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09 avril 2012

Sherlock Holmes : de Baker Street au grand écran, Natacha Levet

Sherlock Holmes de Baker Street au grand écranSherlock Holmes : de Baker Street au grand écran est un essai de Natacha Levet,  maître de conférences en littérature à l'université de Limoges, paru en janvier aux éditions Autrement. 

Natacha Levet se penche avec application, en 211 pages, sur le personnage imaginé par Conan Doyle. Elle passe au crible la naissance littéraire du mythique enquêteur britannique, sa personnalité, les inspirations littéraires de son auteur, le triomphe quasi immédiat de ses aventures, mais aussi leurs adaptations multiples à la TV, au cinéma, au théâtre, en littérature...

Vous ne connaissiez de Sherlock Holmes qu'une silhouette portant une cape, un deerstalker et une pipe ? Vous pensiez que Robert Downey Jr. était le seul interprète de talent du célèbre enquêteur ? Pire : vous n'avez jamais lu d'aventure de Sherlock Holmes et vous avez regardé d'un oeil distrait l'une ou l'autre adaptation de Guy Ritchie sans vous poser aucune question ? Vous pensez donc ne pas être concerné par ce livre. Faux, absolument faux : cet essai est fait pour vous !
Sherlock Holmes : de Baker Street au grand écran
est un livre rudement bien documenté, qui saura séduire les novices holmésiens comme les plus aguerris. Non seulement il permet d'apporter un éclairage nouveau au personnage et à ses aventures - en passant par son célèbre acolyte Watson - mais en outre il offre une analyse très fine sur ce qui a précédé l'oeuvre de Doyle et ce qui lui a succédé. Une étude très complète qui permet de réviser ses classiques tout en approfondissant certains points.
Natacha Levet revient ainsi aux origines du célèbre enquêteur : le contexte de son écriture par Conan Doyle, tant historique que biographique,  mais aussi les figures d'enquêteurs littéraires célèbres qui ont influencé son créateur : le chevalier Dupin et l'inspecteur Lecoq, personnages imaginés respectivement par Edgar Poe et Emile Gaboriau. On apprend ainsi qu'Holmes est loin d'être le premier enquêteur flanqué d'un acolyte à qui il conte ses exploits, à avoir des capacités de déduction et de logique hors du commun, voire un don pour le déguisement...
Natacha Levet prolonge sa réflexion en listant les adaptations littéraires, cinématographiques et théâtrales des aventures de Sherlock Holmes, et leurs influences sur le mythe holmésien et ses représentations et clôt sa réflexion sur une bilbiographie et une filmographie des plus complètes ! 
Une lecture très enrichissante donc, très abordable en terme de contenu, qui permet d'en savoir plus sur un personnage mondialement connu, devenu en quelques années un mythe littéraire.

"Le public du XIXe siècle est friand de récits de crime et la presse exploite abondamment ce goût en développant la rubrique des faits divers et la fiction criminelle. Il s'agit moins d'une fascination morbide que de l'expression de nouvelles angoisses face à un monde qui change très vite." (p.6)

"Arthur Conan Doyle n'invente pas une forme littéraire, mais il en exploite le potentiel et en fixe un modèle possible, perfectionnant le genre de récit en récit. " (p.7)

"Les aventures de Sherlock Holmes offrent un écho aux controverses et aux grandes interrogations médicales de l'époque." (p.75)

"C'est la combinaison d'un héros tout-puissant, d'une aventure et d'une parole théâtralisée qui constitue la base d'un fonctionnement mythique du récit." (p.94)

"[Watson] est surtout le double naïf du lecteur, attendant la révélation de la parole holmésienne, incapable de se livrer à la même analyse alors même qu'il possède les mêmes informations que le détective." (p.97-98)

"Sherlock Holmes théâtralise sa parole, mais il a besoin pour cela du medium narratif qu'est Watson afin d'accompagner le lecteur dans le brouillard des signes, avant de tout expliquer d'une parole magique qui éclaire et révèle." (p.99)

Et pour les plus réticentes,
Robert et Jude sauront vous convaincre...
(autre version : Rachel saura vous convaincre...)

 

 

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13 octobre 2011

Le bonheur : la chance n'arrive jamais par hasard... Eckart Von Hirschhausen

lebonheur-zLe bonheur : la chance n'arrive jamais par hasard est un essai du physicien et comédien allemand Eckart Von Hirschhausen paru en 2011 en France.

Ce livre se présente comme un guide, une aide, pour trouver le bonheur aujourd'hui. Scindé en cinq sphères, le bonheur est présenté comme un état accessible par tous tous les jours. Qu'il passe par des rapports sociaux, une part de chance, un défi personnel ou encore la détente, le bonheur tient souvent à peu de choses.

Pourquoi avoir lu ce livre ? Je ne sais pas réellement... J'ai été intriguée par la présentation de l'éditeur, attirée notamment par l'humour sensé être omniprésent...
D'humour, je n'en ai pas vraiment décelé. Et puis je n'ai pas trouvé de réponses dans ce livre, dans ces réflexions lancées parfois de façon désordonnée.
J'aurais aimé une réflexion plus profonde, un cheminement intellectuel de l'auteur, une réelle plus-value que je n'ai pas eu l'impression de trouver ici. Faire référence au bouddhisme est attendu voire éculé, merci bien. Trop de poncifs, d'encouragements et de compassion qui m'ont littéralement, et pour un long moment, écoeurée et vaccinée contre les livres de développement personnel. S'il suffit de découper un pingouin ou de résumer sa réflexion à énoncer que le bonheur équivaut à manger du chocolat ou aimer les siens, je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'écrire un livre.
Si certains ont pu trouver quelque chose qui les a aidés dans ce livre, tant mieux. Ce n'est pas mon cas. Au mieux, je l'ai trouvé facile.

Je tiens néanmoins à remercier   logo2   et les éditions leduc  pour ce roman reçu dans le cadre de l'Opération Masse Critique

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26 septembre 2011

Éloge du gaucher, Jean-Paul Dubois

9782757807217Éloge du gaucher est un essai de l'écrivain toulousain Jean-Paul Dubois paru en 1986 chez Robert Laffont, avant d'être réédité en 2005 par les Éditions de l'Olivier.

Jean-Paul Dubois est un gaucher contrarié. Il est de cette époque pas si lointaine où l'Ecole interdisait aux enfants gauchers d'exprimer leur préférence latérale et les obligeait à devenir droitiers. Comme tout le monde. Parce que c'est comme ça.
Jean-Paul Dubois revient sur cette particularité physique qui oblige une minorité à vivre en inadéquation avec le monde qui l'entoure. L'exemple des ciseaux a été, longtemps, l'exemple phare (mais maintenant il en existe pour gauchers !) mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Que dire du levier de vitesse à droite, du mètre de couturière, des couteaux économes, des tournevis, des fourchettes à gâteaux, de certains becs verseurs, etc. ? A l'envers, forcément, et obligeant les gauchers à se servir de leur main faible - la droite - !
Mais l'auteur ne se borne pas à un inventaire à la Prévert des objets du quotidien qui se révèlent de vrais casses-têtes pour les gauchers. Il dresse ici un portrait des gauchers - avec un détour par certaines catégories de gauchers qu'il a pu identifier - à travers les âges, en insistant sur cette particularité physique qui rend l'idée même de latéralité bancale et condamne cette minorité à une inadaptation face à la majorité.

Je suis gauchère. C'est un fait. Même pas de parents gauchers (ce qui, d'après Jean-Paul Dubois, aurait grandement augmenté ma  malchance de l'être).  Une mère contrariée, sans doute, car trop ambidextre pour être une vraie droitière.
Je suis gauchère, mais de cette génération qui a eu le droit d'exprimer cette différence. Ce qui ne fait pas de moi une personne plus heureuse, juste quelqu'un à l'envers pour beaucoup de choses. Les ciseaux, pour commencer. J'ai dû apprendre de la main droite car les ciseaux pour gauchers n'existaient pas encore. Imaginez le côté pratique de la chose : déjà qu'apprendre à bien couper aux ciseaux en maternelle c'est compliqué... Mais le fait est que j'ai eu la chance, contrairement à l'auteur, de conserver ma main gauche comme main dominante. L'évolution est déjà sensible.
Dénicher par hasard dans la petite librairie de ma ville cet essai de Dubois (repéré lors de sa sortie en grand format) n'a pu rester sans conséquence. J'ai toujours été fascinée par la minorité que représentent les gauchers. Malgré les persécutions et les travers linguistiques que l'on nous assène - passer l'arme à gauche, avoir deux mains gauches, être maladroit, etc. - nous sommes toujours là, au fil des générations. Et toujours plus nombreux d'après l'essai de Dubois. Pourquoi donc les concepteurs d'objets du quotidien (qui semblent tous être droitiers), se bornent-ils à créer des objets uniquement pour les droitiers ? Une question que je me pose quasiment tous les jours... Il y aurait pourtant un credo lucratif pour qui voudrait se pencher sur la question !
Éloge du gaucher
est un texte furieusement bien construit. Il nous entraîne au gré de la pensée de Dubois dans des réflexions souvent drôles sur la latéralité et ses caprices. J'ai adoré. Je m'y suis retrouvée. J'ai ri.
A lire si vous êtes gaucher (cela s'appelle du militantisme), à lire si vous êtes droitier (cela s'appelle de l'ouverture d'esprit), à offrir dans tous les cas (cela s'appelle de la générosité).
Merci Jean-Paul Dubois pour cette analyse de notre condition gauchère !

"Au commencement, je n'étais pas grand-chose. Par la suite, je fus si inexistant que certains me crurent déjà mort. Je me souvient même d'avoir parlé de moi au passé." (p.13)

"Ma main gauche se résigna à son inutilité et se mit à pendre comme une branche morte. Je l'aurais perdue à l'automne que je ne m'en serais même pas aperçu." (p.15)

"Le gaucher se doit d'être digne. Il est ennobli par sa différence. C'est une sorte de particule, une aristocratie intérieure, secrète et permantente." (p.53)

"Comment et pourquoi, malgré les humiliations, les persécutions, les castrations et les frustrations, y-a-t-il pu avoir sur la planète une proportion quasi constante de gauchers ?" (p.80)

"Tous les appareils photos sans exception ont le déclencheur situé à droite. Qu'en conclure ? que tous les appareils photos sans exception ont le déclencheur situé à droite." (p.160)

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07 juin 2011

Rester de bonne humeur dans le monde d'aujourd'hui, Martin Marceau

64424102Avec un titre pareil, ce livre est bien tentant... Surtout dans le climat actuel ! Et quand la quatrième nous promet un "texte [qui] apporte des informations capables de susciter une humeur plus joyeuse et sereine", je ne résiste évidemment pas...

Malheureusement, ce billet sera assez bref, à l'image de ce texte court et condensé. Alors que je m'attendais à un livre qui proposerait une réflexion profonde sur la société actuelle et des manières de l'envisager différemment, j'ai été confrontée à un dialogue entre un narrateur et un réparateur informatique à l'image des leçons de philosophie de l'antiquité.
L'idée aurait pu être séduisante. Elle ne l'a pas été pour moi. La démarche  de plonger au fond de soi-même pour trouver des réponses au monde d'aujourd'hui n'est pas amenée de façon subtile et ressemble, d'après mes souvenirs, à l'amorce de Jostein Gaarder dans Le monde de Sophie.
Une lecture que j'ai eu du mal à terminer, malgré sa brièveté, et qui m'a laissée interdite. Peut-être parce que je n'aime pas vraiment les leçons philosophiques de cet ordre. Peut-être parce que l'énumération de lois dites universelles m'a laissée de marbre. Peut-être parce que ma vision de la société actuelle est foncièrement plus positive que celle du narrateur. Peut-être aussi parce que j'aime me nourrir de réflexions plus subtiles sur notre monde et ses travers. Un rendez-vous manqué, c'est certain !
Je tiens néanmoins à remercier à   logo2 et les Éditions  nouvel_anglepour ce livre reçu dans le cadre de l'Opération Masse Critique.

 Rester de bonne humeur, dans le monde d’aujourd’hui par Martin Marceau

Critique et infos sur Babelio.com

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14 avril 2011

Le sens du bonheur, Krishnamurti

9782363940087 Je ne connaissais que de nom le sage et philosophe indien Krishnamurti (1895-1986). La découverte de cet essai n'est pas tant due à son contenu qu'à sa forme.

En effet, le buzz actuel dans le monde éditorial concerne ce nouveau format, le Points 2, une innovation que seules les Editions Points pourront commercialiser en français jusqu'en 2013.

Le principe ? Un livre plus petit qu'une main, très léger et qui tient dans la poche ; un texte imprimé sur du papier Bible, qui se lit horizontalement.    
Le résultat ? Un confort de lecture indéniable, une légèreté en main vraiment appréciable, un objet aussi facile à transporter qu'à utiliser. Le petit format n'est pas synonyme d'écriture illisible, au contraire, et l'usage des marges et des blancs permet d'organiser la page de manière harmonieuse. Les livres sont disponibles dès aujourd'hui en librairie.

Quant au contenu, j'ai découvert avec plaisir Krishnamurti et sa pensée. Si ses réflexions concernent toujours la société indienne du XXe, ses propos tendent à une forme d'universalité et permettent à tous de s'interroger.
J'ai picoré ce livre au gré des pages, m'arrêtant sur certains chapitres pour mieux passer sur d'autres. J'ai aimé suivre la pensée de ce philosophe et réfléchir en sa compagnie sur le monde qui nous entoure. Une très belle découverte ! Et vu son format, ce petit livre a tôt fait de rejoindre mon sac à main pour mettre à profit certains temps morts du quotidien...

 logo_IndeJe tiens à remercier Jérôme et Mini_livre pour la découverte de ce nouveau format qui m'a conquise de bout en bout et de ce philosophe indien.
J'inscris cette lecture dans le Challenge dédié à l'Inde et sa culture, "L'Inde en fêtes", organisé par Hilde et moi.

 

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01 novembre 2010

Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?, Pierre Bayard

9782707319821FSJ'adore les essais de Pierre Bayard (je vous avais déjà parlé de Qui a tué Roger Ackroyd ? et L'affaire du Chien des Baskerville)
Ainsi, quand j'ai eu l'opportunité d'emprunter celui-ci (qui a eu l'honneur d'être utilisé pour le Capes de lettres modernes de la session 2010...) j'ai sauté sur l'occasion et l'ai dévoré d'une traite !

Armé d'une argumentation tripartite, Pierre Bayard amorce dans cet essai une réflexion autour des livres que l'on n'a pas lus et la façon d'en parler (comme nous l'indique si bien le titre !)
Il nous entraîne ainsi dans une explication sur les manières de ne pas lire un livre (allant des livres que l'on ne connaît pas aux livres qu'on a parcourus en passant par les livres lus mais oubliés et les livres dont on a entendu parler) afin d'expliquer qu'il existe plusieurs degrés de non lecture de livres.
S'ensuit une démonstration -œuvres littéraires à l'appui - de certaines situations où il est possible de parler de livres que l'on n'a pas lus sans pour autant se couvrir de honte ou de ridicule.
Enfin, dans la dernière partie de ce titre, Pierre Bayard nous donne les quatre clés pour réussir ce que le titre nous promet : ne pas avoir honte, imposer ses idées, inventer les livres et parler de soi.

Pour ma part, j'ai lu cet essai. Et malgré l'apologie de la cessation de la lecture énoncée et revendiquée, je l'ai lu de bout en bout sans en sauter une ligne (heureusement pour  Pierre Bayard, certains lecteurs comme moi continuent de lire sans appliquer ses méthodes, sinon personne n'aurait compris la démarche intellectuelle présentée ici).
Si j'ai pris un certain plaisir à réfléchir aux divers degrés de non lecture d'un livre - m'interrogeant par là-même sur mes propres pratiques et souvenirs de lectures- je dois avouer avoir moins été transportée dans la deuxième et troisième partie de cet essai. Les exemples de situation tirées de livres m'ont parfois ennuyée tandis que les quatre recettes magiques données dans le dernier chapitre m'ont rappelé les précédents essais que j'avais lus de cet auteur.
Bref, une lecture moins enthousiasmante que
Qui a tué Roger Ackroyd ? et L'affaire du Chien des Baskerville que je ne regrette en rien car j'en étais très curieuse, mais qui me laisse sur un sentiment d'inachevé une fois la dernière page tournée...

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17 avril 2010

L'affaire du Chien des Baskerville, Pierre Bayard

baskerville_bayardA Lyon, à l'occasion du Festival Quais du Polar, j'ai eu la chance de rencontrer Pierre Bayard, un auteur que j'apprécie et estime beaucoup, après avoir lu Qui a tué Roger Ackroyd (sur lequel j'avais rédigé un billet) et Enquête sur Hamlet.
Pour terminer ma lecture de son cycle de "critique policière", qui est définie, par le site Fabula comme une
  "démarche justicière", prenant comme point de départ
" l’attention aux invraisemblances", je me suis lancée dans L'affaire du Chien des Baskerville.
Je me suis donc empressée d'acheter cet essai, de le faire dédicacer (en faisant au passage deux ou trois blagues...) et de le dévorer !

Tout le monde connaît la légende du chien des Baskerville, développée par Conan Doyle dans son ouvrage éponyme. Sur la lande déserte, un immense chien, telle une évocation des Enfers, surgit, tous crocs dehors, pour tuer ses pauvres victimes... Le célèbre Sherlock Holmes, appelé à enquêter, s'intéresse de près au décès de Charles Baskerville, héritier de la famille, survenu quelques mois avant le début de la narration. Quelqu'un semble s'en prendre aux Baskerville, et Henry, le neveu de Charles, est en danger ! Heureusement, Watson et Sherlock sont là pour le protéger et déjouer la machination qui se trame...
Oui, mais... Mais Pierre Bayard se penche sur cette affaire et met en parallèle certaines incohérences du texte... Et si Sherlock Holmes s'était trompé d'assassin ? Et si ce dernier coulait depuis tout ce temps des jours paisibles entre les lignes de Conan Doyle, à jamais innocenté d'un crime que personne ne semble voir dans ce roman ?

Comment résister à une deuxième lecture de Conan Doyle, plus approfondie, plus fouillée, qui permet de lire entre ses lignes ? Pierre Bayard excelle une nouvelle fois dans cet exercice, scindant son propos en étapes progressives et amenant son lecteur à une révélation pour le moins étonnante.
Une excellente lecture pour qui s'intéresse à cette enquête du célèbre détective et qui permet de la reconsidérer sous un autre angle. U
Sans_titre_2n détour par les relations entre Doyle et son célèbre personnage permet non seulement de mettre en perspective ce roman par rapport à l'œuvre de l'écrivain mais aussi de comprendre l'emprise du personnage sur son créateur et les réactions qu'il suscite chez ce dernier.
Pierre Bayard insinue le doute dans l'esprit de son lecteur, l'amenant à s'interroger sur le degré fictionnel d'un texte et la frontière entre réalité et imagination...
Allez, j'avoue, sixième coup de cœur de l'année... Vous l'aviez peut-être deviné ?

"Observation et déduction, telles sont donc, exposées ici pour la première fois mais souvent reprise dans l'ensemble de l'oeuvre, les deux clés de la méthode Holmes, celle qui doivent lui permettre de mener à bien ses enquêtes." (p.41)

"Loin d'être un système fermé, la méthode Holmes laisse ainsi subsister, tant au niveau ponctuel des indices qu'à celui de la construction d'ensemble, des solutions alternatives. Et c'est paradoxalement sa richesse qui la conduit à l'incertitude." (p.58)

"Et dès lors que Le Chien des Baskerville, s'ouvre sur une erreur d'interprétation de Holmes, il est inévitable de se demander si celle-ci ne préfigure pas une erreur plus globale, portant sur l'ensemble du roman, et si, se glissant dans la marge étroite entre loi scientifique et généralité statistique, un assassin n'en aurait pas profité pour échapper à la police et pour couler depuis, en toute impunité, des jours paisibles." (p.58)

"Et si l'on suit cette hypothèse, il existe donc, autour du monde littéraire ouvert par l'œuvre, une multitude d'autres mondes possibles que nous pouvons compléter par nos images et nos mots." (p.69-70)

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07 décembre 2009

Qui a tué Roger Ackroyd ? Pierre Bayard

Qui a tué Roger AckroydJ'ai eu l'occasion l'an dernier de découvrir Pierre Bayard, universitaire à Paris VIII et psychanalyste, qui a écrit d'étonnants essais, dont celui-ci, Qui a tué Roger Ackroyd ? publié aux éditions de Minuit en 1998.

Il amorce, dans ce titre, la réflexion qui est sienne : à la lecture du célèbre Meurtre de Roger Ackroyd d'Agatha Christie, au dénouement non moins célèbre, le lecteur est en droit de s'interroger. Le meurtrier est-il vraiment celui présenté par la reine du roman policier ? P. Bayard propose alors une relecture de l'œuvre en se penchant plus précisément sur les preuves qu'Hercule Poirot brandit à la fin pour accuser le meurtrier. Et si une deuxième fin était possible ? Et si Agatha Christie avait semé des indices tout au long de son roman pour permettre au lecteur de confondre le réel meurtrier ? Et si tout concourrait pour être différent de ce qu'il n'y paraît ?

Essai passionnant, accessible sans avoir parfaitement en tête l'œuvre d'A. Christie (P. Bayard en reprend la trame au début pour recontextualiser son propos), ce livre est un vrai régal.
L'auteur se penche tour à tour sur la personnalité du meurtrier présumé et de son entourage, fait un détour par la psychanalyse, se penche sur la syntaxe, pour enfin nous révéler sa version des faits...
Avis aux amateurs de romans policiers !
Et parce que Marc Escola en a parlé mieux que moi, rendez-vous sur le site de  Fabula pour en avoir un aperçu assez conséquent.
Et sur le site des Editions de Minuit pour un petit aperçu des autres essais de cet auteur (notamment Le paradoxe du menteur, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ou encore Le plagiat par anticipation
)

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15 novembre 2009

La bibliothèque, la nuit, Alberto Manguel

bibliothequeVoilà une lecture faite très récemment et que j'ai adorée. La bibliothèque, la nuit est un essai d'Alberto Manguel, écrivain, traducteur et éditeur argentin, paru aux éditions Actes Sud en janvier 2009.
Après Une histoire de la lecture, Alberto Manguel nous livre ici une réflexion sur les bibliothèques, privées ou publiques, immenses ou composées de quelques titres, classées selon un ordre précis ou de façon arbitraire, bref,
une réflexion sur tout rassemblement de livres en un endroit donné.
Il mêle à sa réflexion des anecdotes personnelles, fait des détours historiques et nous donne l'exemple de bibliothèques connues ou encore celles d'auteurs célèbres, comme Jorge Luis Borges, qu'il a beaucoup côtoyé.

J'ai adoré cet essai, ayant l'impression de m'immiscer dans les plus grandes bibliothèques du monde et de fouiner dans celles de certains auteurs pour comprendre comment ils classaient leurs livres et en apprendre un peu plus sur leurs habitudes de lecteurs.
Manguel nous livre ici une merveille de réflexion sur les bibliothèques, dans la droite lignée de son essai précédent sur la lecture,
un essai à la fois documenté et très accessible, accompagné de nombreuses photos et illustrations.
La traduction de Christine Le Boeuf, qui avait déjà traduit
Une histoire de la lecture permet au lecteur de se plonger facilement dans cet essai et de se laisser porter par les réflexions de Manguel.
Je vous préviens, on ne regarde plus sa propre bibliothèque du même oeil ensuite ! Et on s'interroge sur sa propre manie de classification...

"En entrant dans une bibliothèque, je suis toujours frappé par la façon dont elle impose au lecteur, par ses catégories et son ordre, une certaine vision du monde." p.57

"Ensemble, la conservation électronique et la conservation matérielle des imprimés représentent pour une bibliothèque l'accomplissement d'au moins l'une de ses ambitions : être complète. " p.89

"Toute bibliothèque est par définition un choix, et son envergure est par nécessité limitée. Tout choix en exclut un autre, celui qui n'a pas été fait. La lecture coexiste de toute éternité avec la censure." p.118

"Toute bibliothèque, du simple fait de son existence, évoque son double interdit ou oublié : une bibliothèque invisible mais impressionnante, composée des livres qui, pour des raisons conventionnelles de qualité, de sujets ou même de volume, ont été jugés indignes de survivre sous ce toit particulier." p.125

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