Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

22 mars 2018

Un été indien, Truman Capote

Un été indien, Truman CapoteUn été indien est une nouvelle de l'américain Truman Capote publiée de façon posthume en 1986.

Virginie Occidentale. Un jour, les parents de Bobby décident de déménager en Virginie afin que ce dernier aille à l'école. Ils laissent derrière eux leur maison de famille ainsi que les grands-parents de Bobby, confiés aux bons soins des nouveaux exploitants agricoles. Pour Bobby, le départ est terrible. 

J'avais découvert la plume de Truman Capote avec Petit déjeuner chez Tiffany et Cercueils sur mesure il y a quelques années et j'avais été charmée. Le charme s'est poursuivi avec la lecture de cette nouvelle d'une quarantaine de pages à la première personne. Bobby, le narrateur de cette histoire, revient sur la blessure d'enfance suscitée par son départ de sa maison de famille et la séparation avec ses grands-parents. Il évoque, dans un style très poétique et empreint de pudeur, la difficulté de communiquer avec ses parents, froids, et son incapacité à dire à son grand-père à quel point il va lui manquer. 
Le texte est bref, mais Truman Capote fixe avec talent cette blessure d'enfance dans une atmosphère empesée et silencieuse, à l'image de la solitude de son narrateur enfant. La neige survient, précipitant les adieux, et fermant à jamais la page de l'enfance de Bobby. C'est à la fois triste et beau.
Une très belle lecture, poétique et nostalgique, hommage à l'enfance et ses blessures. Un auteur fondateur de la littérature américaine dont j'aime à découvrir progressivement les oeuvres. 


READING CLASSICS CHALLENGE 2018

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11 janvier 2018

Extrêmement fort et incroyablement près, Jonathan Safran Foer

Jonathan Safran Foer extrêmement fort et incroyablement prèsExtrêmement fort et incroyablement près est le deuxième roman de l'écrivain américain Jonathan Safran Foer paru en 2006 aux Éditions de l'Olivier. 

Oskar a neuf ans, une sensibilité extrême et une imagination débordante. Cette imagination va lui servir à surmonter le deuil de son père, disparu dans les attentats du World Trade Center. Ce dernier adorait lui poser des énigmes mais n'a pas eu le temps de lui révéler la solution de la dernière. Équipé d'un plan de Central Park et d'une mystérieuse clé, Oskar va parcourir la ville à la recherche d'indices, persuadé que la résolution de cette ultime énigme lui permettra de comprendre l'injustice de la mort de son père. 

Quel roman ! Quelle intrigue ! Et quelle quête initiatique à travers New York ! Je ressors bouleversée de cette narration à la première personne prise en charge par Oskar, personnage attachant s'il en est. L'auteur a réussi avec brio à rendre compte de l'esprit foisonnant de ce personnage hors du commun, hypersensible, extrêmement intelligent, isolé, évidemment, et en quête de sens. Les idées bouillonnent dans sa tête, tout comme les questions, et le petit garçon se lance à corps perdu dans cette quête qui semble impossible dans une ville de plus de huit millions d'habitants. Pour oublier que son papa ne rentrera pas et pour apprendre à vivre avec cette idée.

New York est un personnage à part entière, Oskar arpentant la ville et ses différents quartiers à la recherche de réponses à ses questions. L'ambiance est lourde, post 11 septembre, et elle est perçue à travers les yeux d'un enfant de neuf ans, qui n'y comprend rien si ce n'est que son père est mort. Mais comment est-il mort exactement ? C'est ce que cherche à savoir Oskar. L'intrigue alterne les époques et les personnages, l'histoire familiale du personnage s'imbriquant peu à peu pour donner à voir un tableau d'ensemble cohérent. 

L'objet livre en lui-même est un ovni hybride. Des photos y sont insérées, des pages de journaux intimes, des griffonnages, comme si le livre que le lecteur tenait entre ses mains était un des documents mentionnés dans l'intrigue. Brillant ! Je ressors enchantée de cette lecture, bercée par les quelques jours passés en compagnie de ces personnages, émue parfois aux larmes de leur histoire. Un régal que je vous encourage vivement à découvrir si ce n'est pas encore fait !

Une adaptation ciné a été réalisée par Stephen Daldry en 2012 avec Tom Hanks et Sandra Bullock mais, comme souvent, je préfère m'en tenir à mes images personnelles. 

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04 janvier 2018

Home, Toni Morrison

Home Toni MorrisonHome est un roman de la femme de lettres américaine Toni Morrison, lauréate du Prix Nobel de littérature en 1993 et unique auteur afro-américain à l'avoir reçu. Il est paru en  2011 aux Etats-Unis et en 2012 en France aux éditions Christian Bourgois.

La guerre de Corée vient de se terminer. Franck Money en revient traumatisé par ce qu'il y a vécu. Un appel le prévenant que sa soeur est à l'article de la mort à Atlanta, en Géorgie, le contraint à traverser le pays d'ouest en est. Mais dans cette Amérique des années 50 où la ségrégation raciale est à chaque coin de rue, le jeune homme replonge dans ses souvenirs d'enfance et son expérience de la guerre.

En 150 pages, Toni Morrison transporte son lecteur dans cette Amérique inégalitaire, brisée, qui se craquelle progressivement, prête à imploser. Pour Franck Money, la ségrégation est vécue comme une fatalité inacceptable, une violence qui appelle la violence. Le jeune homme, traumatisé par la guerre, entreprend un chemin introspectif sur les routes qui le ramènent en Géorgie. Il y mêle souvenirs personnels et réflexions sur le pays pour lequel il vient de se battre en Corée, et qui ne lui accorde pas les mêmes droits que les blancs.
Roman coup de poing, aussi rapide qu'efficace, violent et beau à la fois, Home est un condensé très fin de cette époque troublée de l'histoire américaine. Toni Morrison y dresse en filigrane le portrait d'un pays qui vacille par le prisme d'un personnage entier et droit. Ma première incursion dans l'oeuvre de cette grande dame de la littérature. Certainement pas la dernière. Beloved fera partie de mes lectures en 2018, c'est une certitude !

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09 octobre 2017

Le protectorat de l'ombrelle T.2 Sans forme, Gail Carriger

Le protectorat de l'ombrelle TSans forme est le deuxième tome de la série Le protectorat de l'ombrelle imaginée par l'américaine Gail Carriger. Il est paru en 2011 aux éditions Orbit.

Une sombre malédiction s'abat sur Londres, exorcisant toute créature surnaturelle. Alexia Maccon s'en rend rapidement compte lorsque son mari - le tumultueux lycanthrope Lord Maccon - s'enfuit, la laissant seule dans leur manoir avec des troupes de loups-garous revenant d'Egypte. Alexia n'a d'autre choix que de suivre son mari en Écosse pour découvrir l'origine de ce fléau. Car pour l'heure, fantômes, loups-garous et vampires du royaume britannique semblent exorcisés dans un périmètre qui semble se déplacer avec Lord Maccon...

J'avais découvert Alexia l'an dernier, dans le premier tome de ses aventures aux faux-airs de pastiche bit-lit d'Orgueil et Préjugés. Je m'étais gardé cette suite au chaud pour le challenge Halloween. Et j'ai bien fait : quel plaisir de retrouver Alexia et Lord Maccon dans cette nouvelle aventure rocambolesque ! Le duo fraîchement marié détonne toujours autant, alternant amour vache et étreintes passionnées. Aucun temps mort dans cette nouvelle intrigue, amorcée dès la fin du premier tome, qui entraîne le couple dans les confins de l'Écosse et dévoilant de nouveaux personnages qui complexifient l'univers imaginé par Gail Carriger.

L'humour est toujours aussi présent, le côté parodique aussi (la palme d'or du personnage le plus nunuche étant attribuée à l'unanimité à Ivy Hisselpenny, pour ses répliques absurdes et sa caricature du personnage féminin attentiste et passif) et l'ensemble fonctionne très bien. C'est bien simple : moi qui ne suis vraiment pas amateur du genre, j'ai dévoré ce deuxième roman avec avidité, curieuse de savoir quelle était la cause de ce fléau mystérieux, et ravie du dénouement (qui encore une fois, amorce un troisième tome détonnant !). Bref, un deuxième tome qui tient ses promesses, augure une suite des plus intéressantes, et une série que je suis ravie d'avoir découverte !

Challenge Halloween

Deuxième participation Challenge Halloween de Lou et Hilde

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23 septembre 2017

Outlander T.3 Le voyage, Diana Gabaldon

Outlander TLe voyage est le troisième tome de la série Outlander imaginée par la romancière américaine Diana Gabaldon.

Cela fait maintenant vingt ans que Claire est revenue de la bataille de Culloden et a quitté l'Ecosse du 18e, laissant derrière elle Jamie. Avec Brianna, leur fille, elle a refait sa vie mais n'a jamais oublié son grand amour. Quand au détour de recherches sur cette époque elle se rend compte que Jamie n'a pas péri à la bataille de Culloden comme elle l'imaginait, le doute s'installe en elle. Et si Jamie était encore en vie dans le passé ? Claire n'a d'autre choix que de traverser une nouvelle fois le cromlech qui la fait voyager dans le temps pour le retrouver, même si cela veut dire laisser sa fille derrière elle. Commence alors pour elle une nouvelle aventure. Retrouvera-t-elle Jamie ? Et les vingt ans qu'ils ont passés séparés les auront-t-ils éloignés ?

Toujours lancée à corps perdu dans cette série (j'avais adoré le premier et le deuxième tome !), j'ai passé une partie de mon été en compagnie de Claire et des autres personnages d'Outlander. Si le début du second tome avait quelque peu refroidi mes ardeurs, il n'en a rien été avec ce troisième tome. Parce que si Claire est dans le présent - en 1968 - au début du roman, elle n'y reste pas longtemps et repart à la recherche de Jamie dans l'Ecosse du 18e. Et Diana Gabaldon réussit à captiver son lecteur avec ce grand roman d'aventure où rien ne sera épargné aux personnages : tempêtes, prophéties, fuites, intrigues politiques, ça n'arrête pas ! On s'aime, on crie, on pleure et le bateau manque de couler mille fois tout au long de cette fresque historique sur fond de romance. J'adore !

L'intrigue de ce troisième tome (malgré ses 1020 pages !) avance tambour battant et ne laisse pas de répit à son lecteur. De l'Ecosse à la mer des Caraïbes, nos héros connaissent d'effroyables périls et font des rencontres qu'ils ne sont pas près d'oublier. Bref, encore une fois je me suis vraiment régalée à découvrir les aventures de notre duo à travers les âges. Et vue la fin de ce troisième tome, j'ai hâte de découvrir Les tambours de l'automne, le quatrième tome de la série !

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02 septembre 2017

New York Odyssée, Kristopher Jansma

new york odyssée kristopher jansmaNew York Odyssée est le deuxième roman de l'américain Kristopher Jansma paru en janvier aux éditions Rue Fromentin.

Jacob, William, George, Sara et Irène, cinq amis liés depuis l'université et que l'entrée dans la vie active a poussés à s'installer à New York. New York, la ville qui ne dort jamais, synonyme d'effervescence, de fêtes, d'excès. Brûler la vie par les deux bouts et ne pas s'en soucier, tel était le désir de ces jeunes adultes. Mais un événement brutal va les ramener à la raison et les obliger à donner une autre direction à leur vie.

J'ai pris le parti - comme la quatrième de l'éditeur - de ne pas vous spoiler sur ledit événement, au risque de ne pas suffisamment vous allécher, peut-être. Mais sa révélation participe de l'ambiance de son intrigue et je ne veux pas gâcher cette découverte à ceux qui ouvriront ces pages.

New York Odyssée m'a été offert par mes libraires, lorsqu'en sortie scolaire avec mes pioupious du club lecture (oui, je parle de mes lycéens comme des pioupious et j'assume !) je leur ai annoncé que j'avais eu ma mutation et que je quittais la région. Nous avions passé deux heures à échanger autour des livres et avant de partir, elles m'ont collé celui-ci dans les mains, certaines qu'il me plairait. Et elles ne se sont pas trompées !

Véritable plongée dans le New York effervescent et du quotidien effréné des jeunes cadres d'aujourd'hui qui s'offrent le luxe d'un mode de vie malsain avant d'en payer chèrement les pots cassés, New York Odyssée est également une magnifique histoire d'amitié. De ces histoires qui ont pour toile de fond un Manhattan désenchanté, où le vernis se fissure rapidement pour laisser voir la partie sombre de chacun. Les paillettes et la vie trépidante se craquellent et donnent à voir le drame intime et les fêlures de chacun. Le lecteur s'attache à ces personnages si vraisemblables, se prend d'empathie pour leurs blessures, leurs errements, s'identifie, parfois, à leurs interrogations. C'est beau, c'est triste, c'est vibrant. Bref, un roman à découvrir sans hésiter. Elizabeth et Céline, si vous passez par Bouquinbourg, merci beaucoup de ce très beau roman qui a accompagné mon départ d'Ile-de-France.

"Ces soirs-là, nous savions pourquoi nous étions venus en ville. Quitte à vivre vraiment, alors nous voulions ressentir ces fêlures dans la voix, ce tremblement de toutes les extrémités. Et si nos appartements étaient des cercueils, et nos bureaux des pierres tombales, et nos rêves du poison - si tous nous allions lentement vers la mort - au moins nous nous relevions ensemble de ces épreuves grandioses et terribles." (p.16)

"Que les sceptiques doutent. Que l'avenir soit incertain. Dans une ville de huit millions d'âmes, ils seraient toujours deux, ensemble, du début à la fin." (p.61)

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25 février 2017

Outlander T.2 Le Talisman, Diana Gabaldon

Outlander TLe Talisman est le deuxième tome de la série Outlander (ou encore Le Chardon et le Tartan ou Le Cercle de pierre) imaginée par Diana Gabldon dans les années 1990 et remis dernièrement sur le devant de la scène par son adaptation en série télé.

1968. Frank, le mari de Claire, vient de mourir. Cette dernière retourne en Écosse avec leur fille, Brianna, afin de chercher des traces de son passé. Celle qui a voyagé dans le temps grâce à un cromlech se souvient de son incursion dans le 18ème siècle écossais aux côtés de Jamie, un Highlander dont elle est tombée follement amoureuse et avec qui elle a fuit à Paris, à l'époque de Louis XV. Déterminés à empêcher la rébellion jacobite et l'accession au trône de Charles-Edouard Stuart , Jamie et Claire infiltrent la société mondaine parisienne pour éviter une répression sanglante dans les Highlands.

Souvenez-vous, j'avez adoré le premier tome des aventures de Claire et Jamie le mois dernier. Et j'ai naturellement continué sur ma lancée dans cette saga, avide de découvrir la suite des aventures de ce duo britannique dans l'Écosse de 1745.  Mais je dois avouer que le début de ce second tome a eu raison de mon enthousiasme, Diana Gabaldon décidant de planter son intrigue en 1968 et de délaisser le voyage dans le temps cher à mon coeur. Passé le premier moment de déception (j'adore la lande écossaise rabattue par les vents et les Highlanders et leur finesse légendaire, c'est vrai !), j'ai poursuivi ma lecture avec curiosité. Et force est de constater que l'auteure maîtrise son sujet à la perfection. En construisant son intrigue de la sorte, elle parvient à distiller un suspense dès les premiers chapitres et d'enferrer son lecteur dans les méandres de l'histoire. Les lieux se mélangent, les époques aussi, et le voyage dans le temps, au coeur de l'intrigue, prend toute sa dimension. Pourquoi Claire est-elle revenue dans le présent ? Et qui est donc Brianna ? Voilà des questions que le lecteur se pose très rapidement...

Les personnages gagnent en épaisseur psychologique, la romance en intensité, la trame historique est toujours aussi riche et bien traitée et l'ensemble fonctionne très bien. Je ressors de ces 950 pages enchantée, bercée par le vent écossais, sentant dans mon nez les effluves de whisky qui hantent ces pages et je n'ai qu'une envie : y retourner ! Je vais certainement intercaler quelques lectures entre la fin de ce tome et le suivant, mais je ne vais pas trop tarder : Claire et son bel écossais commencent déjà à me manquer !

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12 janvier 2017

Outlander T.1 Le chardon et le tartan, Diana Gabaldon

Outlander T

Le Chardon et le tartan est une série imaginée par la romancière américaine Diana Gabaldon débutée en 1991. Popularisée par sa récente adaptation en série télévisée, la saga - appelée aussi Outlander ou Le Cercle de pierre - mêle à la fois le roman historique, le fantastique et la romance. 

Inverness, Ecosse, 1945. Claire, vingt-sept ans, revient du front où elle a servi en tant qu'infirmière et profite de quelques jours de retrouvailles avec son mari, Frank. Mais alors qu'elle découvre les environs, Claire est aspirée par un étrange mégalithe et se retrouve catapultée en 1743, alors que la guerre fait rage entre les anglais et les écossais. Déboussolée par ce voyage dans le temps, la jeune femme est sauvée par des Highlanders des griffes de Jonathan Randall, illustre et violent aïeul anglais de son mari. Claire impressionne rapidement les écossais par ses connaissances médicales, utiles sur le champ de bataille et fait la connaissance de Jamie, un Highlander un peu bourru et têtu. 

Complètement sous le charme de l'Ecosse depuis mon voyage en 2014, je ne pouvais que succomber à cette série, découverte par hasard en naviguant sur Netflix. J'ai hésité à la regarder mais j'ai décidé de commencer par le roman. Et j'ai rudement bien fait ! J'ai dévoré les 850 pages de ce premier tome durant les vacances de Noël, ayant moi aussi l'impression de voyager dans le temps, comme Claire, et d'être à ses côtés dans les Highlands en 1743. Diana Gabaldon esquisse dans ce premier tome les contours d'une intrigue des plus riches et documentées. L'histoire est abordée à travers le personnage de Frank, le mari de Claire, mais aussi par les événements que l'héroïne est amenée à vivre. L'Ecosse est un personnage à part entière, faisant l'objet de belles descriptions de sa nature, ses saisons ou encore ses moeurs. 

C'est bien simple : j'ai été complètement happée par cette histoire de voyage dans le temps, secouée comme Claire par la violence du 18ème siècle et ses problématiques, sous le charme moi aussi des écossais qu'elle rencontre, partagée qu'elle est entre la volonté de rentrer à son époque et de changer le cours du temps par sa connaissance des événements futurs. 

Difficile de ne pas trop en dire sur cette intrigue dense et riche. Je n'aurais qu'un conseil : venez nous rejoindre sous la bruine écossaise, au milieu des rébellions jacobites de la première moitié du 18ème. Vous ne serez pas déçus de ce voyage dans le temps... En attendant, moi je suis d'ores et déjà plongée dans le deuxième volet des aventures de Claire ! 

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14 décembre 2016

Un goût de cannelle et d'espoir, Sarah McCoy

Un goût de cannelle et d'espoirUn goût de cannelle et d'espoir est le deuxième roman de l'américaine Sarah McCoy paru en 2014 aux éditions Les Escales.

Pour les besoins d'un article qu'elle doit rédiger sur les traditions de Noël, Reba, une jeune journaliste installée à El Paso au Texas, contacte Elsie Meriwether, la propriétaire d'une boulangerie allemande de la ville. Cette dernière, loin de lui raconter le folklore des Noëls traditionnels, lui dévoile plutôt son enfance à Garmisch, en Allemagne, dans les années 1940. Comment sa famille a vécu la Seconde Guerre mondiale dans cette ville reculée à la frontière autrichienne, tentant de faire vivre sa boulangerie malgré les restrictions. Comment Elsie s'est construit une adolescence, entre une soeur partie dans un Lebensborn pour servir sa patrie en enfantant des nouveaux-nés répondant aux critères de la race aryenne, des parents contraints de collaborer avec la Gestapo pour être approvisionnés en matières premières, un prétendant officier SS qui l'emmène dans une soirée nazie et Tobias, un enfant juif qu'Elsie découvre le soir de Noël à sa porte et décide de cacher dans sa chambre.

Débuté durant mon Read-a-thon de Noël il y a dix jours, j'ai dévoré ce roman et me suis plongée avec un plaisir immense dans ses pages. La narration alterne entre le Texas, en 2008, avec Reba qui fait ses recherches pour son article, et l'Allemagne dans les années 1940 avec Elsie et sa famille. Les chapitres courts créent une réelle dynamique qui m'a rappelé Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg, un autre très beau roman à la construction similaire.

Sarah McCoy a pris le parti de raconter ce pan de l'histoire à travers les yeux d'une adolescente allemande. Et c'est justement ce qui en fait son intérêt. Bon nombre de romans traitent cette sombre période du point de vue des Alliés, tandis qu'Un goût de cannelle et d'espoir met l'accent sur le quotidien des Allemands à cette époque. Pas forcément nazis, ni même au fait de ce qui se passait, ils subissaient une guerre qui les dépassait et luttaient pour survivre, dans la peur de la délation. La déportation est brièvement évoquée, tout comme les camps, mais par le prisme d'Elsie et de sa famille, de condition modeste et qui n'avaient que peu de façons de s'informer de ce qui se passait. La peur est présente, à chaque page, et la famille vit au jour le jour dans un climat de suspicion et d'angoisse. Très documentée, l'intrigue intègre bon nombre de faits historiques qui offrent au roman une densité particulière. Petit bonus de fin : le carnet de recettes d'Elsie, boulangère émérite. A vous les Kreppel, Sonnenblumenkernbrot, Schwarzwälder Kirschtorte, Brötchen et autres Lebkuchen !

Un roman intense, difficile à lâcher, lumineux malgré le sujet, porté par des personnages féminins forts et charismatiques. Bref, une très belle lecture que j'ai partagée avec Nath. Deuxième participation au Challenge il était quatre fois Noël chez Chicky Poo et Samarian.

Il était quatre fois Noël

 

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26 novembre 2016

Le roman du mariage, Jeffrey Eugenides

Le roman du mariage, Jeffrey EugenidesLe roman du mariage est le troisième roman de l'américain Jeffrey Eugenides paru aux éditions de L'Olivier en 2013. Son nom ne vous dit peut-être rien mais Jeffrey Eugenides, lauréat du Pulitzer catégorie fiction en 2003, est également l'auteur de Virgin Suicides, adapté à l'écran par Sofia Coppola en 1999.

Madeleine, Mitchell et Leonard. Trois étudiants américains qui se rencontrent à l'Université de Brown et explorent la sensation grisante de la liberté estudiantine. Entre soirées arrosées et cours de sémiologie, ils découvrent Barthes, et son Fragment d'un discours amoureux. A partir de ce moment-là, leurs vies dérapent. Mitchell tombe fou amoureux de Madeleine, qui n'a d'yeux que pour Leonard. Ce dernier, ténébreux et mystérieux, l'entraîne bien vite dans sa tourmente. Diagnostiqué maniaco-dépressif quelques années plus tôt, Leonard souffre d'instabilité chronique. Madeleine, éperdue d'amour pour lui, tente coûte que coûte de le sauver de ses démons. Mitchell, de son côté, part faire un voyage au long cours afin d'oublier Madeleine.

Jeffrey Eugenie signe ici un roman magistral, et je pèse mes mots. Difficile d'en parler, tant cette lecture est poignante et puissante... Portée par une construction narrative bluffante, l'intrigue suit un cours singulier où passé et présent s'entremêlent pour mieux raconter ces trois personnages. De ce triangle amoureux, personne ne sort indemne. Ni Leonard, brisé par une enfance désastreuse et une maladie qui le ronge ; ni Madeleine, soumise à ses sentiments pour Leonard et qui l'amènent à s'oublier ; ni Mitchell, qui reste dans l'ombre de Madeleine, attendant d'elle un regard, un sourire. 

Jeffrey Eugenides y décortique le sentiment amoureux pour mieux l'analyser et le donner à voir. C'est cru, parfois dérangeant, si souvent vraisemblable, malheureusement. Portrait d'une génération un rien brisée, cette comédie dramatique entraîne son lecteur dans l'intériorité de ses personnages, donnant à voir un spectre d'émotions finement dépeintes. Et le lecteur de s'interroger lui-même, à l'aune des réflexions des personnages, qu'elles soient sentimentales, professionnelles ou encore théologiques.

Bref, Le roman du mariage est une petite pépite dont vous auriez tort de vous priver. C'est grand, c'est addictif, c'est un indéniable coup de coeur ! Merci mon cher Alain pour ce conseil avisé qui n'a pas fini de me surprendre. Je sens que Madeleine, Mitchelle et Leonard n'ont pas fini de me hanter...

"Elle avait le sentiment que la plupart des sémiologues avaient dû être impopulaires dans leur enfance, tyrannisés, mis à l'écart, et qu'ils reportaient sur la littérature leur colère rentrée. Ils voulaient destituer l'auteur. Du livre, cet objet transcendantal, fruit de tant d'efforts, ils voulaient faire un texte, libre de toute attache, indeterminé, ouvert aux interprétations. Ils voulaient donner la vedette au lecteur. Parce qu'eux-mêmes étaient des lecteurs." (p.67)

"Après ton départ ce jour-là, je me suis allongé sur mon lit et je ne me suis plus levé de la semaine. Je suis resté là à ressasser comment j'avais foutu en l'air la meilleure occasion que j'aie jamais eue d'être heureux dans la vie. La meilleure occasion que j'aie jamais eue d'être avec une fille intelligente, belle et équilibrée. Une fille avec qui j'aurais pu former une équipe." (p.180)

"Il y avait des livres qui traversaient le tumulte de la vie pour vous prendre par le col et vous dire des choses essentielles." (p.285)

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