Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

09 janvier 2017

Le restaurant de l'amour retrouvé, Ito Ogawa

Le restaurant de l'amour retrouvéLe restaurant de l'amour retrouvé est le premier roman de la japonaise Ito Ogawa paru en 2013 aux éditions Philippe Piquier.

Rinco rentre un jour chez elle et trouve son appartement vide. Son petit ami est parti, emportant toutes leurs affaires. La discrète jeune femme, devenue muette suite à ce traumatisme, retourne vivre chez sa mère - personnage fantasque s'il en est - dans le petit village de son enfance. Là, elle y ouvre un tout petit restaurant, qu'elle gère seule et qui propose un service unique : préparer un repas spécial pour chaque client, un repas réfléchi et pensé selon les envies et les besoins du convive. Par sa patience et son amour de la cuisine, Rinco réussit à rendre les gens heureux. Et c'est en s'occupant des autres qu'elle parvient peu à peu à panser ses blessures.

Cela faisait bien longtemps que je tournais autour de ce roman au titre alléchant et au sujet ô combien tentateur. Et j'ai bien fait de succomber (deux titres du catalogue Piquier en quelques jours, je reviens décidément à mes premières amours !).

Le restaurant de l'amour retrouvé est un petit bijou autour de la notion du partage et du don, au rythme lent et aux phrases poétiques. L'intrigue est centrée sur le personnage de Rinco, la narratrice de l'histoire, et embrasse son tempérament serein et méditatif. La cuisine comme résilience pour Rinco prend une toute autre dimension. Chaque repas est appréhendé telle une offrande et la jeune héroïne prend tout son temps pour servir les mets les plus adaptés à ses hôtes. De la soupe légère pour deux futurs amoureux au repas pour enfant pour un vieil homme sénile en passant par un tour du monde gastronomique, chaque page rend hommage à la cuisine et ses saveurs, suivant le rythme lent des saisons et de leurs produits.

La nature est très présente, comme souvent dans la littérature japonaise, et offre de très beaux moments contemplatifs. Les saisons passent, Rinco adapte ses repas aux productions locales. La vie est simple, rythmée par le restaurant et le cochon de sa mère dont elle doit s'occuper. Et Rinco se répare petit à petit. Un magnifique roman à savourer sans hésiter un instant et qu'on referme à regret.

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20 mai 2016

Les délices de Tokyo, Durian Sukegawa

Les délices de TokyoLes délices de Tokyo est le premier roman traduit en français du touche-à-tout Durian Sukegawa (vous en connaissez beaucoup des personnes diplômées de philosophie, de l'Ecole de pâtisserie du Japon, romancières, essayistes, poètes, clowns, scénaristes, animateurs radio ? Moi non...). Il est paru en février cette année chez Albin Michel et a donné lieu à une adaptation ciné par Naomi Kawase en 2015.

Sentarô est gérant d'une minuscule pâtisserie tokyoïte spécialisée en dorayaki, ces douceurs japonaises composées de deux pancakes réunis par une pâte de haricots rouges, le an. Le commerce vivote et Sentarô prend peu de plaisir à son activité. Un jour, une vieille dame lui demande du travail. Sentarô accepte à contre-coeur que Tokue, c'est son nom, travaille à ses côtés. La septuagénaire souffre de malformations au niveau des mains et Sentarô craint que cela ne fasse fuir la clientèle. Mais très vite, il se rend compte que Tokue maîtrise à la perfection l'art des doroyaki, préparant une pâte de haricots rouges succulente. A ses côtés, Sentarô reprend goût à la vie et découvre un univers simple et apaisant. Mais Tokue reste très discrète sur sa vie et cache un lourd secret que Sentarô ne tarde pas à découvrir.

Je n'ai jamais besoin qu'on me tente pour avoir envie de manger japonais, c'est une chose communément admise. Mais je ne connaissais pas les dorayakis... Sacrilège pour certains, catastrophe pour d'autres - comme mon porte-monnaie - car ce roman est une véritable ode à cette pâtisserie ! Les description de son élaboration sont minutieuses et je défie quiconque  qui ouvrira ces pages de ne pas se laisser gagner par la faim !

Les délices de Tokyo est un roman tout en douceur et en poésie, qui entraîne son lecteur dans cette minuscule pâtisserie, aux côtés de Sentarô. Le temps s'écoule lentement, au rythme du cerisier planté devant la boutique, et les personnages évoluent doucement. Les liens qui les unissent sont discrets, pudiques, mais bien là et c'est tout en douceur que chacun des personnages change au fil des pages. La traduction du japonais offre une langue fluide, imagée, très poétique. Il est difficile d'en dire plus, sans trop en dévoiler.

Une parenthèse très touchante, une belle plongée dans le Japon d'aujourd'hui et d'autrefois. Un roman qui se déguste du bout des doigts, comme les dorayaki préparés avec amour par Tokue. Une très belle découverte que je suis heureuse de partager avec vous aujourd'hui. (maintenant, il ne me reste qu'à foncer dans une boutique japonaise pour découvrir ces petites merveilles !)

Je vous laisse avec la bande-annonce du film :

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22 mars 2012

La brocante Nakano, Hiromi Kawakami

La brocante NakanoLa brocante Nakano est un roman de l'auteure à succès Hiromi Kawakami publié en 2007 en France chez Picquier. Découvrir une autre oeuvre de la romancière qui m'avait émue avec Les années douces ? J'étais très enthousiaste...

Tokyo. La brocante tenue par M. Nakano est un lieu rempli d'objets hétéroclites et de personnages très différents. Entre M. Nakano, lui-même, aux allusions parfois déplacées, la jeune Hitomi, dont le coeur balance pour Takeo, l'employé taciturne et introverti, et Masayo, la soeur de Nakano, artiste un peu barrée, les jours passent et ne se ressemblent pas.

J'ai ouvert ce livre en m'attendant à trouver des tranches de vie de ce lieu calme, à la frontière entre le passé et le présent. Cette brocante poussiéreuse, où se lient des relations entre les personnages, m'est malheureusement apparue fade. Et pourtant, ce n'est pas faute de descriptions soignées et d'ambiance particulière ! Je me suis perdue dans ces histoires indépendantes, reliées uniquement par les relations entre les personnages.  J'ai persévéré, voulu croire à une erreur de ma part, une fatigue particulière qui permettait à ce roman de ne pas me plaire... Mais la magie n'a pas opéré.  
Les personnages m'ont agacée, souvent, et notamment Hitomi, la narratrice, dont les complexités sentimentales m'ont laissée de marbre.
J'aurais aimé retrouver l'étincelle qui avait fait de ma lecture des Années douces une très belle découverte, mais non... Une lecture en demi-teinte donc, qui ne m'a pas séduite, sans pour autant me déplaire complètement néanmoins. En définitive, si vous voulez en savoir plus, ouvrez La brocante Nakano !

   Voici ma deuxième participation aux
10 jours japonais chez Choco

et
au
Challenge Dragon organisé par Catherine.

 10-jours-japonais  

Challenge Dragon

 

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21 mars 2012

Ma première journée en Orient, Lafcadio Hearn

Ma première journée en OrientMa première journée en Orient, suivi de Kizuki le sanctuaire le plus ancien du Japon, sont deux textes extraits de Pèlerinages japonais, recueil de nouvelles de l'écrivain irlandais Lafcadio Hearn, naturalisé japonais en 1896.

Lorsqu'il débarque sur le sol japonais en 1890, Lafcadio Hearn suit le conseil d'un professeur d'anglais qu'il rencontre : « Ne manquez pas de noter vos premières impressions aussitôt que possible [...] Elles sont évanescentes, vous savez, elles ne vous reviendront jamais. »
Le voilà donc parti à la découverte de Yokohama dans un kuruma, un pousse-pousse. Et au hasard des rues et de ses découvertes, il nous fait partager ses impressions.
 

Cela faisait un certain temps que ce court livre dormait sur mes étagères, et j'ai profité d'une journée de transports parisiens pour le glisser dans mon sac et le découvrir. 
Véritable carnet de voyage - malgré sa brièveté -, ce texte nous offre une belle découverte du Japon de la fin du XIXe. L'auteur s'emerveille, s'étonne de ce qu'il voit, s'interroge parfois, et partage ses impressions avec ses lecteurs. Les idéogrammes, l'architecture, les us et coutumes, Lafcadio Hearn pose un oeil occidental sur ce qu'il découvre au fil de son trajet en kuruma. Sans jugement, il nous fait part de ses découvertes, à la lumière de ce qu'il connaît.
Un très beau voyage littéraire qui permet une évasion rapide dans un Japon passé. Une envie de faire de même, lors de mes prochains voyages : noter mes premières impressions pour en avoir une trace...

  Voici ma première participation aux 10 jours japonais chez Choco.

10-jours-japonais

Ma première participation, également, au Challenge Dragon
organisé par
Catherine.

 

 Et, enfin, ma dix-septième participation au Challenge 2 euros
organisé par
Cynthia

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31 octobre 2011

Intrusion, Natsuo Kirino

IntrusionKirino

Intrusion est le vingt-cinquième roman de l'auteure japonaise Natsuo Kirino paru en 2009 au Japon avant de paraître en France en septembre 2011.

En pleine recherche pour son nouveau roman, Tamaki Suzuki se plonge dans la vie de l'auteur Mikio Midorikawa et plus particulièrement de sa maîtresse, O., héroïne de l'un de ses romans. Quête d'identité, recherches dans le passé, la jeune femme se plonge dans ces vies et oscille entre fantasme et réalité pour trouver la matière de son roman.

Je ne connaissais pas cette auteure, présentée comme une référence dans son pays, et j'étais assez curieuse d'élargir mes horizons littéraires avec ce roman.
La couverture, tout d'abord, m'a laissée supposer un roman haletant et violent. Je pressentais une claque, encore sous le choc de ma dernière lecture sur le Japon contemporain, Tokyo de Mo Hayder. De claque, il n'y en a pas eu. Pas l'ombre d'une, même. D'ennui, en revanche, j'ai été bercée.
Si la construction narrative du roman est furieusement intéressante dans l'idée - alterner les mises en abîme - elle finit par perdre son lecteur et se dénuer d'intérêt au fil des pages. Je ne sais pas si l'auteure a voulu mettre l'accent sur cette singularité, mais elle semble avoir oublié qu'une construction narrative ne peut être l'aboutissement d'un roman, à moins d'un talent tel celui de Luc Dietrich. Ici, la succession de mises en abîme semble être le point d'orgue de tout le roman,  au détriment de personnages attachants ou à la psychologie travaillée, voire d'une intrigue solidement construite.
Dernier point et non des moindres : où est le policier dans ce roman ? Je me demande encore... Intrusion est un roman sur la quête de soi et la quête de l'autre mais ces recherches menées par
Tamaki Suzuki sur l'identité de O. et les personnages de Midorikawa ne permettent pas de catégoriser ce roman dans le genre policier. Une classification qui induit le lecteur en erreur et laisse supposer que le roman s'ouvrira sur d'autres perspectives. C'est bien dommage.
Un livre qui n'a pas su aiguiser mon intérêt. Une lecture pesante, malgré la brièveté du texte. Un nouveau rendez-vous manqué. L'avis de Sharon, plus enthousiaste, mais d'accord avec moi sur la classification en policier.

Je tiens néanmois à remercier logo2  et les seuil pour ce roman reçu dans le cadre du Jury Policier 2011


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26 janvier 2011

Les années douces, Kawakami Hiromi

Les_annees_douces_2Non, je n'ai pas développé une passion subite pour le Japon, malgré ce que laissent à penser mes derniers billets de lectures, consacrées  ces derniers temps à ce pays... C'est juste que cela fait longtemps que je voulais lire ce récit et vous en parler. Et ce soir, j'ai décidé que ce serait l'occasion !

Tsukiko croise un soir dans un café qu'elle fréquente régulièrement, son ancien professeur de japonais. Pour la jeune femme et le vieil homme, cette rencontre est un déclic. Sans jamais vraiment se fixer de rendez-vous, ces deux solitaires vont se retrouver à intervalles réguliers, autour d'une soupe ou d'un flacon de saké, lors d'une cueillette de champignons dans la montagne ou à l'occasion de la fête des fleurs... Et réfléchir ensemble...

Quelle plume ! Je suis tombée complètement sous le charme de ce roman composé de courts récits, chacun représentant une des rencontres entre Tsukiko et Matsumoto Harutsuna.
Kawakami Hiromi fait naître, en peu de mots, une foule d'émotions et donne une profondeur psychologique rare à ses personnages. Chaque événement est sujet à un déferlement d'images poétiques et de réflexions générales sur le temps qui passe, les saisons, ou encore les traditions japonaises. On s'immerge complètement dans cet univers, ayant
même parfois l'impression d'être de trop dans cette relation d'amitié si particulière.
Une bouffée de fraîcheur que cette lecture, un réel petit moment de plaisir que je vous conseille sans tarder !
Et pour ceux qui ont envie de lire plutôt une BD, sachez que Taniguchi en a fait une adaptation BD en deux tomes. Je ne l'ai pas lue pour le moment (mais cela ne saurait tarder, je l'ai au lycée !) mais je ne pense pas trop m'avancer en vous disant que ce doit être une lecture très plaisante aussi !

rentree_annees_douces_couv  9782203034266


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21 septembre 2010

Soie, Alessandro Baricco

9782226088819FSCela faisait longtemps que je voulais lire ce court roman d'Alessandro Baricco, publié pour la première fois en France en 1997. Après avoir longuement réfléchi, j'ai décidé de le classer non pas en littérature italienne (où il aurait tout à fait sa place) mais en littérature japonaise, même si l'appellation"littérature sur le Japon" serait plus appropriée (mais dans ce cas là, je ne m'en sortirai pas des catégories !)

1861. Hervé Joncour s'occupe d'acheter et de vendre des vers à soie pour les filatures du petit village de Sud de la France où il vit, paisiblement, avec son épouse.
Alors qu'il commerce d'ordinaire avec des pays méditerranéens, cette année, une dramatique épidémie s'abat sur les vers à soie et leurs précieux œufs.
Pour sauver son village de la ruine, Hervé s'embarque pour le Japon, où, dit-on, les vers à soie sont saufs.
Une fois là-bas, il fait la rencontre d'une jeune occidentale envoûtante...

Qu'il est difficile de ne pas en dire trop ! La longueur de ce roman ne me permet pas de développer outre mesure son intrigue, sous peine d'en dévoiler ce qui fait son essence.
Je vais donc rester évasive, et vous parler plutôt des sensations que j'ai éprouvées durant cette lecture. Beaucoup de plaisir, déjà, à la découverte de la plume de Barrico, imagée et poétique à souhait. Un sentiment bizarre d'immersion totale dans cette intrigue dramatique empreinte de poésie.
Malgré les 120 pages de son roman, Alessandro Baricco nous entraîne dans un univers de lenteur où certains gestes sont décortiqués à l'extrême. Paradoxalement, les années passent rapidement, rythmées par certaines répétitions, tant dans l'intrigue que dans la narration... Je n'en dirai pas plus !
Se plonger dans ce roman c'est comme embarquer avec Hervé Joncour pour le Japon, contrée inconnue et ô combien source de fantasmes au XIXe.
Petit florilège des citations qui m'ont marquée :

"On était en 1861. Flaubert écrivait Salammbô, l'éclairage électrique n'était encore qu'une hypothèse et Abraham Lincoln, de l'autre côté de l'Océan, livrait une guerre dont il ne verrait pas la fin." (p.7)

"Elle pleuvait, sa vie, devant ses yeux, spectacle tranquille." (p.36)

"Elle gardait les lèvres entrouvertes, on aurait dit la préhistoire d'un sourire." (p.53)

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