Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

06 décembre 2009

Le club du suicide, Robert Louis Stevenson

clubdusuicide1Je viens de terminer Le Club du suicide, nouvelle écrite par Robert Louis Stevenson et publiée aux éditions Gallimard en 2001.
Cette nouvelle, composée de trois textes (Histoire du jeune homme aux tartelettes à la crème, Histoire du docteur et de la malle de Saratoga et Aventure du fiacre), est issue du recueil Nouvelles Mille et Une Nuits, publié dans la Pléiade.

Pour tromper son ennui, le prince Florizel et son grand écuyer, le colonel Géraldine, s'adonnent aux pires extravagances.
Lors d'une de leurs soirées, ils font la connaissance d'un jeune homme ruiné, qui a décidé d'en finir avec la vie.
Après avoir délié sa langue par un bon repas, celui-ci les convie à une
assemblée étrange : le Club du suicide. Chaque soir, les membres de ce club se réunissent et jouent aux cartes : le malheureux qui tire l'as de pique est condamné, tandis que celui qui tire l'as de trèfle, sera son bourreau. Ainsi, ceux qui veulent en finir avec la vie mais n'en ont pas le courage sont aidés dans leur funeste entreprise.
Le prince et son ami décident de faire cesser au plus vite cette entreprise lucrative et de sauver les membres désespérés de ce club.

Composé de trois nouvelles distinctes, liées par leur sujet, Le Club du suicide est une lecture intrigante. De prime abord, elle m'a fait penser [au] Magasin des suicides de Jean Teulé, que j'ai lu récemment.

La société secrète qui se réunit tous les soirs semble dédramatiser de prime abord la mort en général et le suicide en particulier. En réalité se cache derrière ces tristes réunions un commerce glauque. Les membres désespérés, ruinés par le jeu ou malheureux en amour, veulent en finir avec leur vie, mais pas sérieusement. Et lorsqu'ils tirent une des cartes fatidiques, il est trop tard : ils deviennent soit victime soit bourreau.

Stevenson propose ici une histoire originale, surtout pour l'époque, tout en conservant un manichéisme bien présent. Le prince s'ennuie et se rend dans cette société par hasard, mais une fois l'horreur vue, il met tout en œuvre pour faire cesser ce sombre commerce et condamner le président de club, sorte de Méphistophélès revisité. Chaque chapitre est ponctué par une conclusion, à la manière des Mille et une Nuits, qui informe le lecteur de l'avenir sans entrave des personnages.

Le rythme de l'intrigue est très rapide, en raison du genre littéraire, et ne s'encombre pas de descriptions ou de dialogues inutiles. Les scènes sont souvent très théâtrales et font souvent penser à une farce, malgré le thème de la nouvelle.

Enfin, la traduction de l'anglais, faite par Charles Ballarin, est très réussie, et permet de se plonger avec délice dans le Londres de cette époque.

"En outre, nous savons que la vie n'est qu'un théâtre où nous faisons les bouffons aussi longtemps que ce rôle nous amuse." p.25

2_euros
Cette lecture se rattache bien entendu au challenge Folio 2 euros, initié par Cynthia


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04 décembre 2009

La maison aux souvenirs, Nora Roberts

maisonJe viens de terminer La maison aux souvenirs, de Nora Roberts, publié en 2009 aux éditions Michel Lafon, livre reçu grâce au partenariat entre cette maison d'édition et le blog Livraddict.

Cilla McGowan est une jeune femme ex-enfant star, qui a décidé de se reconvertir dans la rénovation de maisons.
Revenue par hasard sur la terre de ses ancêtres, au fin fond de la Virginie, elle convainc sa mère de lui céder Little Farm, la demeure de ses aïeux, afin de la rénover et d'y habiter.
Mais tout les habitants de la vallée de Shenandoah ne semblent pas apprécier son installation et Cilla subit  de multiples déconvenues... Petite-fille d'une actrice célèbre, Cilla souffre des souvenirs liés à Janet, sa grand-mère, et à son mystérieux suicide dans sa propriété, près de trente ans auparavant.
Lorsqu'elle découvre un jour d'anciennes lettres d'amour destinées à sa grand-mère juste avant son suicide, Cilla s'interroge. Janet s'est-elle vraiment suicidée ? Qui est ce mystérieux amant, fou d'amour pour elle ? Et pourquoi sa grand-mère se serait-elle suicidée à 39 ans, dans la fleur de l'âge et au sommet de sa carrière ?
Tout en poursuivant ses travaux de rénovation, Cilla mène l'enquête en questionnant les habitants des environs. Mais tout ceci serait sans compter sa rencontre avec Ford, son charmant voisin, auteur de romans graphiques...


A la frontière entre roman sentimental et roman policier, ce titre est vraiment rafraîchissant. Le cadre nous plonge avec délice
en pleine campagne dans une vieille demeure familiale, pleine de souvenirs mais aussi de secrets.
Cilla, l'héroïne, est un personnage attachant, qui doute et s'interroge. Entre valeurs familiales et rupture avec ladite famille, elle oscille. Tentant de se détacher de cette gynécée où les femmes sont actrices de mères en fille, avec plus ou moins de talent, de succès et d'anxiolitiques, Cilla essaie de se frayer un chemin et de rompre avec son passé d'enfant starisée, laissée pour compte à l'arrêt de la série dont elle tenait le rôle titre.
Elle entretient
des discussions fictives, qui lui permettent de prendre du recul sur son histoire familiale
, avec sa grand-mère, actrice consacrée dont la vie semble s'inspirer de celle de Marilyn Monroe, entre enfance difficile, addictions diverses et mort prématurée.
Le personnage de Ford, son voisin intrigant, est,  à l'instar de Cilla, une sorte de anti-héros, romancier solitaire et empreint de poésie. Il semble en être le double masculin, reflet de ses doutes et de ses interrogations.
L'intrigue est bien menée, semblant se dénouer au fur et à mesure de la rénovation de la vieille demeure, comme si l'héroïne réussissait à se détacher de ses démons familiaux tout en restaurant le foyer de ses aïeux. La maison devient alors une métaphore de cette quête identitaire et le lecteur suit avec plaisir l'avancée des travaux...

La traduction de l'anglais ne souffre d'aucune lourdeur et permet une lecteur fluide et sans accroche.
Un petit plaisir, rapide à lire, qui donne très envie de bricoler ensuite !

Merci à Livraddict de m'avoir permis de participer à ce partenariat, et aux éditions Michel Lafon de m'avoir envoyé ce titre.

D'autres critiques par ici :  Stephie, joey7lindley , Pikachu et Cynthia.

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29 novembre 2009

Jonathan Strange & Mr Norrell, Susanna Clarke

Je viens de terminer Jonathan Strange & Mr Norrell de Susanna Clarke, roman paru en France en 2007 aux Editions Robert Laffont, qui a reçu le  prix Hugo et a été élu meilleur livre de l'année par le Time Magazine.

Angleterre, début 19ème. Mr Norrell est un magicien à l'ancienne mode, perdu dans ses livres. Sur les recommandations de ses conseillers, il s'installe à Londres pour se fairejonathan_strange_and_mr_norrell_cover mieux connaitre du grand public, et aide le gouvernement anglais dans sa guerre contre les français.
Mais lorsqu'il décide de former un jeune magicien débutant, Jonathan Strange, et que celui-ci part aider l'armée sur le front en usant de magie noire, les deux hommes se brouillent. Leurs conceptions de la magie anglaise diamétralement opposées les séparent, et les deux magiciens  se déclarent une guerre ouverte pour l'avenir de la magie.

Je n'ai pas du tout accroché avec ce roman. J'en attendais peut-être trop. La quatrième de couverture (je sais pourtant qu'il ne faut pas s'y fier puisqu'elle est faite par l'éditeur) était  très élogieuse : "En mélangeant avec témérité la mythologie de la littérature fantastique et la comédie de moeurs à la Jane Austen, Clarke a crée une oeuvre magistrale qui rivalise  avec celle de Tolkien."
Personnellement je n'ai trouvé ce roman ni magistral ni comparable à Jane Austen ou encore empreint de la mythologie de la littérature fantastique. L'auteur n'a pas construit un univers comparable à Tolkien ou alors c'est nier la majeure partie de l'oeuvre de celui-ci, non traduite en français.
Son univers est assez confus et sa description ne permet pas de se le représenter. La partie fantastique n'a rien d'innovant ni d'incroyable tandis que le Londres du début du 19e est passé sous silence ou peu s'en faut. La psychologie des personnages est très rapidement esquissée.
Des longueurs, beaucoup de longueurs (1100 pages pour une histoire assez banale !) et une dispersion de l'intrigue avec une kyrielle de personnages secondaires ont fait que j'ai eu du mal à terminer ce roman... Je ne le conseillerai pas à mes proches.
Des rumeurs parlent d'une adaptation cinématographique de ce roman. Peut-être que pour une fois je préfèrerais le film au livre...

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27 novembre 2009

Mon journal de geisha, Komono et Naoyuki Ogino

geishaVoici un ouvrage magnifique que j'ai acheté récemment et que j'ai dévoré d'une traite.

Pour couper court à la méprise courante qui associe
dans l'imaginaire collectif les geishas aux prostituées, depuis la Seconde Guerre mondiale, Mon journal de geisha est le récit de Ruriko, une jeune japonaise qui décide à 15 ans, de commencer l'apprentissage qui fera d'elle une geiko, ou geisha à Kyoto. 
Le parcours est long, les journées interminables et éreintantes, mais au bout le privilège de devenir Komono, son nouveau nom de geisha, et de faire perdurer la tradition japonaise.
L'apprentissage pour devenir geisha demande beaucoup de sacrifices. La rigueur exigée est lourde et les rituels très nombreux mais la jeune fille s'y plie, mue par une volonté hors pair.
De cet apprentissage de cinq ans pour devenir une parfaite geisha, Naoyuki Ogino, photographe indépendant, en a capté le quotidien et les moments les plus importants, suivant la jeune fille durant les instants inoubliables de sa formation, comme sa première représentation en public.

La lecture de ce journal est un réel plaisir. Komono s'y exprime à la première personne, donnant au lecteur l'impression d'être privilégié.
Les photos de
Naoyuki Ogino sont magnifiques et illustrent parfaitement le récit de la jeune geisha. Les couleurs chamarrées sont un délice pour l'oeil et le lecteur tourne les pages de ce documentaire comme s'il s'immisçait dans la vie de la jeune narratrice, partageant avec plaisir son quotidien.
Avec ce livre nous est donnée la possibilité d'avoir accès à cet art japonais ancestral et à toutes ses subtilités, mais aussi de se rendre compte des conséquences que sa disparition entraînerait sur l'artisanat traditionnel du pays, notamment celui des kimonos.
Bref, à lire pour en savoir davantage sur ces femmes si mystérieuses et sur les traditons qui enveloppent leurs vies, pour couper court à toute méprise et appréhender  d'une façon nouvelle cet art japonais. Un petit bonheur d'en savoir un peu plus grâce au témoignage d'une geisha de Kyoto  et de la suivre durant 5ans. De ce projet est né un très bel objet, à lire et à feuilleter régulièrement.

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25 novembre 2009

La reine des rêves, Chitra Banerjee Divakaruni

revesJe viens de terminer ce matin La reine des rêves de Chitra Banerjee Divakaruni, l'auteur de la Maîtresse des épices que je vous ai présenté dernièrement et qui s'inscrit dans la même veine.
Encore une fois j'ai été agréablement surprise par ce roman et transportée dans son univers...

Rakhi est une jeune mère célibataire d'origine indienne qui vit à Berkeley, en Californie. Avec sa meilleure amie Belle, elle a ouvert un salon de thé, la Chaï House.
Mais depuis qu'elle est petite, elle est fascinée par sa mère, cette étrangère si lointaine et intrigante. Car cette mère si spéciale est reine des rêves : depuis qu'elle est jeune, elle a le don de pouvoir analyser les rêves des autres, mais aussi d'avoir des visions lorsqu'elle dort. Ce don si spécial lui confère une vie de frustrations et de secrets, dans laquelle ni son mari ni sa fille n'ont une place à part entière. Pour Rakhi, cette mise à distance est éprouvante.
Le jour où elle tombe par hasard sur le journal que sa mère a tenu depuis sa jeunesse et qui relate en hindi sa formation avec les Anciennes pour appréhender son don, c'est l'occasion pour elle de se rapprocher de son père, figure absente et ectoplasmique de sa vie...


Encore une fois,
Chitra Banerjee Divakaruni nous entraîne dans cette intrigue familiale simple et bien menée. L'ailleurs est là, représenté par cette Inde mystérieuse que l'héroïne ne connait que par les livres et les rares anecdotes de sa mère.
Beaucoup de poésie dans ce roman aux saveurs de l'Inde. Les phrases coulent, les sens sont en éveil, la lecture est un réel plaisir.
Mais ce roman aborde également une réflexion sur l'intégration délicate des Indo-Pakistanais au lendemain du 11 septembre aux États-Unis, la douleur d'être montrés du doigt, stigmatisés voire accusés.

Une nouvelle fois une parenthèse magique aux saveurs d'épices et de cha à lire avec plaisir...


"Mais la frange dentelée de ce silence s'est effilochée et le tissu de notre couple s'est défait un peu plus." p.123

"Pourtant, je pense qu'avant de mourir j'aimerais aller en Inde - ne serait-ce que pour que les fantômes  qui dansent dans ma tête comme des feux follets sur l'eau puissent s'apaiser." p.127-128

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24 novembre 2009

Du sang sur Rome, Steven Saylor

DuSangSuRomeJ'ai découvert Steven Saylor grâce à une de mes profs de Latin au lycée, (que je ne remercierai jamais assez...) et depuis, je suis complètement  sous le charme de cet auteur américain. Je lui ai même écrit un mail il y a quelques années pour lui dire à quel point j'adorais ce qu'il écrivait... Si si, il m'a répondu !! Enfin, un assistant sûrement...

Pour ceux qui ne le connaissent pas, Steven Saylor est un écrivain Texan diplômé en histoire et dont la série Les Mystères de Rome (Roma Sub Rosa aux Etats-Unis) relate les aventures de Gordien, un enquêteur  au temps de la Rome antique. Petite anecdote : cette série a inspiré les créateurs des costumes de la série Rome, pour éviter notamment des anachronismes et autres erreurs historiques...

Dans le premier opus de la série, Du Sang sur Rome, paru aux éditions 10/18 en 1997, le lecteur rencontre Gordien, enquêteur bourru, solitaire et un peu porté sur la bouteille, qui enquête pour le compte de particuliers. Lorsqu'il est contacté pour une affaire de parricide par le jeune Cicéron, l'affaire se corse...

Je ne vous en dirai pas plus sur l'intrigue pour maintenir le suspense. L'intérêt de cette série géniale réside dans la plongée dans la Rome Antique, époque fascinante s'il en est, et le mélange entre la fiction et les événements historiques. Gordien croise de nombreuses figures célèbres (l'histoire débute sous le règne de Sylla, en 80 av. J.C., pour se terminer, dans le dernier volet paru*, après l'assassinat de Pompée par Ptolémée XIII, en 48 av.J.C.), auxquelles Steven Saylor accorde certains actes parfois fictifs. Pour une transparence totale face à l'Histoire, l'éditeur a pris soin, à chaque tome, de rétablir les frontières entre réalité et fiction.

Les détails sont nombreux sur la vie quotidienne des Romains à cette époque, quelle que soit leur couche sociale : habitudes culinaires, loisirs, jeux du cirque, thermes, littérature de l'époque, etc. Le lecteur est embarqué dans cette époque fascinante grâce à la plume de l'auteur, riche en descriptions précises et sensitives. Rome devient un personnage à part entière et les quartiers qui la composent font l'objet de multiples descriptions et analyses.

Pour moi, le mérite de cette série très documentée est de vulgariser et rendre accessible une époque riche en événements politiques et sociaux en tous genres. Le lecteur plonge avec délice dans cette période, et parcourt aux côtés de Gordien une partie conséquente de l'Antiquité Romaine.

Bref, à lire et à relire sans hésitation !!

*Dernière minute : en vérifiant mes dires, j'ai appris que la série comptait 11 romans en françaisLogo_1, et un 12ème, paru en juillet 2009 aux Etats-Unis, qui va bientôt être traduit !!

Et voici, de façon rétroactive, ma première participation au défi Au cœur de la Rome Antique que j'organise !

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23 novembre 2009

Le fruit du dragon, Claire Ubac

dagonVoilà encore un roman que j'essaie de diffuser autour de moi tellement il m'a plu ! Le fruit du dragon est un roman de Claire Ubac publié en 2003 par  l'École des Loisirs.

Margaux rêve du voyage en Asie que son père lui a promis, rien que tous les deux. Depuis le divorce de ses parents, elle peine à discuter réellement avec lui.
Mais ce dernier s'enlise peu à peu dans une dépression liée à  cette séparation et se sent incapable de tenir sa promesse  d'emmener sa fille en périple en Asie.
L'adolescente est donc confiée à des amis de son père, un couple accompagné de sa fille Jesse, 13 ans, que Margaux a tôt fait de rebaptiser "Supernigaude".
Le voyage à travers le Vietnam va finalement se transformer en voyage initiatique pour la jeune fille, loin de ceux qu'elle aime et de ce qu'elle connaît.Elle va prendre conscience de sa relation avec ses parents, de son rapport à l'autre et de sa conception de la vie... Elle va grandir et beaucoup apprendre de ce voyage, de sa déception et de ses frustrations.

Le fruit du dragon est un roman très rafraîchissant, qui transporte le lecteur dans la moiteur du  Vietnam et les parfums d'Orient.
Les descriptions font appel à tous les sens et mobilisent le lecteur à tous les niveaux. Le Vietnam est au centre d'une représentation à la fois visuelle, olfactive et auditive.
Le lecteur vit chaque instant au côté de l'héroïne, capable, grâce à la plume de Claire Ubac, de s'imaginer lui aussi en plein milieu d'un marché d'Hanoï ou en train de visiter un temple bouddhiste.
Les personnages sont très attachants, notamment Margaux, l'héroïne, pleine de doutes et de colère.
Pour échapper à la frustration de son quotidien, elle s'invente un quotidien où Lia, son alter ego imaginaire, est détenue captive par cette famille. Ces situations cocasses l'empêchent souvent de faire preuve de bonne foi et donnent lieu à des séquences très intéressantes dans lesquelles elle découpe les scènes plan par plan,
à la manière d'un metteur en scène ou un réalisateur.

A lire pour l'originalité de l'intrigue, mêlant quête identitaire et humour, mais aussi pour le Vietnam, personnage à part entière dans ce roman.
Il m'a personnellement convaincue davantage encore de l'attrait que j'avais pour ce pays...

"
Abandonnée de sa famille et louée à des kidnappeurs sans scrupule, quelques goulées d'eau à vingt degrés de moins que la fournaise ambiante font comprendre à Lia la captive à quel point elle tient encore à la vie." p.43

"Le corps se traîne en limace, rêvant qu'on le déleste de ses vêtements et de sa chevelure lourde comme un serpent. Des odeurs violentes prennent le nez, parfums d'épices, senteur familière de poulailler, puanteur de fruits surs, d'urine ou de camphre. Les bruits sont vivants aux oreilles. Je commence à repérer la mélodie de la langue vietnamienne." p.80

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21 novembre 2009

Yakitate!! Ja-pan, Takashi Hashiguchi

Ce soir je voulais vous parler d'une série de mangas découverte cette année (je suis vraiment novice en la matière...) dans le cadre du club manga que j'ai mis en place dans mon collège.
Il s'agit de la série Yakitate!! Ja-pan - un pain c'est tout, créée par Takashi Hashiguchi en 2002 et publiée aux éditions Delcourt / Akata en France.
A l'heure actuelle, 26 tomes ont été publiés au Japon et 25 ont été traduits en France.

Pour le moment, je n'ai lu que les trois premiers tomes, mais je dois avouer que ce manga m'a conquise !

Résumé du site Gachan :
"Kazuma s’est découvert tout petit une passion : le pain. Au contact d’un boul
anger, il développe sa passion et son obsession : créer un pain original et typiquement japonais (le Ja-pan) qui pourrait rivaliser avec le riz sur la table de ses compatriotes. yak_1
Il faut dire que Kazuma a un don rare : ses mains sont si chaudes qu’elles favorisent la fermentation du pain.
Après des années d’essais et d’entraînement, Kazuma décro
chera une place dans la plus grande boulangerie japonaise, organisatrice d’un concours de recrutement très difficile. Il y fera son apprentissage, participant à des tournois internationaux aux épreuves plus fantaisistes les unes que les autres."

YAKIT_2Le héros est drôle, très gentil mais un peu naïf (il se fait souvent berner par ses concurrents dans les concours de pâtisserie...), les situations sont souvent très cocasses et les personnages un peu stéréotypés mais très attachants.
L'intrigue en elle-même est une quête initiatique du héros, à la recherche du Ja-Pan.
L'auteur nous livre des recettes de pain très diverses (les lecteurs les reproduisent souvent d'après ses dires !!), allant de la brioche au beurre aux différents pains nationaux.
Bref, un manga non violent dans lequel on se plonge avec plaisir et qui donne envie de manger du pain chaud !!!

yak_3

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20 novembre 2009

Je serai les yeux de la Terre

yeuxVoici un très beau documentaire à offrir (ou se faire offrir !)
Je serai les yeux de la Terre est un album publié en 2007 aux Éditions Rue du Monde qui regroupe des photos de l'agence Altitude, des textes d'Alain Serres (fondateur des éditions) et des illustrations à l'encre de Chine de Zaü.


Ce magnifique ouvrage a pour objectif de concerner le lecteur sur les ravages écologiques actuels et sur l'importance du développement durable (je sens que ça pourrait en intéresser certaines...)
Les illustrations de
Zaü font écho aux vues aériennes incroyables des différents photographes, et en sont comme un prolongement.
A la fin de l'album se trouve un lexique des mots-clés du développement durable, pour aborder ce thème en toute connaissance de cause.

Personnellement, j'ai été très touchée par cet album original, mêlant réalité et fiction grâce à l'entremêlement des photos et de l'encre de Chine. Une jolie façon d'aborder les problèmes de notre planète sans démagogie, seulement avec des mots lourds de sens qui permettent une réelle prise de conscience.
A feuilleter pour le plaisir de l'esthétique des illustrations et des photos aériennes, et à lire pour réfléchir et agir...

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19 novembre 2009

Diego et Frida, Le Clézio

diegoVoilà un livre que j'ai cherché longtemps sur les étals des libraires et des bouquinistes avant de le trouver dernièrement à Paris.
Je pense que le fait que Le Clézio ait eu le Nobel de Littérature en 2008 a dû participer à sa réimpression.

Diego et Frida relate, comme son nom l'indique, la romance entre les deux artistes mexicains
Diego Rivera et Frida Khalo, sur fond d'implication politique et historique.
Le couple s'aime et se déchire au rythme de l'histoire du pays qu'ils aiment tant et de leurs nombreux voyages en Europe et aux Etats-Unis.
Diego, bien plus âgé que Frida, est déjà un artiste accompli lorsqu'ils se rencontrent en 1923 à la Preparatoria. Son implication politique, sa passion pour l'art et les femmes habiteront ce géant, cet "ogre" comme le nomme Le Clézio, toute sa vie, au détriment de ceux qui l'aiment.
Frida, quant à elle, se plonge dans la peinture, et les autoportraits plus particulièrement, suite à l'accident de bus qui la rendra infirme et stérile à vie. La souffrance de sa vie transparaît dans ses peintures, tout comme son amour inconditionnel pour Diego.

La plume de Le Clézio dépeint avec beaucoup de douceur ces deux existences, permettant au lecteur de s'immiscer discrètement entre eux.
Cette biographie très documentée, mêlant notamment des extraits de correspondances à des citations d'autres biographies, permet d'avoir une approche biographique et artistique assez globale des deux protagonistes.
J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre et vous le conseille vivement. Il m'a donné envie d'en savoir un peu plus sur les deux artistes. J'ai cherché pas mal de leurs œuvres d'art sur Internet, certaines faisant écho à des périodes de vie décrite dans ce livre.

Cette biographie était en fait pour moi le prolongement du visionnage du film éponyme de Julia Taymor consacré à Frida et sorti sur les écrans en 2003. Il m'arrive en effet souvent d'avoir une boulimie sur un auteur, un personnage historique ou encore une époque et de me jeter à corps perdu dans des lectures qui lui sont consacrées...

"L'infirmité progressive, l'enfermement dans la solitude de la douleur ont transformé le rêve d'enfant en fantasme, et donné une valeur presque mythique à cette autre elle-même, qu'elle scrute indéfiniment dans son miroir." p.65

"L'hiver est doux et pluvieux, et elle pense avec nostalgie aux ciels éclatants et au froid du matin à
Coyoacán, aux enfants qui grignotent la canne à sucre de Noël au coin des rues, aux Indiennes qui vendent des fleurs de noche buena et de la terre végétale." p.146

"Pris par la réalisation des peintures murales du Palais National, dans le tumulte sensuel de la vie et les remous de la politique au jour le jour, Diego peut bien croire au bonheur de Frida dans sa nouvelle vie, son indépendance. Elle-même ne joue-t-elle pas à être heureuse ?" p.218

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