazis, ni même au fait de ce qui se passait, ils subissaient une guerre qui les dépassait et luttaient pour survivre, dans la peur de la délation. La déportation est brièvement évoquée, tout comme les camps, mais par le prisme d'Elsie et de sa famille, de condition modeste et qui n'avaient que peu de façons de s'informer de ce qui se passait. La peur est présente, à chaque page, et la famille vit au jour le jour dans un climat de suspicion et d'angoisse. Très documentée, l'intrigue intègre bon nombre de faits historiques qui offrent au roman une densité particulière. Petit bonus de fin : le carnet de recettes d'Elsie, boulangère émérite. A vous les Kreppel, Sonnenblumenkernbrot, Schwarzwälder Kirschtorte, Brötchen et autres Lebkuchen !

Un roman intense, difficile à lâcher, lumineux malgré le sujet, porté par des personnages féminins forts et charismatiques. Bref, une très belle lecture que j'ai partagée avec Nath. Deuxième participation au Challenge il était quatre fois Noël chez Chicky Poo et Samarian.

Il était quatre fois Noël

 

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03 janvier 2016

Marie-Antoinette : Carnet secret d'une reine, Benjamin Lacombe

Marie_Antoinette_LacombeMarie-Antoinette : Carnet secret d'une reine est un album de Benjamin Lacombe paru dans la collection Métamorphose chez Soleil en décembre 2014.

Aidé de l'historienne et spécialiste de la belle autrichienne Cécile Berly, Benjamin Lacombe nous propose dans cet album de découvrir le journal intime de Marie-Antoinette. Mêlant lettres authentiques et fictives, l'album met en scène les pensées et la correspondance de cette reine mythique. Le résultat est un objet majestueux qui rend grâce à la grandeur de cette femme adulée et haïe dans le même temps.

Après Léonard de Vinci, Benjamin Lacombre s'empare encore une fois d'un mythe pour en donner sa propre vision. La dernière reine de France se pare sous son coup de crayon d'une grâce infinie et d'une préciosité qui lui sied parfaitement. Marie-Antoinette prend littéralement vie au fil des pages et apparaît tour à tour fragile et belle, dans des univers ronds et sombres, entourée d'animaux extravagants comme elle. S'animalisant au fil des pages, la frêle jeune fille,  rendue coupable de tous les maux de la France, n'échappe bien entendu pas à son destin tragique sous le crayon de Lacombe, mais gagne en majestuosité et en présence. Le rendu est magnifique, l'esthétique de l'ensemble est à couper le souffle et offre une nouvelle vision de ce personnage mythique.

Vous me connaissez maintenant. Vous savez à quel point j'aime le trait de Benjamin Lacombe. Chaque découverte de ses albums m'émerveille et m'interroge dans le même temps. Car si Lacombe a su trouver sa patte, son style reconnaissable entre tous (des yeux immenses et intenses, notamment), il réussit l'exploit de se renouveler à chaque album et d'offrir une réelle identité graphique indépendante à chacun de ses albums. Celui-ci ne déroge pas à la règle et réussit la gageure de s'emparer d'un personnage historique maintes fois interprété et représenté tout en lui offrant une esthétique singulière et innovante. Il y a fort à parier que cette vision de Marie-Antoinette fera parler d'elle. Un grand merci aux Éditions Soleil pour cet album.          

 

 

La bande-annonce de l'album, très alléchante


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