Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

30 janvier 2017

Le collège des éplucheurs de citrouilles, Laure Deslandes

Le collège des éplucheurs de citrouilles, Laure DeslandesLe collège des éplucheurs de citrouilles est le premier roman de Laure Deslandes, enseignante de lettres classiques dans le Finistère. Il est paru le 25 janvier à L'Ecole des Loisirs.

Elliot, douze ans, est envoyé en internat dans le collège des Museaux, un minuscule collège breton un peu étrange. Là-bas, pas de programme conventionnel mais des cours d'estonien, un chantier collectif de maison à énergie passive en technologie ou encore de semence en botanique et une cantine bio et locavore qui fait la part belle aux produits du terroir. Une vie simple, au rythme des saisons que les enfants du village apprécient depuis leur enfance. Mais pour Elliot et les autres internes, tous au passé chaotique, l'acclimatation est dure. Heureusement pour celui-ci, dans sa classe de cinquième Hérisson, il y a Péline, une grande rousse joyeuse et généreuse qui va lui tendre la main et l'aider à s'intégrer dans ce nouvel environnement.

Quel régal ce roman ! Intriguée par le titre et le résumé un peu décalé, j'ai ouvert Le collège des éplucheurs de citrouilles sans savoir véritablement à quoi m'attendre. Et si le début m'a un peu rebutée - me rappelant que trop mes problématiques professionnelles - j'ai finalement pris beaucoup de plaisir à découvrir ce collège loufoque aux cours aussi barrés que ses enseignants.

Les personnages adolescents sont traités avec beaucoup de soin, et Elliot et Péline forment un duo attendrissant aux fêlures vraisemblables. Malgré l'aspect décalé des cours peu conventionnels, des problématiques de cet âge sont abordées - le premier émoi, la vie en communauté, l'amitié, la transformation du corps, etc. - tout comme les relations parents enfants. C'est fin, bien étudié, même si l'ensemble s'approche d'une belle utopie par certains aspects. Portée par un humour décapant qui témoigne d'une belle connaissance des adolescents, l'intrigue avance à bon rythme, dans une langue fleurie et riche comme les parterres du collège. On se prête à rêver à un établissement scolaire où le cuistot servirait des crumbles maison après un cours d'escalade dans les arbres, à la découverte des différentes essences. Bref, un premier roman très réussi qui plaira sans aucun doute autant aux lecteurs de l'âge d'Elliot et Péline qu'aux plus grands.

Un grand merci à Coline et aux éditions L'Ecole des loisirs pour ce roman.

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30 novembre 2016

L'éveil de Mademoiselle Prim, Natalia Sanmartin Fenollera

L'éveil de Mademoiselle PrimL'éveil de Mademoiselle Prim est le premier roman de la journaliste espagnole  Natalia Sanmartin Fenollera paru en 2013 chez Grasset. Véritable ovni littéraire, il a été publié dans plus de soixante-dix pays.

Imaginez un petit village du nom de Saint-Irénée d'Arnois dans lequel les habitants - qui ont fui le monde moderne - ont créé un petit paradis où la simplicité et le bonheur des choses simples règnent. Ici, les commerçant vendent leurs produits, l'économie est locale, l'instruction des enfants est faite par les adultes et aucune réunion ne se tient sans une théière et une montagne de délices à déguster. La lecture et l'étude tiennent une place toute particulière dans ce village où les habitants viennent d'horizons divers. C'est en répondant à une petite annonce que Prudence Prim, trentenaire érudite et qui pense être née à la mauvaise époque, atterrit à Saint-Irénée d'Arnois. Au service d'un homme un peu plus âgé qu'elle qui a en charge les quatre enfants de sa défunte soeur, Prudence organise la bibliothèque personnelle de la maison. Mais la vie dans ce petit village va bouleverser son équilibre personnel.

Repéré chez Fondant il y a quelques temps, ce roman au titre singulier (mais pourquoi donc est-il question d'éveil ?) avait attisé ma curiosité. Et je dois avouer que si je m'attendais à une intrigue un peu éculée et un brin de romance, j'ai été assez déroutée. Oui il y a de la romance, oui, il est question de livres, mais pas que.

De Prudence, le lecteur sait peu si ce n'est qu'elle a abandonné un métier dans lequel elle ne s'épanouissait pas pour s'installer à Saint-Irénée d'Arnois. Des autres personnages, l'on en apprend aussi peu au fil des pages, qui font davantage l'éloge de cette vie simple qu'ils ont choisie et de leur quotidien, que des raisons qui les ont poussés à renoncer à tout pour venir ici. Ce village fictif où le temps semble s'être arrêté fait la part belle à la culture et tous ses habitants semblent être mus par le même désir de bonheur simple. L'intrigue rend hommage à la littérature (il est question entre ces pages de Virgile, Horace, Jane Austen, Dickens, Elizabeth Gaskell ou encore Louisa May Alcott) et aux livres, véritables trésors que l'employeur de Prudence (dont le lecteur ignore jusqu'au nom) pense qu'il faut les découvrir dans un certain ordre.

C'est un véritable éveil que Prudence Prim va vivre en allant à Saint-Irénée d'Arnois, un éveil de sa conscience mais aussi un éveil sentimental. Difficile d'en dire beaucoup plus sans vous révéler trop de détails. Si j'ai passé un agréable moment en compagnie de ces personnages lettrés et ô combien stimulants, j'avoue avoir perdu un peu de vue parfois où l'auteur voulait en venir réellement. Il me reste beaucoup de questions en suspend et une gêne quant aux relents passéistes en refermant ce roman pour que je reste sur un sentiment autre que mitigé.

D'autres lecteurs : Aifelle, , Tante Fi, etc.

"Cherchez donc la beauté, mademoiselle Prim. Cherchez-la dans le silence, cherchez-la dans le calme, cherchez-la au milieu de la nuit et cherchez-la aussi à l'aurore. Arrêtez-vous pour fermer les portes tandis que vous la cherchez, et ne vous étonnez pas si vous découvrez qu'elle ne vit pas dans les musées ni ne se cache dans les palais. Ne vous étonnez pas si vous découvrez finalement que la beauté n'est pas un quoi, mais un qui." (p.330)

"Elle avait appris à fermer les portes. Elle avait appris à  les ouvrir doucement et à les refermer avec précaution et exactitude. Et quand on apprend à fermer les portes, pensa-t-elle en regardant le couple d'amoureux, d'une certaine façon on apprend à ouvrir et fermer correctement tout le reste. Lorsqu'on fait les choses correctement, le temps paraissait s'étirer indéfiniment." (p.341)

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