Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

05 février 2017

Touriste, Julien Blanc-Gras

Touriste, Julien Blanc-GrasTouriste est le troisième livre du journaliste globe-trotter Julien Blanc-Gras paru en 2011 aux éditions Au Diable Vauvert. 

Julien Blanc-Gras se qualifie ni plus ni moins de touriste. Ni explorateur, ni Indiana Jones des temps modernes, juste touriste. Quelqu'un qui parcourt le monde en dilettante, à la rencontre des autres, de leur culture, de leur histoire, de leur quotidien. Touriste est un récit de ses escapades diverses et variées aux quatre coins du monde.

Voyager, c'est un peu ma vie (comme H&M, Monoprix et les crêpes diraient certaines...) et comme Julien Blanc-Gras, si je reste trop longtemps à un endroit, je finis par avoir les semelles qui me démangent (c'est le cas en ce moment). Ce livre était donc fait pour moi et je me suis régalée à sa lecture.

De la Chine au Proche-Orient, du Royaume-Uni à l'Inde, de la Polynésie au Brésil en passant par Madagascar et le Mozambique, je me suis retrouvée dans beaucoup de réflexions et de situations décrites par l'auteur et j'ai éclaté de rire plus d'une fois. Car sous couvert d'un regard observateur sur les pays qu'il parcourt, cet amoureux de la géographie et de la cartographie nous livre avec un humour très fin le fruit de ses pensées sur les us et coutumes des autochtones mais aussi - et surtout - sur les touristes. Jamais hautain ni donneur de leçon mais en toute humilité, il parcourt le monde sans jamais être dupe de ce qu'il voit ou ce qu'il vit. C'est beau, souvent drôle, parfois triste, toujours finement étudié.

J'avais commencé à l'envers en lisant l'adapation de ce livre en BD par Mademoiselle Caroline chez Delcourt. Je ne regrette absolument pas d'être revenue à la source en découvrant ce texte. A mettre entre les mains des voyageurs, mais pas que. On est tous touristes...

"Le caractère magique des cartes m'offrait mon premier choc esthétique. Aujourd'hui encore, je reste persuadé que la projection de Mercator, en dépit de ses imperfections, dévoile une grâce supérieure à la Joconde." (p.10)

"Certains veulent faire de leur vie une oeuvre d'art, je compte en faire un long voyage. Je n'ai pas l'intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir les sommets vertigineux, ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas si exigeant. Touriste, ça me suffit. Le touriste traverse la vie, curieux et détendu, avec le soleil en prime. Il prend le temps d'être futile. De s'adonner à des activités non productives mais enrichissantes. Le monde est sa maison. Chaque ville, une victoire. Le touriste inspire le dédain, j'en suis bien conscient. Ce serait un être mou, au dilettantisme disgracieux. C'est un cliché qui résulte d'une honte de soi, car on est toujours le touriste de quelqu'un." (p.12)

"J'ai fait une expérience inédite. C'est une bonne nouvelle en soi. Certaines personnes ne font jamais rien pour la première fois. Ils naissent, ils achètent un canapé, ils meurent." (p.75)

"Dans la plupart des pays, ma couleur de peau trahit le gringo. Je trimballe l'Occident avec moi, je ne peux pas y échapper. Mes origines inspirent la fascination ou le ressentiment, et toute la palette de préjugés se situant entre les deux." (p.109)

"Je n'ai rien contre la géopolitique de comptoir, c'est un miroir grossissant des névroses d'une société." (p.123)

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01 février 2017

Bilan de lecture janvier 2017

Bilan de lecture doré

Les livres chroniqués

(cliquez sur les couvertures pour lire mes chroniques)


Bilan du mois

Un début d'année riche en lectures très différentes. Si le début du mois a été marqué par des lectures nippones, la fin a davantage été consacrée à la jeunesse, le tout entrecoupé d'une plongée en Écosse avec la série Outlander (je suis en plein dans Le Talisman, le deuxième tome de la saga de Diana Gabaldon). Je continue de picorer ça et là les livres, au gré de mes envies, entre lectures que je peux/veux présenter à mes lycéens durant notre club lecture, livres prêtés, offerts ou dans ma PAL depuis trop longtemps, etc. Et ce mois-ci petite victoire, j'ai réussi à tenir ma seule résolution de l'année : chroniquer toutes mes lectures en temps et en heure et ne pas avoir de billets en retard dans mon bilan... Pourvu que ça dure !

Bon mois de février en lecture à tous !

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30 janvier 2017

Le collège des éplucheurs de citrouilles, Laure Deslandes

Le collège des éplucheurs de citrouilles, Laure DeslandesLe collège des éplucheurs de citrouilles est le premier roman de Laure Deslandes, enseignante de lettres classiques dans le Finistère. Il est paru le 25 janvier à L'Ecole des Loisirs.

Elliot, douze ans, est envoyé en internat dans le collège des Museaux, un minuscule collège breton un peu étrange. Là-bas, pas de programme conventionnel mais des cours d'estonien, un chantier collectif de maison à énergie passive en technologie ou encore de semence en botanique et une cantine bio et locavore qui fait la part belle aux produits du terroir. Une vie simple, au rythme des saisons que les enfants du village apprécient depuis leur enfance. Mais pour Elliot et les autres internes, tous au passé chaotique, l'acclimatation est dure. Heureusement pour celui-ci, dans sa classe de cinquième Hérisson, il y a Péline, une grande rousse joyeuse et généreuse qui va lui tendre la main et l'aider à s'intégrer dans ce nouvel environnement.

Quel régal ce roman ! Intriguée par le titre et le résumé un peu décalé, j'ai ouvert Le collège des éplucheurs de citrouilles sans savoir véritablement à quoi m'attendre. Et si le début m'a un peu rebutée - me rappelant que trop mes problématiques professionnelles - j'ai finalement pris beaucoup de plaisir à découvrir ce collège loufoque aux cours aussi barrés que ses enseignants.

Les personnages adolescents sont traités avec beaucoup de soin, et Elliot et Péline forment un duo attendrissant aux fêlures vraisemblables. Malgré l'aspect décalé des cours peu conventionnels, des problématiques de cet âge sont abordées - le premier émoi, la vie en communauté, l'amitié, la transformation du corps, etc. - tout comme les relations parents enfants. C'est fin, bien étudié, même si l'ensemble s'approche d'une belle utopie par certains aspects. Portée par un humour décapant qui témoigne d'une belle connaissance des adolescents, l'intrigue avance à bon rythme, dans une langue fleurie et riche comme les parterres du collège. On se prête à rêver à un établissement scolaire où le cuistot servirait des crumbles maison après un cours d'escalade dans les arbres, à la découverte des différentes essences. Bref, un premier roman très réussi qui plaira sans aucun doute autant aux lecteurs de l'âge d'Elliot et Péline qu'aux plus grands.

Un grand merci à Coline et aux éditions L'Ecole des loisirs pour ce roman.

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25 janvier 2017

Le sixième Dalaï-Lama T.1, Zhao Ze et Guo Qiang

Le sixième Dalaï-LamaLe sixième Dalaï-Lama est un manhua - bande dessinée chinoise - illustré par Zhao Ze et scénarisé par Guo Qiang, paru en août 2016 aux éditions Fei, maison d'édition spécialisée dans la BD chinoise. 

Tawang, petit village du Sud de l'Himalaya, 1694. Lobsang y coule une vie paisible de paysan-esclave avec ses parents. Un matin, alors qu'il se rend aux champs avec Gelaï, son renard blanc, Lobsang fait la connaissance de Makye Ame, fille du seigneur local. Ignorant les conseils de ses domestiques, la fillette se lie d'amitié avec Lobsang, et, accompagnée de Dédi, sa fidèle servante, passe son temps libre avec lui. Les années passent et font naître une solide amitié entre les trois enfants. Mais le trio est loin de se douter que le cinquième Dalaï-Lama est mort depuis quinze ans et que les lamas se mettent en quête de sa réincarnation à travers le pays.

Je vous vois venir : "Mais elle a fini de nous ennuyer avec ses lectures autour du bouddhisme ?" Je vous arrête tout de suite : c'est un hasard, j'ai piqué cet album au boulot, attirée par sa couverture (et son sujet, je ne vous le cache pas !). Et autant vous le dire tout de suite : je suis tombée sous le charme de ses planches aussi belles que contemplatives.

Les personnages, tout en rondeur, semblent porter l'innocence de leur âge sur leurs visages, dominés par leurs grands yeux candides et leurs joues rosies par le vent qu'on imagine souffler dans ce petit village tibétain. Zhao Ze apporte tout autant de soin au traitement de ses paysages et chaque double page est un enchantement onirique porté par des couleurs douces.

L'intrigue se met en place doucement, et le suspense en est absent, mais qu'importe. La beauté réside ailleurs, dans cette amitié entre les enfants, entre Lobsang et son renard ou encore dans cette vie simple proche de la nature. Un très bel album que j'ai adoré découvrir et dont j'ai hâte de connaître la suite.

Planche 1 Planche 3

Planche 4 Planche 2

BD de la semaine saumon

Cette semaine chez Mo !

 

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22 janvier 2017

Harry Potter à l'école des sorciers, J.K. Rowling

imageHarry Potter à l'école des sorciers est le premier tome de la célèbre saga de l'anglaise J.K. Rowling, paru en 1997 au Royaume-Uni, avant de paraître en France  chez Gallimard  en 1998.

Harry est un orphelin maigrichon élevé sans amour par son oncle et sa tante. Le jour de ses onze ans, le garçonnet apprend qu'il est en réalité un sorcier et que lorsqu'il était nourrisson, il a réduit à néant le plus grand sorcier de tous les temps. Dès lors s'ouvre pour lui une nouvelle vie à Poudlard, l'école de sorcellerie dans laquelle il est admis, une vie remplie de magie, d'amitié mais aussi de danger. Car le Mal rôde toujours... 

J'ai hésité à chroniquer cette relecture, mais comme je me suis engagée à chroniquer chacune de mes lectures, j'ai décidé de faire un rapide billet. En grande fan d'Harry Potter (souvenez-nous à quel point j'avais été enthousiaste lors de ma visite des Studios Harry Potter à Londres). Je me suis lancée dans une relecture de la saga - à raison d'un tome par mois durant sept mois - avec ma soeur d'abord puis avec deux copines aussi, qui ont souhaité se greffer à ce chouette projet de lecture commune. Donc préparez-vous à voir des Harry Potter se glisser parmi mes autres lectures dans les mois à venir...

Me replonger dans Harry Potter, c'est me glisser avec plaisir dans un univers des plus doudous, synonyme d'enfance (j'ai découvert la série lors de sa sortie en France, alors que j'étais à peine plus âgée que les personnages principaux) et porteur d'imaginaire.

Je ne m'épancherai pas ici sur les nombreuses qualités de la série (cet article serait trop long) mais je voulais juste insister sur sa finesse psychologique - d'autant plus perceptible avec mon regard d'adulte -  sur les nombreuses thématiques qu'elle aborde (le deuil, la mort, la solitude, le rejet, l'amitié, la fin de l'enfance, etc.) et sur son aspect universel. Quel plaisir de retourner dans ces pages, quel plaisir de retrouver cet univers et de me lancer dans lecture commune ! J'ai hâte de me plonger dans le deuxième tome.

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18 janvier 2017

Siddhartha, Herman Hesse

Siddhartha, Herman HesseSiddhartha est un roman philosophique de l'écrivain, peintre et essayiste allemand Herman Hesse -Prix Nobel de littérature en 1946 - paru en 1922 en langue allemande avant d'être traduit en 1975 en français.

Siddhartha, fils de brahmane, suit l'enseignement propre à sa caste. Mais un jour, cela ne lui suffit plus. Il quitte donc sa famille et son village pour poursuivre son chemin spirituel. Celui-ci débutera en compagnie de Samanas - moines errants vivant dans l'ascèse - avant de se poursuivre seul, à travers l'Inde. En chemin, Siddhartha croisera le Bouddha Gautama, et sa discussion avec celui-ci lui permettra de poursuivre sa route vers l'Eveil. Et c'est en se détachant de ses désirs et en expérimentant lui-même la sagesse que Siddhartha, loin des enseignements d'une quelconque doctrine, réalisera sa quête spirituelle.

Ce court roman m'a été prêté il y a quelques années et - honte à moi - je ne l'avais pas encore lu. Dans ma grande résolution de rendre les livres empruntés, je me suis plongée dedans cette semaine et c'est avec un plaisir certain que j'ai suivi le personnage de Siddhartha dans son chemin spirituel.

Construit comme un conte, l'intrigue se déroule en Inde, à l'époque du premier Bouddha - Siddhārtha Gautama dit Shakyamuni - et si le héros en porte le prénom, il n'est qu'un personnage fictif qui avance seul sur le chemin de l'Eveil, à l'écart de toute doctrine religieuse. A travers ses différentes expériences -la luxure, l'orgueil, la cupidité, l'envie, etc. - Siddhartha progresse peu à peu dans sa quête initiatique et c'est en méditant et contemplant le monde qu'il parvient à une meilleure connaissance de lui-même.

Très beau texte accessible et poétique, Siddhartha est un moyen intéressant de se pencher sur quelques notions de bouddhisme ou tout simplement réfléchir au monde qui nous entoure. Merci beaucoup Vanessa pour ce prêt de quatre ans. Tu avais raison en pensant que ce texte allait me plaire...

"Je consens volontiers que la Sagesse d'un homme ait toujours aux yeux de certains autres un petit air de folie." (p. 153)

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15 janvier 2017

Du neuf, du neuf : à bas le turquoise, vive les paillettes !

Je vous avais dit lors de mon dernier bloganniversaire que je pensais bricoler un peu mon blog, le modifier, le repenser. Pour qu'il me corresponde plus. Pour qu'il évolue, avec moi. Certains m'ont dit attendre cette transformation avec impatience, d'autres n'ont rien dit (vous croyez que je ne vous vois pas ?). Les semaines ont défilé et de transformation il n'y a pas eu... jusqu'à ce weekend neigeux où l'inspiration m'est venue et l'envie de m'y mettre a surgi !

Dites au revoir au design rose et turquoise que j'avais mis en place il y a trois ans déjà. Dites bonjour au blanc, au doré et aux paillettes ! Plus moderne, plus en accord avec ce que je suis aujourd'hui, plus épuré (si si, c'est plus épuré malgré les paillettes et le doré ne soyez pas mauvaises langues !), voilà le nouveau Bouquinbourg ! J'espère que vous vous sentirez bien dans ces nouveaux murs...

Bye bye ancien design ! Hello la nouveauté !

Il n'y a pas que les couleurs qui ont changé. Voici quelques petites nouveautés qui les accompagnent :

  • Changement de l'Index des auteurs en Bilans de lecture dans le menu sous la bannière : j'avais créé l'index en ouvrant mon blog et dès le début j'avais trouvé sa mise à jour fastidieuse. Autant vous dire qu'avec les années, il n'était plus du tout à jour et je ne trouve pas pertinent de le mettre en lumière alors qu'il ne reflète pas ce que j'ai lu. J'ai préféré le remplacer par un lien direct vers mes bilans de lectures, mensuels, et qui donnent un accès immédiat à mes chroniques du mois écoulé et permettent de voir les titres lus et pas encore chroniqué (enfin, si vous me suivez, vous savez que normalement il ne doit plus y avoir de livres non chroniqués dans mes bilans en 2017^^)
  • Disparition pure et simple de l'accès direct à ma Wish-list dans le menu sous la bannière : idem, née en 2012 cette catégorie n'a pas réellement été mise à jour de façon régulière et je ne vois pas l'intérêt de la laisser ici. Je suis tentée par tout un tas de livres mais je pense plutôt remplacer ce billet figé par des rendez-vous dont je n'ai pas encore pensé la périodicité (trimestrielle ?) qui mettront en lumière mes nouvelles tentations et la personne tentatrice si c'est un blogueur (je reprends l'idée de L'Or rouge que j'aime beaucoup !)
  • Harmonisation des boutons de partage social (Instagram, Twitter, Pinterest et Hellocoton) dans la colonne de droite pour plus de clarté. Disparition, du coup, des encarts de Hellocoton et Pinterest que j'avais dans la colonne de droite.
  • Changement de l'onglet Contact : je l'ai supprimé du menu pour le glisser avec les boutons de partage (Instagram, etc.)
  • Création d'un onglet pour le Challenge Feel Good et pour les Archives dans le menu sous la bannière : c'est plus harmonieux que le logo dans la colonne de droite pour le challenge et plus facile d'accès pour les archives.
  • Arrêt du Moi après mois... : je sais que c'est une catégorie que mes proches aimaient bien (et vous êtes plusieurs à me la demander régulièrement) mais avec tout ce que je dis sur Instagram depuis un an, je trouvais que je me racontais trop et qu'en recoupant toutes des informations, n'importe qui en savait vraiment beaucoup sur moi (je vous avoue que mon mémoire sur la documentation de soi m'a sérieusement ouvert les yeux à ce sujet...). J'ai donc eu envie de remettre un voile de pudeur sur ma vie et de cesser ce rendez-vous mensuel. Pour mes proches à qui ça manque, on s'appelle et on va boire un thé pour discuter si vous voulez !

Alors, vous aimez ?

N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ces nouveautés en commentaire !

 

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La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier Giesbert

La cuisinière d'Himmler, Franz-Olivier GiesbertLa cuisinière d'Himmler est un roman du journaliste et écrivain franco-américain Franz-Olivier Giesbert paru en 2013 chez Gallimard.

Rose est née en juillet 1907, au bord de la mer Noire. Parce que sa famille est arménienne, elle est massacrée par les Jeunes-Turcs au nom de la turquification de l'Anatolie. Rose s'enfuit et commence pour elle un drôle de périple, une vie de fuite dans ce siècle meurtrier. Après le génocide arménien, la petite fille est vendue comme esclave sexuelle avant de s'enfuir en France. Mais la Seconde Guerre mondiale sourd. Entre amours désabusées et vengeance qui la ronge, Rose vit avec une détermination farouche et se lance dans la seule chose qui anime sa vie : la cuisine.

Roman étonnant et détonnant s'il en est, La cuisinière d'Himmler vous déroute et vous malmène dès les premières pages. L'intrigue débute alors que Rose a cent-quatre ans, une vie des plus remplies, et des souvenirs en pagaille. Quand une lettre lui parvient d'Allemagne, elle se décide à écrire ses mémoires, le récit de sa vie de bohème, "un livre pour célébrer l'amour et pour prévenir l'humanité des dangers qu'elle court. Pour qu'elle ne revive jamais ce que j'ai vécu." Dès lors, les chapitres alternent entre Marseille, en 2012 - où Rose tient son restaurant La petite Provence - et sa jeunesse sur les routes.

Car Rose a traversé le XXe siècle et toutes ses horreurs : du génocide arménien aux atrocités nazies et à l'horreur maoïste. De la France à l'Allemagne en passant par la Chine et les États-Unis, Rose fuit la violence et tente à chaque fois de se construire une vie stable et heureuse, aimant hommes et femme, célébrant la vie par le sexe.

Au crépuscule de sa vie, avec une détermination et un humour féroces, la vieille dame raconte sa vie. Et c'est drôlement prenant. Franz-Olivier Giesbert dresse le portrait d'une Tatie Danielle impertinente, vulgaire et un brin teigne, qui par ses blessures s'est construit une force de caractère et une vie des plus remplies. Extrêmement documenté sur le siècle, son récit est poignant et ne s'embarasse ni de jolies tournures ni de descriptions longues. Rose - la narratrice - est directe, parfois crue. Mais c'est son journal, sa vie, ses morts et ses amours, et personne ne peut l'empêcher de se raconter comme elle le souhaite, avec l'impertinence que son âge excuse. Un roman solidement construit à l'humour grinçant et ô combien intéressant. Une bien belle lecture qui rafraîchit la mémoire sur le siècle dernier et ses sombres heures.

En bonus de fin : les recettes de Rose (la Parmesane de Mamie Joe, le Plaki de la grand-mère de Rose ou encore le flan au caramel d'Emma Lempereur)

"Si l'Enfer c'est l'Histoire, le Paradis, c'est la vie." (p.382)

"Le bonheur ne nous est pas donné : il se fabrique, il s'invente." (p.382)

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12 janvier 2017

Outlander T.1 Le chardon et le tartan, Diana Gabaldon

Outlander T

Le Chardon et le tartan est une série imaginée par la romancière américaine Diana Gabaldon débutée en 1991. Popularisée par sa récente adaptation en série télévisée, la saga - appelée aussi Outlander ou Le Cercle de pierre - mêle à la fois le roman historique, le fantastique et la romance. 

Inverness, Ecosse, 1945. Claire, vingt-sept ans, revient du front où elle a servi en tant qu'infirmière et profite de quelques jours de retrouvailles avec son mari, Frank. Mais alors qu'elle découvre les environs, Claire est aspirée par un étrange mégalithe et se retrouve catapultée en 1743, alors que la guerre fait rage entre les anglais et les écossais. Déboussolée par ce voyage dans le temps, la jeune femme est sauvée par des Highlanders des griffes de Jonathan Randall, illustre et violent aïeul anglais de son mari. Claire impressionne rapidement les écossais par ses connaissances médicales, utiles sur le champ de bataille et fait la connaissance de Jamie, un Highlander un peu bourru et têtu. 

Complètement sous le charme de l'Ecosse depuis mon voyage en 2014, je ne pouvais que succomber à cette série, découverte par hasard en naviguant sur Netflix. J'ai hésité à la regarder mais j'ai décidé de commencer par le roman. Et j'ai rudement bien fait ! J'ai dévoré les 850 pages de ce premier tome durant les vacances de Noël, ayant moi aussi l'impression de voyager dans le temps, comme Claire, et d'être à ses côtés dans les Highlands en 1743. Diana Gabaldon esquisse dans ce premier tome les contours d'une intrigue des plus riches et documentées. L'histoire est abordée à travers le personnage de Frank, le mari de Claire, mais aussi par les événements que l'héroïne est amenée à vivre. L'Ecosse est un personnage à part entière, faisant l'objet de belles descriptions de sa nature, ses saisons ou encore ses moeurs. 

C'est bien simple : j'ai été complètement happée par cette histoire de voyage dans le temps, secouée comme Claire par la violence du 18ème siècle et ses problématiques, sous le charme moi aussi des écossais qu'elle rencontre, partagée qu'elle est entre la volonté de rentrer à son époque et de changer le cours du temps par sa connaissance des événements futurs. 

Difficile de ne pas trop en dire sur cette intrigue dense et riche. Je n'aurais qu'un conseil : venez nous rejoindre sous la bruine écossaise, au milieu des rébellions jacobites de la première moitié du 18ème. Vous ne serez pas déçus de ce voyage dans le temps... En attendant, moi je suis d'ores et déjà plongée dans le deuxième volet des aventures de Claire ! 

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11 janvier 2017

Sukkwan Island, Ugo Bienvenu (d'après le roman de David Vann)

Sukkwan Island, Ugo Bievenu (d'après le roman de David Vann)Sukkwan Island est un roman de l'américain ayant grandi en Alaska David Vann, paru en 2010 aux éditions Gallmeister et lauréat du prix Médicis cette même année. Son adaptation en album, signée Ugo Bienvenu, est parue quant à elle aux éditions Denoël en 2014.

Jim, la quarantaine, entraîne Roy son fils de treize ans dans une aventure un peu folle : une année tous les deux dans une cabane au confort spartiate d'une petite île déserte d'Alaska. Le défi ? Survivre en auto-suffisance durant les mois d'hiver par la chasse et la pêche. Si l'expérience est tentante, elle fait rapidement déchanter Roy. Car son père, brisé par la vie et ses échecs - notamment avec les femmes - est loin d'être un modèle. Très vite, Roy étouffe sur cette petite île, coincé entre son père et cette nature violente.

Je m'étais tenue à l'écart de ce roman depuis sa sortie, craignant sa gravité d'après les critiques que j'en avais lues ou entendues (petite nature, moi ?). Je me doutais que c'était un très beau texte, mais je ne me sentais pas forcément l'âme d'aller m'enfermer en compagnie de ces deux hommes sur une île alaskienne. Mais un collègue est arrivé ce matin en me tendant cet album, visiblement ébranlé par sa lecture, ne me laissant d'autre choix que de le découvrir immédiatement...

Toutes mes impressions étaient fondées : Sukkwan Island est une adaptation majestueuse d'un roman qui doit l'être tout autant, mais qui vous heurte tel un uppercut. Je n'ai pas pu le reposer avant d'en connaître le dénouement, sous le choc du drame qui prend forme à chaque page. La tension monte progressivement dans ce huis-clos angoissant où il faut tuer, dépecer et vider des animaux pour survivre. L'ambiance est magnifiquement rendue par le dessin tout en finesse d'Ugo Bienvenu. La figure paternelle chancelante et fragile, qui broie inconsciemment son fils par ses remarques acerbes, dérange autant qu'elle suscite une forme d'empathie. L'écart se creuse entre les deux personnages, l'un perdu dans sa solitude et ses regrets, l'autre s'ouvrant tel un bourgeon à son adolescence naissante. C'est dérangeant, sombre, violent, dur, mais si bien traité. Une lecture que je ne suis pas près d'oublier et un dessin qui va me hanter, c'est certain.

Les avis de Jerome, Enna, Moka, Stephie.

Planche 3 Planche 1

BD de la semaine saumon

 

C'est aujourd'hui chez Noukette

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