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16 mars 2015

Nos vies désaccordées, Gaëlle Josse

Nos vies désaccordées, Gaëlle JosseNos vies désaccordées est le deuxième roman de la diplômée en droit, en journalisme et en psychologie clinique Gaëlle Josse, paru en mars 2012 chez Autrement et récompensé du Prix Alain-Fournier en 2013

François est un jeune pianiste célèbre qui parcourt le monde au gré de ses tournées. Un jour, il apprend que la femme qu'il a tant aimée et quittée subitement, Sophie, est internée depuis plusieurs années dans un hôpital psychiatrique.       
Mu par l'envie de la revoir, François met sa carrière en pause et abandonne tout pour la retrouver. Plongé dans ses souvenirs, il part à la rencontre de son ancien amour, qui passe ses journées à écouter inlassablement les enregistrements de ses concerts.

Découvert dans le colis du Swap de Printemps que m'avait offert Mrs Pepys, Nos vies désaccordées fait partie de ces romans qui vous chavire, qui vous bouleverse, qui vous hante. Cette histoire d'amour puise dans les tragédies classiques sa force et sa puissance et nul lecteur ne peut en sortir indemne.      
François se livre au fil des pages, raconte son histoire, sa carrière, ses succès, son amour pour Sophie, aussi. Son envie de la revoir, de la retrouver. Malgré son état. Malgré son mutisme. Parce que la seule chose qui la relie au reste du monde est la musique de son ancien amant, qu'elle écoute à longueur de journée.      
En 123 pages, Gaëlle Josse réussit à faire jaillir un flot d'émotions, par vagues plus ou moins intenses, à l'image de la musique de François. La narration à la première personne prise en charge par celui-ci entraîne le lecteur dans ses doutes, dans son ressenti. Et s'il était responsable de l'état de Sophie ? Et s'il avait pu agir différemment pour éviter tout cela ?      C'est beau, très beau. Mais immensément triste aussi. Un roman bouleversant porté par une très belle plume. Une excellente découverte.

"La vie légère comme une hirondelle, parfois." (p.14)

"Vit-on ailleurs qu'en exil ?" (p.22)

"J'avais choisi de partir en tournée en préférant croire que les choses allaient s'arranger et en évitant de faire face à ce qui m'était impossible d'accepter, l'effondrement de la seule femme que j'ai aimée. Trop aimée pour admettre qu'elle ne pourrait plus jamais être la même. Trop aimée pour admettre que depuis toujours, elle avançait sur un fil tendu au-dessus de ses abîmes." (p.38)

"Sophie, lente et fulgurante, volubile et silencieuse, désinvolte et grave, désarmante de sincérité. Sophie. Ma tempête."(p.64)

"Avec mes soeurs, elles constituaient une figure féminine unique, shivesque et protéiforme." (p.117)

"Je voudrais demeurer ainsi avec Sophie dans cette sensation retrouvée, sa main dans la mienne, ensemble portés par les vagues de nos existences, l'écorces de nos peurs rompue. J'ai toute la vie pour y arriver." (p.123)

 

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12 mars 2015

La condition pavillonnaire, Sophie Divry

La condition pavillonnaire, Sophie DivryLa condition pavillonnaire est le dernier roman de Sophie Divry paru en août 2014 aux éditions Noir sur Blanc.

 M.-A. a une vie très conventionnelle. Mariée, mère de deux enfants, propriétaire de sa maison, elle a tout ce qu'elle souhaitait. Et pourtant... Et pourtant elle est malheureuse. Vide. Insatisfaite de cette existence sans vague dans laquelle elle semble se noyer. Alors M.-A. s'essaye dans différentes directions : humanitaire, adultère, yoga, mais aucun de ces loisirs ne remplit le vide de son existence.

Autant j'avais dévoré et adoré La cote 400 de cette même auteure, autant j'ai été déroutée par ce nouveau roman. J'ai eu beaucoup de mal à éprouver de l'empathie pour cette femme à qui la vie a donné tout ce qu'elle souhaitait. Cette femme que l'existence a épargnée.      
J'ai éprouvé une forme d'agacement à la lecture de son ennui chronique, de son insatisfaction métaphysique. Emma Bovary sourd derrière cette héroïne du 21e siècle, mais pour autant je n'ai pas été séduite par le récit de cette vie aux contours lisses et dans laquelle M.-A. s'enlise.     
Le lecteur suit ses différentes tentatives pour échapper à son ennui et se doute qu'aucune ne réussira à la sortir de son impasse.     
Difficile d'expliquer pourquoi je n'ai pas adhéré à ce roman pourtant bien écrit et à la construction intéressante. Peut-être parce que le sujet très actuel tend à m'agacer et que mon empathie légendaire s'est effilochée et qu'il ne m'en restait plus, lors de ma lecture ? En tout cas Sophie Divry réussit à dépeindre un personnage vraisemblable, victime de ce qui semble être le mal du siècle. Reste à savoir si vous avez assez de patience pour écouter le récit de son insatisfaction...

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26 février 2015

Journal intime d'un chat acariâtre, Frédéric Pouhier et Susie Jouffa

Journal intime d'un chat acariâtre

Journal intime d'un chat acariâtre est un petit livre paru en février 2014 aux éditions First.

Edgar est un chaton de six mois lorsqu'il est adopté. Mais pour ce petit chat hautain, la vie avec les humains est loin d'être la panacée. Alors chaque jour, Edgar raconte dans son journal sa vie impossible dans sa famille, sa vie en captivité, comme il la qualifie.

Voilà un petit livre à offrir aux amoureux des chats ! Histoire de rire sur les félins et leurs petites habitudes. Car si Edgar est hautain et parfois méprisant avec sa famille, il n'en demeure pas moins la caricature du chat domestique, indolent et paresseux, câlin quand il en a envie et gourmand, chasseur à ses heures perdues et avide de confort.  
La forme du journal intime permet de prendre le lecteur à partie et fait naître davantage d'humour encore, car Edgar exagère bien souvent, tout en pensant être de bonne foi. Et le lecteur de suivre ses aventures - sa captivité, comme il la définit - et de reconnaître sous les traits de ce félin un brin acariâtre, son  propre chat.   
Pour ma part, j'ai bien ri avec ce petit livre qui se lit très rapidement, et j'ai souvent retrouvé Chachat...

Petit florilège pour que vous cerniez Edgar...

"Les chats ne s'excusent jamais. Ils laissent ça aux chiens." (p.34)

"Cher journal, je viens de découvrir avec effroi que j'étais un animal domestique. Oui, vous l'avez bien lu : do-mes-tique, du latin domesticus. Mais pour qui me prennent-ils ? Pour la femme de chambre d'un hôtel particulier où vit un couple de bourgeois ? Moi, un animal domestique ? Jamais je ne ferai partie d'une quelconque domesticité. Je me considère plus ou moins comme un prince déshérité ayant trouvé le gîte et le couvert chez un couple de gueux qui ne me méritent pas." (p.36)

"Quand je m'ennuie, je mange. Quand je suis heureux, je mange. Quand je suis triste, je mange. Mais qu'on ne vienne pas me dire que je suis gourmand, ça va m'énerver, et quand je suis énervé, je mange." (p.74)

"Je ne crois pas aux relations longues distances. C'est pourquoi, cette nuit, j'ai déplacé mon lit à côté du réfrigérateur." (p.97)

Un grand merci à ceux qui se reconnaîtront de m'avoir offert ce livre pour Noël ! Chachat ne ressemble heureusement pas à Edgar (quoique...).  
Et comme ça fait bien longtemps qu'il n'est pas apparu ici, voici en exclusivité le grand fauve qui fait une tentative de camouflage sur une peau de mouton, tout en faisant semblant de dormir d'un oeil. Je le laisse faire ou je lui dis que noir sur blanc, c'est légèrement visible ??

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05 février 2015

Le plus petit baiser jamais recensé, Mathias Malzieu

le plus petit baiser jamais recenséLe plus petit baiser jamais recensé est un roman du musicien et écrivain montpelliérain Mathias Malzieu paru en 2013 chez Flammarion.

Un inventeur en mal d'amour échange un jour un baiser éclair avec une femme qui disparaît aussitôt. Sous le charme de ses sens, il part à sa recherche. Aidé d'un vieux détective et de son perroquet apprivoisé, il va tout faire pour retrouver celle qui se volatilise quand on l'embrasse.

Ouvrir un roman de Mathias Malzieu, c'est se plonger à coup sûr dans un univers au charme singulier. Un brin mélancolique et suranné. Un tantinet barré et sombre. Complètement poétique et fantasque.  
J'avais aimé La mécanique du coeur, lu il y a quelques années, mais je n'avais pas ouvert un livre de Malzieu depuis. 
J'ai retrouvé avec plaisir son monde, son côté rock et barré dans ce roman qui se présente comme une suite métaphorique de La mécanique du coeur. Le héros de cette nouvelle intrigue a encore une fois le coeur brisé et souffre des méandres de l'amour. Le lecteur suit sa drôle d'enquête pour retrouver la femme invisible de ses rêves, à coup d'inventions farfelues et de trouvailles improbables.
On ne peut que penser à Boris Vian et son Écume des jours et à Michel Gondry et ses petits trucages et bricolages rigolos (surtout que Gondry a adapté en 2013 L'Écume des jours). C'est drôle, onirique et très inventif, à l'image de la plume de Malzieu. 
Mais... Mais en étant complètement honnête, si la teneur poétique de l'écriture de Mathias Malzieu est indiscutable, on pourrait néanmoins reprocher à celle-ci d'être un peu trop chargée en figures de style pour être fluide et simplement belle. Comme si l'auteur avait trouvé sa patte et la déclinait au fil de ses histoires. Comme si - je vais loin en disant ça - Mathias Malzieu se regardait faire du Mathias Malzieu. Les figures de style se succèdent -et notamment les oxymores- et rendent parfois l'ensemble un peu indigeste, un tantinet prétentieux. La cohérence se perd malheureusement au fil du conte et s'égare dans les méandres des mots. Comme si ceux-ci prenaient finalement le pas sur l'intrigue.
Une lecture en demi-teinte, donc. Un ensemble très imagé qui perd en fluidité et une histoire d'amour impossible qui pourrait être attachante et tendre mais qui souffre des jeux de style de son auteur. Je referme ce roman sans avoir compris pourquoi la belle disparaissait à chaque baiser. Était-ce l'essentiel, me direz-vous ? Peut-être pas... Mais cela m'a finalement gênée. Et si Malzieu soulève toujours autant d'enthousiasme à chacune de ses parutions, je m'en réjouis pour lui. Mais je crois que pour ma part, je suis moins sensible à son écriture et passerai désormais mon chemin. 

D'autres avis : Jostein, Lasardine, Liliba, Mélo, Yuko, etc.

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26 janvier 2015

Opium, Maxence Fermine

Opium, Maxence FermineOpium est le quatrième roman de l'écrivain Maxence Fermine paru en 2002 chez Albin Michel.

Londres, 1838. Charles Stowe, négociant en thé, décide d'embarquer pour la Chine, afin de suivre la route du thé et découvrir les merveilles que les occidentaux ne connaissent pas encore.
En chemin, sa route croise celle de Loan, une belle chinoise qui le fascine. Mais elle croise aussi celle de l'opium et de ses dangers.

J'ai découvert Maxence Fermine avec son premier roman, Neige, une de mes grosses claques littéraires de ces dix dernières années. Je n'avais pas réouvert un de ses livres depuis et j'avais adoré découvrir Opium dans mon colis du Swap de Printemps concocté par Mrs Pepys.
Malheureusement, la magie n'a pas opéré comme pour ma première incursion dans l'oeuvre de Fermine. Opium suit le même type de construction narrative, se déroule au même siècle, et si l'écriture est tout aussi poétique et musicale,  la comparaison avec Neige est évidente.
Impossible de ne pas y penser lorsqu'on découvre ces lignes. Et malgré un dénouement inattendu et une révélation intéressante, l'intrigue n'est pas aussi accrocheuse que celle du premier roman de l'auteur.
L'ensemble reste néanmoins très agréable à lire. Maxence Fermine excelle dans le maniement des mots et dans le rythme de ses phrases, toujours aussi poétiques. Son incursion sur la route du thé et son histoire est des plus intéressantes, il faut bien l'avouer. Mais j'attendais plus.
C'est peut-être idiot. C'est toujours le problème d'un premier roman excellent et qui a fait parler de lui - Neige est traduit en dix-sept langues - qui force la comparaison.
Alors j'avoue : je ne suis pas impartiale avec Opium. Si vous n'avez lu aucun des deux, je vous conseille donc de commencer par celui-ci, pour le découvrir avec un oeil neuf, et de dévorer ensuite Neige.

Voici ma première troisième participation au Reading Challenge 2015 :

11 Un livre dont le titre n'est composé que d'un seul mot

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Mrs Pepys

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19 janvier 2015

Mes lèvres sont mortes à minuit, Arièle Butaux

Mes lèvres sont mortes à minuit, Arièle ButauxMes lèvres sont mortes à minuit est le dernier roman de la pianiste et altiste de formation Arièle Butaux paru aux éditions Écriture en octobre 2014.

Malika est femme de ménage dans un appartement parisien dans lequel elle n'a strictement rien à faire. Chez Paul et Laura, tout est blanc, immaculé, impeccable, à l'image des monochromes que peint Paul et des vêtements de Laura.
Mal à l'aise face à tout ce blanc et cette propreté extrême, Malika s'interroge sur cette obsession. Mais le jour où une tâche de sang vient souiller la moquette du salon - et par là-même la pureté de cette vie bien rythmée - les apparences s'effritent et Malika voit l'équilibre du couple s'effondrer.

Sous le charme de ce titre très poétique et intriguée par la quatrième évoquant un huis clos des plus glaçants, je me suis plongée avec plaisir dans ce drame psychologique, pensant être happée par le suspense et tourner les pages de plus en plus vite pour en connaître le dénouement.
Mais si j'ai effectivement tourné très rapidement les pages, ce n'est pas tant grâce à la tension grandissante que pour vérifier que l'hypothèse que j'avais au quart de l'intrigue n'était pas la clé du mystère. Malheureusement si... Et pourtant je ne suis pas des plus perspicaces pour découvrir les détails retors des drames psychologiques. Quelle déception !
Porté par une plume insipide et sans saveur, Mes lèvres sont mortes à minuit est un texte qui s'oublie aussi vite qu'il se lit. C'est bien dommage. Il y avait tant à faire avec l'idée de départ...
Bref, une lecture à côté de laquelle je suis complètement passée et qui ne m'a pas donné envie de découvrir le texte qui suivait, intitulé Le choix du Roi.

Je tiens néanmoins à remercier Pauline de Langage&Projets et les éditions Écriture.

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08 juillet 2014

La liste de mes envies, Grégoire Delacourt

La liste de mes enviesLa liste de mes envies est le second roman du publicitaire et écrivain Grégoire Delacourt paru en 2012 chez JC Lattès.

18 millions d'euros. C'est ce que gagne Jocelyne Guerbette, mercière à Arras, à la loterie. Mais face à cette somme, elle panique. Mariée à son amour de jeunesse, menant une existence faite de bonheurs simples autour de sa mercerie, Jocelyne craint de faire voler en éclat son équilibre. Pour le préserver, elle décide de cacher à tous cette nouvelle et de dresser une liste d'envies simples pour améliorer sa vie. Mais malgré cette décision, sa vie va connaître un tournant inattendu.

Difficile d'être passé à côté de ce roman. Entre l'engouement dont il a été la cible lors de sa sortie et sa récente adaptation cinématographique, La liste de mes envies fait partie de ces titres dont il est facile d'être écoeuré avant même de l'avoir ouvert.
Mais surfant sur la vague du je-le-lis-après-tout-le-monde-et-je-m'en-fiche, comme pour Nos étoiles contraires, j'ai décidé de me plonger, un soir après le boulot, dans ce court roman.
Et force est de reconnaître que j'ai passé un moment agréable. Rien de révolutionnaire dans l'intrigue mais celle-ci possède un côté cathartique intéressant. Le postulat de Grégoire Delacourt - l'argent ne fait pas le bonheur, bien au contraire - permet de conforter le lecteur dans une vie faite de simplicité et de bonheurs sans prétention. Et dans le climat économique actuel, ce type de discours possède un côté rassurant indéniable.
Cet aspect-là mis à part, ce roman ne laisse pas un souvenir impérissable. Les personnages sont simples, parfois caricaturaux, et le décor de la mercerie, s'il possède un potentiel intéressant, n'est pas développé assez pour que le lecteur puisse s'y projeter.
Enfin, Grégoire Delacourt use ici d'un style simple, qui n'a là encore rien de mémorable. De l'oralité, beaucoup, de la simplicité, surtout, pour coller au personnage de Jocelyne qui prend en charge la narration. Il manque quelque chose à la plume de Grégoire Delacourt pour offrir à ce texte un petit quelque chose d'attachant. C'est dommage.
J'aurais néanmoins passé un bon moment avec ce roman aux allures de conte... Mais son côté un peu trop lisse me fait craindre de ne pas en garder beaucoup de souvenirs.
D'autres avis : Antigone, AriesteCajouCathulu, Clara, CottageMyrtilleJules, Liliba, Mrs Pepys, Mimipinson, NouketteNatiora, Sophielit, etc.

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05 juin 2014

Mangez-moi, Agnès Desarthe

MANGEZMangez-moi est un roman de l'écrivain et traductrice française Agnès Desarthe paru en 2006 aux Éditions de l'Olivier. Il m'avait été offert lors du Swap Nouvel an 2011 par Hathaway. Il était grand temps que je le lise ! 

Myriam ment à son banquier pour ouvrir un restaurant. Chez moi, c'est son nom, est un lieu sans prétention qu'elle orchestre de façon familiale. Elle cuisine avec amour, sans extravagance, pour une clientèle d'abord rare, puis de plus en plus nombreuse. Aidée de Ben, un étudiant en sciences politiques reconverti en serveur, Myriam offre à ses habitués un refuge douillet autour d'une cuisine simple et authentique. Et c'est grâce à cette simplicité et ces partages que la quadragénaire se répare peu à peu de ses blessures et de son passé un brin compliqué.

Mangez-moi est un roman à déguster, à savourer, comme la cuisine de son héroïne. Une très belle histoire. Celle d'une femme qui a fait une erreur et que la vie n'a pas épargnée. La reconstruction personnelle par la cuisine et par la générosité, voilà le moyen qu'utilise Myriam pour se relever d'un passé douloureux. Et Agnès Desarthe de recréer une sorte de havre réconfortant dans ce modeste lieu qui n'a d'abord rien d'un restaurant mais tient davantage de la cuisine familiale.
Il y a de la beauté dans l'humilité de Myriam et des personnages qui gravitent autour d'elle. Une pudeur aussi, c'est certain, face à ce passé dévoilé à demi mots. Face à cette faute chuchotée entre deux pages. Et cela force l'admiration pour cette femme qui a tout perdu et qui accepte ses erreurs.
La narration à la première personne fait pénétrer dans l'intimité de Myriam et offre au lecteur une proximité qui a tout de la confidence. Et c'est avec plaisir que le lecteur se glisse à ses côtés et participe à ce projet un peu fou d'ouvrir seule une cantine de quartier. Les effluves de cuisine embaument les pages, la douce chaleur du four se répand, les ustensiles tintent. Quel bonheur d'être aux côtés de Myriam quant elle choie ses clients ! 
L'intrigue est simple en apparence mais explore les méandres du passé de l'héroïne et s'égare dans son présent parcellaire, cette vie dont elle n'offre au lecteur que des bribes. Comme pour se raconter avec pudeur et édulcorer ses fautes. Comme pour essayer d'avancer malgré tout, sans être jugée. 
Voilà une bien belle lecture, réconfortante comme ce que cuisine Myriam, et portée par la plume très poétique d'Agnès Desarthe. Merci Hathaway, si tu passes par là, pour ce très beau roman.
D'autres avis :  Argali, ClarabelMiss Alfie, Syl.etc.

"Comment éviter que les souvenirs refluent ? Comment détacher sa conscience du passé ? Comment faire pour que rien n'évoque, pour que rien ne dénote, pour que rien ne rappelle ? Comment abolir l'écho ? Pourquoi la vie consiste-t-elle en cet inépuisable ressassement ? Ne guérit-on jamais de nos amputations, de nos mutilations ?" (p.226)

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12 septembre 2013

Une bonne éducation, Sylvia Tabet [Rentrée littéraire 2013]

Une bonne éducation, Sylvia TabetUne bonne éducation est un roman de l'écrivaine et artiste parisienne Sylvia Tabet qui paraît aujourd'hui aux éditions Dialogues.

La vie semble douce, lorsqu'on grandit dans les quartiers aisés de Paris. Mais pour Anne, la narratrice, son frère et sa soeur, sous l'apparente quiétude d'un milieu bourgeois sourd la violence d'une mère. Une enfance partagée entre la peur des coups et les moments de répit, grâce à leur père, leur grand-mère, ou encore la jeune fille au pair. Une enfance noyée par l'angoisse et une vie d'adulte marquée à jamais. Anne se souvient.

Une bonne éducation est un roman dont on ne ressort pas indemne. Le sujet traité est lourd mais abordé par la narratrice avec un détachement qui évite de sombrer dans un pathos éculé. Comme si Anne portait en elle la douleur de cette enfance volée mais avait mis à distance sa peur pour mieux la donner à voir. On évite ainsi les descriptions des coups et autres brimades pour se centrer plutôt sur les souvenirs qu'elle garde de cette période. 
Sylvia Tabet possède une plume d'une finesse étonnante, dotée d'un rythme changeant, à la fois rapide et lent, semblant suivre le cours des pensées de la narratrice. Les mots coulent, avec musicalité, et offrent au regard l'histoire de ces enfants silencieux. 
J'ai été émue par cette histoire, je me suis glissée dans les mots d'Anne, comme pour l'aider à supporter sa douleur, comme pour l'aider à panser son enfance blessée.  
J'ai parfois été déroutée par la chronologie non linéaire, par ces ellipses temporelles et ces souvenirs sans date. Mais finalement j'ai eu l'impression d'écouter parler la narratrice. Et ce qui pourrait être assimilé à une confusion ressemble en réalité au cheminement de sa pensée. Son enfance enterrée, Anne relate ses souvenirs. C'est dur. Mais c'est diablement émouvant.

"Le beau fait du bien. Comme s'il renvoyait à la paix. A la douceur. Le beau fait oublier ce poids constant d'une vie décalée du bien-être et de la sécurité, c'est une forme de consolation ; une liberté, un pansement." (p.118)

"J'ai douze ans, ensemble nous pleurons sur les choses vraiment graves de la vie, ces réalités qui ont fait boule de neige sur notre histoire, sur nos jours empilés ; celles qui ne pourront jamais s'arranger et qui font que l'existence, tout à coup, devient essentiellement le passé, rendant le présent infranchissable." (p.157)

Merci à Julia et aux  Editions dialogie   pour la découverte de ce roman.

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08 juillet 2013

Dieu m'étonnera toujours, Suites pour le temps qui passe, Claire Fourier

Dieu m'étonnera toujours, Claire FourierDieu m'étonnera toujours est le dernier roman de Claire Fourier publié aux Editions Dialogues. Celle qui fut bibliothécaire et professeur de lettres se consacre désormais à l'écriture et vit entre Paris et la Bretagne.

Une femme se retire dans un monastère de la Chartreuse pendant dix jours. Pour réfléchir. Pour fuir le temps. Pour se retirer de sa vie. La-bas, dans la chaleur du mois d'août, elle enfile les bottes laissées par le Chartreux et entreprend de désherber le jardin laissé en friche. Cette activité physique lui permet de s'abandonner à ses idées et réfléchir à sa vie. Et l'ascetisme de ces dix jours au monastère, s'ils lui offrent à penser, réveillent aussi ses sens.

Dévoré d'une traite durant mon voyage vers Canterbury, je suis tombée sous le charme de l'écriture de Claire Fourier et de ces Suites pour le temps qui passe. Sa plume, tout en poésie et en légèreté, entraîne le lecteur dans cette histoire intime d'une femme dont on ne connaîtra presque rien. Et c'est là l'intérêt de ce livre : le personnage est secondaire, se fait oublier tel le Chartreux qui hante les murs du monastère ; c'est le cheminement intellectuel de cette femme qui est intéressant, ses errances, ses désirs, ses pensées labyrinthiques et ses questionnements métaphysiques.

Et la construction atypique de ce livre - les chapitres alternent souvenirs de la narratrice et courts poèmes proches du haïku japonais - complète ce parcours introspectif. Une sensibilité singulière émane de ces lignes et c'est avec délectation que le lecteur s'imisce dans les réminiscence de la narratrice et observe son bien-être à se retirer du monde, à dormir peu et travailler beaucoup, à mettre de côté tout confort et toute opulence pour mieux se réjouir d'eau fraîche et d'une miche de pain.

La méditation est là, entre les lignes, et suit les méandres de la mémoire de la narratrice. Qu'il est bon de suivre avec elle ces dix jours de réflexion et de retour sur soi !

"J'aurais tué la poussière d'or de l'oeuvre au noir - celle où l'on distingue la lumière filtrée du temps - et balayé moins de grains que des graines de lumière." (p.38)

"Venue pour mettre mon esprit en jachère, je trouvais une jachère à cultiver. Venue pour trouver du vide, je trouvais du rare. " (p.24)

"Kimono de soie

Bol de thé fumant

l'espace et le temps me boivent"

(p.15)

"Je cueille une rose

j'accueille un haïku

souvenir d'été"

(p.93)

un tant soit peu ou que vous me lisez occasionnellement, vous n'avez pas pu passer à côté de mes protestations diverses quant à ma vie parisienne...
Mais force est de reconnaître que lorsqu'on aime voyager, Paris offre beaucoup d'avantages : aéroports internationaux desservant toutes les destinations probables et improbables, prix défiant toute concurrence, vols directs, etc. Et surtout, la possibilité, en une journée, d'aller faire un périple de l'autre côté de la Manche. C'est ce que j'ai fait - See more at: http://bouquinbourg.canalblog.com/archives/2013/06/30/27538425.html#sthash.anGvRJiP.dpu

Un grand merci à Babelio  et aux  Editions dialogie   pour l'envoi de ce roman dans le cadre de l'Opération Masse Critique.

 En bonus, Claire Fourier vous parle de son livre :

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