Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

24 septembre 2010

Neige, Maxence Fermine

9782020385800FSDécouvert il y a quelques mois chez Cynthia, ce premier roman de l'écrivain français Maxence Fermine publié en 1999 faisait partie de mes priorités de lecture.

1884. Le jeune Yuko, promis à une carrière militaire ou religieuse, fait le choix de devenir poète. Son sujet ? La neige. Sa méthode ? Des haïkus, poèmes japonais en trois vers et dix-sept syllabes.
Pour se perfectionner dans son art, le jeune homme part à la rencontre d'un vieux peintre spécialisé dans les couleurs.

D'une beauté époustouflante, ce roman subjugue son lecteur dès la première page. L'écriture de Maxence Fermine est d'une poésie rare, en écho au sujet de son roman : les haïkus.
L'intrigue développée est simple : le jeune Yuko veut perfectionner son art auprès d'un vieil homme, afin de donner de la couleur à ses haïkus monochromes consacrés à la neige. 
On suit avec délice le délicat parcours de ce jeune poète, ponctué de haïkus d'une beauté rare.
Que dire de plus si ce n'est que je suis enchantée au plus haut point et charmée par l'écriture de Maxence
Sans_titre_2Fer
mine ? Vous en dire plus serait vous gâcher le plaisir de découvrir ce très court roman (96 pages) que je sacre douzième coup de cœur de mon année 2010. De quoi décider les indécis, non ?

"La neige est un poème. Un poème qui tombe des nuages en flocons blancs et légers.
Ce poème vient de la bouche du ciel, de la main de Dieu.
Il porte un nom. Un nom d'une blancheur éclatante.
Neige." (p.13)

"Un matin, le bruit du pot d'eau qui éclate dans la tête fait germer une goutte de poésie, réveille l'âme et lui confère sa beauté.  C'est le moment de dire l'indicible. C'est le moment de voyager sans bouger. C'est le moment de devenir poète." (p.16)

"Un matin, on se réveille. Il est temps de se retirer du monde pour mieux s'en étonner.
Un matin, on prend le temps de se regarder vivre." (p.16)

"Le plus difficile, pour le poète, c'est de rester  continuellement sur le fil qu'est l'écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu'un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c'est de devenir un funambule du verbe." (p.81)

 

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20 septembre 2010

Rentrée littéraire #1 Jardin d'hiver, Thierry Dancourt

Rappelez-vous, au mois de juin je vous avais annoncé faire partie des heureux lecteurs choisis par La Fnac pour lire en avant-première certains romans de la rentrée littéraire. Je vous avais dévoilé les quatre romans reçus en exclusivité.

Pourtant, je n'ai jamais réellement suivi l'actualité éditoriale de la rentrée littéraire, préférant picorer mes lectures au gré de mes envies et de mes trouvailles. Quoiqu'il en soit, cette opportunité a été l'occasion pour moi de lire ces romans et de donner mon avis pour participer à l'élection des Talents de la rentrée littéraire selon la Fnac.
L'heure est donc aujourd'hui venue de vous livrer mes impressions sur ces quatre lectures, en commençant par Jardin d'hiver, le second roman de Thierry Dancourt.

9782710367338
Pascal Labarthe. le narrateur de Jardin d'hiver, arrive un soir d'hiver brumeux à Royan. A l'hôtel l'Océanic, où il prend une chambre, il fait la connaissance de Serge Castel, le seul autre client. En ce lieu désolé et désertique, il prétend avoir rendez-vous. Rendez-vous avec qui, avec quoi ?

D'une lecture très rapide et porté par une écriture très fluide, Jardin d'hiver est un roman à la lenteur délectable. L'intrigue avance pas à pas, alternant passé et présent, distillant au fil des pages les clés de sa compréhension.
J'ai eu l'impression de me plonger dans un roman de Giono, un de ces romans où la lenteur est au service de l'écoulement d'un récit sans heurts.
L'ambiance générale de l'intrigue est empesée, lourde parfois tant le récit de micro événements prend le pas sur le quotidien.
J'ai beaucoup apprécié m'immerger dans cette station balnéaire mélancolique en plein hiver, et accompagner le narrateur dans sa quête. Une très bonne lecture qui me laisse, déjà deux mois après, des souvenirs très nets.

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10 juin 2010

Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables, Philippe Delerm

9782070355297FSJ'ai toujours beaucoup aimé l'écriture de Delerm et sa faculté à rendre poétique le quotidien. Après m'être délectée de La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules il y a quelques temps, je m'étais plongée avec plaisir dans La sieste assassinée où Delerm s'attarde sur des instants du quotidien dans lesquels chaque lecteur se retrouve (l'inquiétude quant à la pluie au moment de Rolland Garros, le moment où le coiffeur a terminé sa coupe et où vous ne savez que dire...)
Avec Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables, Delerm se penche ici sur les délices de l'enfance...

De la barbe à papa trop grosse et impossible à manger à la purée dans laquelle on fait des stries avec la fourchette en passant par la pomme d'amour (véritable piège  gustatif dans lequel on ne tombe qu'une seule fois !), Delerm égrène avec beaucoup de poésie ces petits riens qui ont bercé notre enfance.
J'ai souri, beaucoup, ri aussi, notamment avec le texte sur la barbe à papa et celui sur le chocolat Milka, mais j'ai aussi appris pourquoi Renaud chante Mistral gagnant (selon Delerm, il était rare de gagner au Mistral...) ou encore que je ne suis pas la seule à ne jamais voir ce qui est écrit sur le menu de mes convives et demande à chaque fois "Où est-ce que tu vois ça ?".
Bref, un petit plaisir de lecture, très rapide (trop rapide). A lire pour rire, se souvenir, et se faire plaisir !

Petit florilège de mes citations préférées, histoire de vous donner l'eau à la bouche :

"Savourer encore quarante pages de Mustang, c'est un meilleur rapport qualité-prix que pour tant d'œuvres littéraires qu'on se doit de lire sous peine de délabrement intellectuel. Aujourd'hui comme hier, c'est bon de mépriser la prescription." (p.26)

"Une invisible volute arachnéenne cerisée dérive quelque part dans le yaourt au naturel." (p.34)

"Qu'importe, si la petite barre de chocolat au lait ne plaît pas aux papilles adultes amères, sa suavité d'enfance en est multipliée." (p.39)

"La barbe à papa, ça se vendait avec une espèce de générosité bizarre : il y en avait toujours trop. [...] On sourit pour la couleur - au choix rose Barbie, mauve vieille dame permanentée, vert ventre de grenouille en peluche." (p.46)

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22 mai 2010

Requiem pour une étoile, Jennifer D. Richard

9782221111482FSA l'occasion de ma seconde participation à l'Opération Masse Critique de Babelio, j'ai eu le plaisir de recevoir Requiem pour une étoile, le second roman de Jennifer D. Richard.

Le monde est au bord du chaos. Partout la violence et la pauvreté règnent. Pour permettre à sa famille d'échapper à une destinée funeste, Illidan part travailler pendant un an à la Fournaise. Lieu de toutes les violences et de toutes les atrocités, la Fournaise se présente comme un des derniers endroits où l'on peut encore gagner de l'argent dans ce monde. Mais à quel prix ?
De retour de cet enfer, Illidan se rend compte qu'il a tout oublié de son passé. De sa vie de famille à son année à la Fournaise, rares sont les bribes de souvenirs qui lui reviennent. Et si finalement son amnésie était salvatrice pour sa santé mentale, effaçant dans les méandres de sa mémoire ce qu'il a vu à la Fournaise, ou ce qu'il a fait ?

Difficile de ne pas en dire trop...  D'une lecture très rapide, ce roman est absolument incroyable ! Jennifer D. Richard manie d'une main de maître son intrigue, dévoilant juste ce qu'il faut au lecteur pour permettre à celui-ci de s'imaginer son univers apocalyptique sans en comprendre les codes. C'est une sorte de contrat de lecture implicite passé entre l'auteure et celui qui la lit dès les premières pages.
Le flou qui règne autour de ce monde en plein chaos participe de l'ambiance et de l'ambiguïté de cette intrigue. On ne sait rien de ce qui précède le début du roman, si ce n'est que la terreur et la violence règnent sur ce monde.
Les personnages sont énigmatiques, eux aussi, et leur part de mystère est aussi au service de l'intrigue. Pourquoi Illidan a-t-il tout oublié ? Pourquoi ses fils craignent-ils tant leur mère, une femme pourtant parfaite en apparence ? Et quel est ce mystérieux contrat que Sigrid, la femme d'Illidan, a passé avec un homme à la mine patibulaire ? Que de questions se chevauchent tout au long de cette lecture. Et c'est en cela que réside le talent de Jennifer D. Richard :  faire s'interroger son lecteur sur une intrigue floue contextualisée dans un univers dont elle ne nous donne pas les codes... Brillant !
Le roman est divisé en trois parties, chacune prise en charge par un personnage et narrée d'après son point de vue. Au fil des pages, le mystère se dissipe peu à peu... jusqu'à la révélation finale, qui intervient dans les dernières pages.
Formidable histoire d'amour impossible, Requiem pour une étoile ne ressemble à rien de ce que j'ai pu lire auparavant. En 225 pages, Jennifer D. Richard entraîne avec brio son lecteur dans une intrigue dense au rythme rapide.
Une excellente découverte pour moi, un roman lu en une après-midi, une expérience de lecture étrange. Merci Jennifer D. Richard pour ce voyage ! Je m'en vais de ce pas découvrir Bleu poussière, le premier roman de cette auteure paru en 2007.
Merci encore à logo2et aux éditions logo pour ce roman fabuleux !

Requiem pour une étoile par
Jennifer Richard

Requiem pour une étoile

Requiem pour une étoile

Jennifer Richard

Critiques et infos sur Babelio.com

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20 mai 2010

Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé

9782742760183FSCela fait quelques temps que j'ai envie de lire La mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé, mais je diffère cette lecture, sans savoir pourquoi. Donc quand on m'a offert ce roman, je me suis jetée dessus, ma curiosité attisée par l'avis enthousiaste de ma généreuse donatrice...

Parce que son père a été lapidé sur la place du petit village de Montepuccio, en Italie du Sud, Rocco, son fils, décide sur son lit de mort de léguer ses biens, acquis illégalement, à l'Église du petit village, laissant sa famille dans la misère la plus totale. En contrepartie, les siens seront enterrés au fil des générations avec les honneurs dans le petit cimetière italien. Ce sera la vengeance des Scorta faite aux habitants de ce village, cupides et vénaux.
La lignée des Scorta vivra donc dans le dénuement, sous les yeux des Montépucciens. De cette pauvreté naîtra une volonté hors du commun de se transmettre, de génération en génération, le peu que la vie leur offre...

Magnifique chronique familiale, Le soleil des Scorta ne laisse pas indifférent. Laurent Gaudé nous ouvre les portes d'un petit village italien où l'honneur prime avant tout. Les années passent, et les Scorta construisent peu à peu leur vie de misère, leur pauvreté leur rappelant sans cesse l'histoire familiale.
Ode à l'Italie et à ses traditions, l'œuvre de Gaudé permet au lecteur de se faire voyeur et de pénétrer dans Montepuccio et de voir à travers un œilleton ce qui se passe, au fil des ans.
L'intrigue est complexe, s'étendant de 1870 à nos jours, et chaque génération a son lot de bonheurs et de pertes. L'entraide est primordiale au sein de cette famille que les drames déchirent.
Il fait chaud, très chaud à Montepuccio. Et la plume imagée et incisive de Gaudé entraîne le lecteur dans la touffeur de ce village du Sud... Le pages défilent, très vite, comme les années, et déjà point la fin du roman. On lit, avide de poursuivre, de s'immerger dans ce petit village et ses codes. On peine à lâcher le roman avant d'en connaître la toute dernière phrase. Hypnotisé, écrasé par la chaleur que Laurent Gaudé laisse transparaître entre ses lignes, on engloutit ce Soleil des Scorta en une seule bouchée. Quel délice !

Un grand merci Marine de m'avoir fait découvrir ce roman. Je l'ai lu d'une traite, presque sans respirer, tant il m'a coupé le souffle... Et il a su, encore une fois, attiser mon envie de lire l'Italie à travers la plume d'auteurs talentueux.

"Une légende courait dans le village qu'à cette heure, un jour, un homme remonté un peu tard des champs avait traversé la place centrale. Le temps qu'il atteigne l'ombre des maisons, le soleil l'avait rendu fou. Comme si les rayons lui avaient brûlé le crâne." (p.13)
"Un homme poussiéreux et sale entrait dans la maison des Biscotti, à l'heure où les lézards rêvent d'être poissons, et les pierres n'y trouvèrent rien à redire." (p.17)
"On mange dans le Sud avec une sorte de frénésie et d'avidité goinfre. Tant qu'on peut. Comme si le pire était à venir. Comme si c'était la dernière fois qu'on mangeait. Il faut manger tant que la nourriture est là. C'est une sorte d'instinct panique. Et tant pis si l'on s'en rend malade. Il faut manger avec joie et exagération." (p.147)

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11 mai 2010

Ping-Pong, Jean Bernard Pouy et Marc Villard

9782743614409FSIl y a deux ans, à l'occasion d'un petit festival littéraire dédié au polar près de chez moi, j'avais rencontré Marc Villard à qui j'avais fait dédicacer ce livre très intrigant. Mais loin d'être d'une organisation parfaite, je l'avais oublié... jusqu'à hier soir...
Sus au suspense, venons-en au but ! Pour vous expliquer le fonctionnement de ce recueil, rien de plus explicite que l'avertissement liminaire des auteurs :

"Marc Villard a d'abord écrit treize nouvelles.
Puis il les a disposées selon un certain ordre.
Il les a alors confiées à Jean-Bernard Pouy.
A charge pour lui de les lier par douze nouveaux
textes.
En avant..."

Nous voilà donc plongés dans un enchaînement de nouvelles qui se font écho, tel un jeu de ping-pong, comme l'annonce le titre.
La prouesse et l'intérêt majeur de ce recueil réside bien entendu dans le procédé choisi par les deux auteurs pour le construire ensemble. Chaque texte de Jean-Bernard Pouy fait écho au texte précédent de Marc Villard, tout en annonçant subtilement la nouvelle suivante par des détails parfois subtils (le prénom d'un protagoniste, un CD, un objet...)
Les textes sont à la fois drôles et graves et mettent en perspective diverses tranches de vie. Du tampax dans sa boîte attendant d'être utilisé, au sportif dopé qui succombe à une overdose, en passant par des supporters du PSG plus que limites ou encore une contrebasse qui passe de main en main, les courts textes de ce recueil sont absolument truculents ! D'une lecture très rapide, ils emmènent le lecteur dans des univers très différents, ponctués d'une poésie rare. A lire pour rire, pour réfléchir mais aussi pour profiter du talent de ces deux auteurs et de leur construction narrative vraiment originale !
Pour le plaisir, le début du recueil :

"On était douze dans le paquet à Émilie, deuxième étagère de la salle de bain. Mais aujourd'hui je reste seul avec Henry au fond de la boîte. Cela dit on peut imaginer pire que finir dans la chatte à Émilie." (p.11)

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23 avril 2010

Des ambitieux, Isabelle Siac

9782709635011_1_75J'ai été très surprise de découvrir le premier roman d'Isabelle Siac, auteure mais aussi psychothérapeute et psychologue, intitulé Des Ambitieux.

Jean est le patron d'une multinationale très importante. Sa vie est rythmée par le microcosme qu'il gère d'une main de maître. Le jour où il rencontre Angélique, une jeune ado boulimique et mal dans sa peau, son ennui disparaît, intrigué qu'il est par cette rencontre riche en émotions. Les événements s'enchaînent alors et vont rompre la monotonie de sa vie...

Très intriguée par ce roman, j'ai eu énormément de mal à rentrer dedans. Le monde de l'entreprise, très présent et décrit avec brio par l'auteur, est un univers qui m'est étranger et dont les codes, tant psychologiques que sociaux, ne m'intéressent pas. De longues descriptions de réunions avec analyses des rôles et places de chacun au sein de la multinationale s'égrainent au fil des pages, ce qui m'a souvent paru long et ennuyeux. L'emploi d'une terminologie propre au monde de l'entreprise m'a également perdue en chemin voire agacée, obligée que j'étais de lire fréquemment les notes de bas de page traduisant les nombreux anglicismes utilisés.
L'intrigue en elle-même est intéressante mais vite gangrénée par les longs passages sur les codes de l'entreprise. L'auteur a de solides connaissances dans ce domaine mais je ne me suis pas laissée emporter dans cet univers.
Enfin, les personnages ne sont nullement attachants, bien que je ne pense pas que ça ait été un but poursuivi par l'auteur.
Bref, un roman dont la lecture a été pesante pour moi et qui ne m'a pas transportée outre mesure.
Je remercie 47286519 et les Éditions
Capture pour ce livre reçu dans le cadre d'un partenariat.

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18 mars 2010

Fourrure, Adélaïde de Clermont-Tonnerre

9782234063389Je viens de terminer Fourrure, le premier roman d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre. Et je dois dire que je n'ai pas été déçue par cette lecture...

Zita Chalitzine est une écrivaine de renom. Lorsqu'elle est retrouvée suicidée à l'arrière de sa Mercedes, enveloppée dans son vison blanc, les journalistes accourent, flairant le scandale. Accusée d'avoir signé de son nom les romans de Romain Kiev, son ancien amant, Zita connut une fin de vie chaotique. Pour Ondine, sa fille, qui n'a plus eu de contact avec elle ces dix dernières années, cette nouvelle scelle à jamais le secret de l'identité de son père. En rangeant les affaires de Zita, Pierre, son jeune veuf, découvre son autobiographie. De son enfance  d'origine modeste, au milieu de l'aristocratie parisienne, à sa passion pour les livres, en passant par ses années durant lesquelles elle vendait ses charmes, au service de Madame Claude, il découvre la vie de son épouse, sa solitude et sa soif d'être quelqu'un. Pierre se lance dans la douloureuse lecture de cet écrit, engagé par Ondine pour découvrir l'identité de son père.

Ce roman entraîne le lecteur dans un tourbillon vertigineux dont il est difficile de sortir. Alternant passé et présent, temps du récit et lecture de l'autobiographie de Zita, sa lecture est un plaisir. La vie parisienne aristocratique et ses codes sont décrits avec précision par l'auteure, le personnage de Zita permettant d'introduire toute la frustration d'en être écartée.

Les personnages ont une psychologie intéressante. Très centrée sur la vie de Zita, la narration s'attarde néanmoins sur certaines personnalités, comme Pierre, jeune galeriste que Zita a épousé la veille de son suicide, Henry, jeune aristocrate fils d'une ancienne amie de Zita, ou encore Ondine, la fille de l'écrivaine,  délaissée par cette dernière, élevée par sa grand-mère et allergique aux livres. Ces personnages semblent être des prétextes à développer la vie fantasque de Zita et à l'ancrer dans le présent - sa relation fusionnelle avec son père, bouquiniste parisien, et celle, tendue, avec sa mère, une concierge boulimique qui noyait son chagrin dans sa nourriture - tout en la situant dans les années 70.

L'intrigue est bien menée, et les destins des personnages s'entrelacent entre le passé et le présent. La plume d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre est incisive et imagée, et nous transporte dans ce Paris protéiforme.

Un plaisir de lecture, dévoré très rapidement... Vivement la suite des romans de cette auteure prometteuse !

"Il faut toujours avoir un livre sur soi, c'est mieux que les cigarettes pour ignorer superbement le monde." (p.166)

"L'amour, cet opium des femmes. Ce narcotique bon marché avec lequel on endormait depuis des siècles nos velléités d'indépendance." (p.357)

Je remercie 47286519 et les Éditions Enseigne_Stock3 pour ce livre reçu dans le cadre d'un partenariat.

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12 février 2010

La disparition, Georges Perec

La_disparitionCela faisait longtemps que je connaissais ce texte, ce si célèbre roman de Georges Perec dans lequel "un rond pas tout à fait clos, finissant par un trait horizontal" a disparu mystérieusement...
Vous l'aurez peut-être  compris, ou vous connaissez ce texte, mais la disparue n'est autre que le lettre "e". Georges Perec a  réalisé une prouesse littéraire géniale : un lipogramme ! Ainsi, son roman de plus de 300 pages est écrit sans utiliser une seule fois la lettre "e" (j'ai pourtant vérifié souvent, m'attendant à trouver un oubli au détour d'une page... Peine perdue !)

L'intrigue est assez simple : Anton Voyl a disparu sans laisser de trace. Quelques indices guident ses amis sur la piste d'une curieuse malédiction...

Déroutant au début (pas de présent mais uniquement des verbes au passé, pas de première personne du singulier, un vocabulaire pas forcément facile d'accès car composé de beaucoup de synonymes, etc.) ce livre est une merveille que je vous conseille vivement !
Souvent drôle (Perec utilise de
nombreux subterfuges pour éviter cette fameuse lettre, abusant de néologismes et d'inventions lexicales en tous genres), ce roman est d'une lecture très agréable. On s'habitue très vite à l'absence de cette lettre et aux tournures de phrase souvent incongrues, pour se laisser porter par un rythme très étudié et signifiant.
Ovni en littérature, ce texte est une lecture vraiment  incroyable. Malgré les difficultés engendrées par cette stratégie littéraire, Perec donne  à lire un roman cocasse, avec moult rebondissements. Un petit bijou !

"On tuait son frangin pour un saucisson, son cousin pour un bâtard, son voisin pour un croûton, un quidam pour un quignon." p.12

"On noya dans l'alcool un pochard, dans du formol un potard, dans du gas-oil un motard." p.14

"Il y avait un manquant. Il y avait un oubli, un blanc, un trou qu'aucun n'avait vu, n'avait su, n'avait pu, n'avait voulu voir. On avait disparu. Ça avait disparu." p.28

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06 février 2010

Les poissons ne connaissent pas l'adultère, Carl Aderhold

9782709634151_TSitôt reçu, sitôt lu ce roman au titre intrigant... Et je ne suis pas déçue !!

Valérie reçoit pour ses quarante ans un relooking  de la part de ses amies. Pour cette caissière, une coloration blonde et une robe rouge vont bouleverser sa vie.
Tel un déclic, elle décide
un matin de tout plaquer. Elle monte par hasard dans le Paris-Toulouse au lieu de rejoindre son travail et décide de changer de prénom. Elle ne sera plus Valérie mais Julia, en hommage à Julia Roberts, aperçue sur une affiche sur le quai de la gare.
Hésitante d'abord puis de plus en plus confiante, elle se lance au devant de sa vie. Et dans ce Corail somme toute banal, elle va réfléchir au sens de sa vie en compagnie de voyageurs peu anodins.

De prime abord, j'ai été attirée par cette histoire que je pressentais être un huis-clos (je ne me suis pas trompée à ce sujet !) Toute l'intrigue se déroule durant le trajet en train de Paris à Toulouse et chaque chapitre égraine les gares auxquelles le Corail s'arrête.
Tel un compte à rebours, le lecteur suit avec plaisir les péripéties de chaque personnage du compartiment : Julia - anciennement Valérie -, bien évidemment, mal à l'aise dans ce corps de femme désirable qu'elle a trop longtemps nié ; Colette, la septuagénaire amoureuse de deux hommes et qui ne veut en aucun cas choisir entre les deux ; Aude, Nicolas, Murielle et Vincent, deux couples amis dont les hommes sont maîtres de conférence en histoire, en partance pour un colloque universitaire ; Germinal, le contrôleur intransigeant...
De chacun de ces personnages naît des doutes quant à sa vie et ses convictions. A l'unisson de Julia, chacun remet en cause ce qu'il est et ce qu'il est en train d'accomplir. Pendant que notre héroïne se libère peu à peu des carcans de son quotidien pour retrouver l'insouciance de ses vingt ans, le lecteur suit avec plaisir tour à tour chaque personnage. La focalisation interne permet de se plonger dans leurs pensées et leurs vacillements, tandis que tous s'épient dans ce train qui semble sans fin. Leur psychologie est bien étudiée, ne sombre pas dans les archétypes, et permet cependant une identification certaine.
Ce Corail emmène le lecteur dans une intrigue rythmée, qui évolue très vite, tels les kilomètres qui filent à toute allure.
Véritable roman vaudevillesque,  Les poissons ne connaissent pas l'adultère est un divertissement très rafraichissant, qui ne joue pas trop sur la corde sensible (je craignais un sentimentalisme à outrance en le débutant...).
Merci à 47286519et aux Éditions JC Lattès pour ce livre reçu dans le cadre d'un partenariat !!

L'avis de Manu et de Bookine !

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