Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




17 janvier 2019

La meilleure des vies, J.K. Rowling

La meilleure des viesLa meilleure des vies est la retranscription du discours annuel de la cérémonie de remise des diplômes de fin d'année de l'Université de Harvard prononcé par J.K. Rowling le 5 juin 2008. Il a été publié en France chez Grasset en 2017.

Quand une femme que j'admire et une romancière que j'adore prononce un discours dans une des plus prestigieuses universités américaines, et qu'elle vante les mérites de l'échec et de l'imagination, je ne peux que l'admirer d'autant plus.
J.K. Rowling - dont on sait tous qu'elle a connu des heures sombres avant la success story d'Harry Potter - a fait le choix, devant un parterre d'étudiants parmi les plus brillants des États-Unis, d'évoquer ces deux concepts que sont l'échec et l'imagination. Et elle le fait avec une éloquence dont elle n'a pas à rougir, malgré le trac lié à cet exercice oratoire dans ce lieu mémorable. Les mots sont choisis, mesurés, pesés, les anecdotes personnelles glissées çà et là pour teinter l'ensemble d'intime, et le discours de prendre une ampleur singulière. Drôle d'idée, de parler d'échec à ces étudiants talentueux, sur le point d'avoir une carrière prestigieuse ? Pas tant que ça. J.K. Rowling nous offre ici une belle leçon d'humilité et d'humanité. A lire et à faire lire autour de soi, pour que l'échec ne soit plus stigmatisé comme il l'est. 
"Au fond, à chacun sa définition de l'échec, mais le monde n'a de cesse de vous imposer certains critères bien spécifiques, si vous lui en laissez le loisir." (p.29)

 "Ne vous inquiétez pas, je n'ai pas l'intention de vous expliquer que l'échec est une expérience merveilleuse. Ce fut pour moi une époque de ténèbres, et j'étais alors loin de me douter que j'en sortirais bientôt à la faveur de circonstances dignes d'un conte de fées, comme a pu depuis le raconter la presse. Je ne savais absolument pas jusqu'à quand je resterais dans l'obscurité, et pendant longtemps, la lumière au bout du tunnel fut un espoir plus qu'une réalité tangible. Pourquoi, alors vous parler des bienfaits de l'échec ? Tout simplement parce qu'il vous permet de vous dépouiller de tout ce qui n'est pas essentiel. (p.32-33)

 "Être conscient d'avoir surmonté des épreuves et d'en être sorti grandi, plus sage et plus fort, signifie que vous aurez foi à jamais en votre aptitude à survivre. On ne se connaît jamais vraiment soi-même, pas plus qu'on ne peut être assuré de la solidité des liens tissés avec autrui, tant que l'on n'a pas été confronté à l'adversité. Fût-il acquis dans la douleur, c'est là un savoir précieux, qui a plus de valeur à mes yeux que n'importe quelle qualification." (p.37)

 "Nous n'avons pas besoin de magie pour transformer notre monde ; nous portons déjà en nous tout le pouvoir dont nous avons besoin : nous avons le pouvoir d'imaginer mieux. (p.67) 

Jour 17 du Challenge Feel Good 

  Retrouvez toutes les informations et l'agenda sur la page du challenge !

       

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03 janvier 2019

Imparfaits, libres et heureux : pratiques de l'estime de soi, Christophe André

Imparfaits, libres et heureux pratiques de l'estime de soi, Christophe AndréImparfaits, libres et heureux : pratiques de l'estime de soi, est un ouvrage écrit par le psychiatre Christophe André. Il est paru en 2006 aux éditions Odile Jacob.

On ne présente plus Christophe André, qui a permis grâce à ses livres de vulgariser la psychologie et la rendre accessible au plus grand nombre. S'il ne devait y avoir qu'un livre de développement personnel à avoir, selon moi, ça serait celui-là. Christophe André y aborde avec la finesse qui lui est propre les troubles de l'estime de soi et aide à les identifier pour mieux s'en protéger. Véritable guide personnel, il permet au lecteur d'engager un travail intime sur l'estime de soi pour ne plus se soucier du regard des autres, craindre le jugement ou l'échec, et avancer plus sereinement dans la vie.      
Lu il y a quelques années, alors que je traversais des heures sombres qui ont fait vacillé le peu d'estime que j'avais pour moi, je me suis replongée dans ces pages à l'occasion du Challenge Feel Good. Et ça fait un bien fou ! Parce que nous avons tous - quelle que soit notre éducation, notre enfance, notre milieu social, notre vie d'adulte - des troubles d'estime de soi plus ou moins ancrés. Et bien souvent, ils sont à l'origine d'autres troubles : peur du rejet, incapacité à prendre soin de soi, auto-destruction, complexes divers, addictions variées, jalousie, envie, etc. L'estime de soi est la base de tout. Et Christophe André nous aide à en prendre soin pour mieux vivre.      
Extrêmement documenté et pourvu d'une bibliographie conséquente, l'ouvrage se découpe en cinq parties pour balayer le sujet et avancer à son rythme :

1/L'estime de soi, c'est tout ça...
2/ Prendre soin de soi      
3/ Vivre avec les autres      
4/ Agir, ça change tout !      
5/ L'oubli de soi

Imparfaits, libres et heureux est et restera une lecture marquante dans ma vie. Il y a eu un avant et un après. Même si j'ai avancé sur la question, je sais qu'il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine me concernant. Un livre majeur que chacun devrait avoir dans sa bibliothèque pour le lire et y revenir régulièrement.

Jour 3 du Challenge Feel Good 

Retrouvez toutes les informations et l'agenda sur la page du challenge !

     

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11 novembre 2018

Sorcières : la puissance invaincue des femmes, Mona Chollet

Sorcières Mona CholletSorcières : la puissance invaincue des femmes est un essai de la journaliste franco-suisse Mona Chollet. Il est paru en septembre 2018 aux éditions Zones.

La sorcière, cette femme âgée, ridée, au nez crochu et aux cheveux fous, volant sur son balai, hante l'inconscient collectif. Persécutée en Europe durant la Renaissance, l'image de la sorcière est aujourd'hui récupérée par les féministes actuelles et étudiée dans cet essai par Mona Chollet  sous quatre angles d'approche : celui de la femme indépendante, de la femme sans enfant, de la femme âgée mais également à travers le prisme de la guerre faite aux femmes et à la nature et la vision du monde qui en a découlé.

Sujet éminemment sensible et intéressant, la place de la femme dans l'Histoire et plus particulièrement des femmes accusées de sorcellerie a retenu toute mon attention.      
Mona Chollet décortique dans cette essai le mythe de la sorcière en le reliant aux combats féministes d'hier et d'aujourd'hui. Elle n'épargne ni l'actuel aspect mercantile de la sorcellerie (aujourd'hui, il existe un réel marché de grigris, bougies, grimoires, cristaux, etc.), ni l'influence de l'industrie cosmétique censée éviter la vieillesse aux femmes, en passant par la question de la non maternité - toujours aussi peu comprise aujourd'hui - mais aussi le désapprobation de l'indépendance féminine, la contraception ou encore la disqualification des femmes  âgées sur le plan sexuel ou amoureux ou la question des écarts d'âge dans les couples.     
Ce qui m'a le plus marqué, c'est cette construction culturelle, dès l'enfance, de la beauté et de la jeunesse comme idéal. Même Walt Disney, en opposant jeunesse et vieillesse, beauté et laideur, participe de cet élan inconscient qui fera tendre les femmes vers un idéal de beauté (et une dépréciation lorsqu'elles s'en éloigne) et de jeunesse, à grands renforts de produits miraculeux. Les références se succèdent et ne se ressemblent pas, permettant d'ouvrir les yeux sur un regard sociétal biaisé et des injonctions diverses faites aux femmes.    
L'essai est dense, Mona Chollet adjoint à sa réflexion de nombreuses et pertinentes références bibliographiques, et amène à réfléchir. Loin d'être indigeste, l'ensemble se lit avec fluidité, interrogeant sans cesse les représentations de la femme à l'aune de l'image de la sorcière. A lire absolument !

"On peut présumer que si, aujourd’hui, les femmes sont réputées se flétrir avec le temps alors que les hommes se bonifient, si l’âge les pénalise sur le plan amoureux et conjugal, si la course à la jeunesse prend pour elles un tour aussi désespéré, c’est largement en raison de ces représentations qui continuent de hanter notre imaginaire, des sorcières de Goya à celles de Walt Disney. La vieillesse des femmes reste, d’une manière ou d’une autre, laide, honteuse, menaçante, diabolique."

"Le seul destin féminin concevable reste le don de soi."

"Un homme qui ne devient pas père déroge à une fonction sociale, tandis qu'une femme est censée jouer dans la maternité la réalisation de son identité profonde."

"Celles qui refusent la maternité sont aussi confrontées au préjugé selon lequel elles détestent les enfants, telles les sorcières dévorant à belles dents de petits corps rôtis durant le sabbat ou jetant un sort mortel au fils du voisin."

Si vous voulez en savoir plus, deux podcasts dans lesquels Mona Chollet est venue parler de son livre :

Sorcières#1 de La Poudre

 


 Du bûcher à #MeToo, la revanche des "sorcières" ? dans l'émission La Grande table idées sur France Culture

Challenge Halloween 2018, Halloween, logo

 

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18 avril 2017

Les livres prennent soin de nous, Régine Détambel

les livres prennent soin de nousLes livres prennent soin de nous est un essai de la kinésithérapeute et formatrice en bibliothérapie créative Régine Détambel, paru en 2015 chez Actes Sud. 

Quand la vie fait mal, les livres sont de précieux alliés. Par leurs mots, leur musicalité, leurs personnages, les métaphores qu'ils convoquent, ils permettent à celui qui souffre - de détresse psychique ou physique - de s'évader, de trouver un temps où la douleur n'est plus, de faire un pas de côté pour mettre à distance l'objet de la souffrance.

Dégoté à Livre Paris le mois dernier, cet essai a attiré mon attention sur le stand d'Actes Sud, par son propos et ses premières pages. Je n'ai donc pas tardé à le découvrir. Régine Détambel montre tout au long de cet essai le pouvoir des livres, particulièrement dans des situations difficiles. En s'appuyant sur des recherches en bibliothérapie, elle balaie le spectre des situations dans lesquelles le livre est un remède, une aide pour le lecteur. Très court, largement accessible au plus grand nombre, Les livres prennent soin de nous est une sorte d'avant-goût qui permet de découvrir la bibliothérapie au sens médical du terme.

Si j'ai aimé plonger dans le concept de bibliothérapie, je dois avouer que l'ensemble ne m'a pas réellement convaincue. Trop léger, l'essai reste en surface et aborde trop rapidement chaque axe. J'aurais dû m'en douter vu la brièveté du texte, mais je crois qu'au fond de moi j'en attendais plus. J'ai refermé ces pages alléchée, mais frustrée et avec l'impression finalement d'avoir appris trop peu sur la question. Petit florilège de citations qui ont néanmoins retenu mon attention et autour desquelles j'aurais aimé en savoir plus.

"La bibliothèque n'est pas, ne sera jamais, une pharmacopée maîtrisable." (p.83)

"Quand la vie emmure, l'intelligence perce une issue... Si l'écrivain publie, c'est d'abord parce que la littérature a commencé par modifier sa propre vie. Il est un lecteur averti, qui sait qu'un livre, un seul, peut parfois changer la donne, transformer le regard, ouvrir des horizons, mobiliser des énergies inconnues, infléchir la direction d'une existence." (p.85)

"C'est le propre de la narration que d'effacer l'idée même que le monde soit fragmentaire ; elle n'a sans doute pas d'autre but et c'est l'essentiel de la jouissance qu'elle procure. Elle comble les vides et ne joue des ellipses que dans l'éclat des transitions." (p.86)

"Lire et écrire serait donc le geste de se créer un cocon protecteur et exploratoire. On se protège pour pouvoir mieux explorer le monde. Le papier serait-il donc du sparadrap ?" (p.90)

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12 mars 2017

Fragments, Marilyn Monroe

Fragments, Marilyn MonroeFragments est une compilation des écrits de la blonde la plus célèbre du cinéma américain, parue en grand format en 2010 chez Seuil, puis en poche en 2012.

De Marilyn, on ne retient généralement qu'une présence radieuse et une beauté insolente portées par une blondeur candide. Une femme-enfant séductrice qui irradiait à l'écran.

Durant sa brève existence, pourtant, la belle n'a eu de cesse de lire, d'écrire et de s'interroger. Sur le monde, sur les relations humaines, sur son enfance, sur son art. Poèmes, lettres, écrits intimes, listes, journal, Marilyn a couvert de son écriture ronde et survoltée des dizaines de feuilles éparses et de carnets.

Véritables témoins de cet esprit aiguisé, poétiques, introspectifs, souvent torturés, parfois drôles, loin de la présence magnétique mais superficielle qu'elle incarnait à l'écran, ces écrits offrent une autre vision de Norma Jeane, son vrai nom. Ils replacent Marilyn à sa juste place, celle d'une artiste et d'une intellectuelle qui n'a eu de cesse de travailler pour pallier son manque d'éducation. Une perfectionniste passionnée par les mots et la littérature, qui a côtoyé Truman Capote, Karen Blixen ou encore Carson McCullers, sans oublier Arthur Miller, son troisième époux. 

Le livre en lui-même est un très bel objet (et encore, je n'ai que la version de poche) et met en face à face les photos des écrits de Marilyn et une traduction la plus fidèle possible de ces derniers.

Seule actrice de cette époque à être régulièrement photographiée un livre à la main, Marilyn a longtemps été réduite au rang de blonde écervelé dans laquelle certains de ses rôles l'ont cantonnée. Fragments permet de mettre en lumière son monde intérieur et sa présence poétique. Un incontournable.

 

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05 février 2017

Touriste, Julien Blanc-Gras

Touriste, Julien Blanc-GrasTouriste est le troisième livre du journaliste globe-trotter Julien Blanc-Gras paru en 2011 aux éditions Au Diable Vauvert. 

Julien Blanc-Gras se qualifie ni plus ni moins de touriste. Ni explorateur, ni Indiana Jones des temps modernes, juste touriste. Quelqu'un qui parcourt le monde en dilettante, à la rencontre des autres, de leur culture, de leur histoire, de leur quotidien. Touriste est un récit de ses escapades diverses et variées aux quatre coins du monde.

Voyager, c'est un peu ma vie (comme H&M, Monoprix et les crêpes diraient certaines...) et comme Julien Blanc-Gras, si je reste trop longtemps à un endroit, je finis par avoir les semelles qui me démangent (c'est le cas en ce moment). Ce livre était donc fait pour moi et je me suis régalée à sa lecture.

De la Chine au Proche-Orient, du Royaume-Uni à l'Inde, de la Polynésie au Brésil en passant par Madagascar et le Mozambique, je me suis retrouvée dans beaucoup de réflexions et de situations décrites par l'auteur et j'ai éclaté de rire plus d'une fois. Car sous couvert d'un regard observateur sur les pays qu'il parcourt, cet amoureux de la géographie et de la cartographie nous livre avec un humour très fin le fruit de ses pensées sur les us et coutumes des autochtones mais aussi - et surtout - sur les touristes. Jamais hautain ni donneur de leçon mais en toute humilité, il parcourt le monde sans jamais être dupe de ce qu'il voit ou ce qu'il vit. C'est beau, souvent drôle, parfois triste, toujours finement étudié.

J'avais commencé à l'envers en lisant l'adapation de ce livre en BD par Mademoiselle Caroline chez Delcourt. Je ne regrette absolument pas d'être revenue à la source en découvrant ce texte. A mettre entre les mains des voyageurs, mais pas que. On est tous touristes...

"Le caractère magique des cartes m'offrait mon premier choc esthétique. Aujourd'hui encore, je reste persuadé que la projection de Mercator, en dépit de ses imperfections, dévoile une grâce supérieure à la Joconde." (p.10)

"Certains veulent faire de leur vie une oeuvre d'art, je compte en faire un long voyage. Je n'ai pas l'intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir les sommets vertigineux, ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas si exigeant. Touriste, ça me suffit. Le touriste traverse la vie, curieux et détendu, avec le soleil en prime. Il prend le temps d'être futile. De s'adonner à des activités non productives mais enrichissantes. Le monde est sa maison. Chaque ville, une victoire. Le touriste inspire le dédain, j'en suis bien conscient. Ce serait un être mou, au dilettantisme disgracieux. C'est un cliché qui résulte d'une honte de soi, car on est toujours le touriste de quelqu'un." (p.12)

"J'ai fait une expérience inédite. C'est une bonne nouvelle en soi. Certaines personnes ne font jamais rien pour la première fois. Ils naissent, ils achètent un canapé, ils meurent." (p.75)

"Dans la plupart des pays, ma couleur de peau trahit le gringo. Je trimballe l'Occident avec moi, je ne peux pas y échapper. Mes origines inspirent la fascination ou le ressentiment, et toute la palette de préjugés se situant entre les deux." (p.109)

"Je n'ai rien contre la géopolitique de comptoir, c'est un miroir grossissant des névroses d'une société." (p.123)

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11 février 2016

Le charme discret de l'intestin, Giulia Enders

Le charme discret de l'intestinLe charme discret de l'intestin est un essai de la toute jeune chercheuse allemande en médecine Giulia Enders paru en avril 2015 chez Actes Sud. Récompensé par le Prix de la Nuit de la Science à Berlin, cet essai un peu intimiste à l'origine est un succès inattendu en librairie publié dans une trentaine de pays.

L'intestin, cet organe mal aimé - comme l'indique la couverture - recèle en réalité moult trésors... C'est en faisant des tests sur son alimentation et en cherchant les causes d'une maladie de peau importante qui se déclare lorsqu'elle a dix-sept ans que l'auteure fait d'importantes découvertes. Et si l'on n'attachait finalement pas assez d'importance à celui que la médecine chinoise appelle notre deuxième cerveau ? Et si finalement, l'adage "je suis ce que je mange" était une réalité ? Et si des choses aussi diverses que l'irritabilité, la dépression, le diabète, le surpoids ou encore des problèmes dermatologiques étaient dus à un déséquilibre de cet organe ? Giulia Enders s'attèle à rétablir la vérité et à restaurer la légitimité de l'intestin en nous invitant à une visite guidée au coeur de notre système digestif, en faisant le point sur les dernières recherches sur le sujet et expliquant très clairement le rôle des bactéries dans notre corps et la différence entre prébiotiques et probiotiques.

Passionnant, je n'aurais pas d'autre mot ! Cet essai est un régal de vulgarisation scientifique, accessible à tous. Je me suis régalée à découvrir ce qui se passe réellement en nous dès que nous ingérons de la nourriture, comprendre le mécanisme en oeuvre lorsque nous vomissons ou encore comment notre flore intestinale est constituée. En ouvrant Le charme discret de l'intestin, vous découvrirez par exemple que les antibiotiques ingérés par les volailles nous sont transmis lorsque nous les mangeons et peuvent causer des dérèglements de notre flore intestinale, qu'une dépression peut cacher un dysfoncionnement de l'intestin ou encore que notre goût pour le sucre est dû en partie au fait que notre cerveau est ravi de recevoir un aliment facilement assimilable et transformable en énergie et nous le fait savoir.

Le gros point fort de cet essai est d'être très drôle et de traiter ce sujet éminemment tabou de notre société avec légèreté et recul. Les bactéries se transforment en petits soldat qui mènent une guerre sans merci dans nos entrailles, nos sphincters se transforment en petits personnages et le gros intestin en paresseux un peu mou. Illustrés par sa soeur, les propos de Giulia prennent une toute autre dimension et évitent de sombrer dans l'écueil de l'essai scientifique rasoir par excellence. On rit, on s'interroge, on s'exclame aussi, en lisant ces pages, et les petits dessins de Jill Enders participent du charme de l'ensemble. 

Peut-être que dis comme ça, je ne vous passionne pas, mais faites-moi confiance ! (et faites confiance aussi au succès surprise bien mérité de ce livre ) Je suis intarissable sur cet essai depuis que je l'ai lu et je l'ai déjà conseillé à pas moins de dix personnes de mon entourage, mue par un enthousiasme que j'espère contagieux. C'est honnêtement un livre qu'il serait bon de mettre dans toutes les mains. Tout le monde a quelque chose à y apprendre sur son propre corps... Et zou ! Même si l'appellation me gêne, c'est quand même un coup de coeur !

 

J'ai découvert cet essai en lecture commune avec Tiphanie. Elle a été conquise elle aussi, n'hésitez pas à aller lire son billet !

Lectures communes


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17 octobre 2015

Des bibliothèques pleines de fantômes, Jacques Bonnet

Des bibliothèques pleines de fantômesDes bibliothèques pleines de fantômes est un essai de l'auteur, éditeur et traducteur Jacques Bonnet paru chez Denoël en 2008.

S'interrogeant sur les bibliothèques et leurs propriétaires, Jacques Bonnet propose ici un petit traité sur l'art d'aimer les livres et les problèmes qui en découlent : comment classer ses livres, comment vivre parmi eux, quels rapports entretenir avec les personnages sont autant de questions qui émergent dans ces pages et interrogent le lecteur sur ses propres pratiques.

J'avais adoré La bibliothèque, la nuit d'Alberto Manguel, découvert alors que je préparais mon concours et j'ai voulu revenir sur ces questions de bibliothéconomie et de pratiques de lecteur. Cet essai m'en a donné la possibilité et j'ai éprouvé du plaisir à sa lecture. 
Moins fouillé et approfondi que l'essai de Manguel, il complète parfaitement cette lecture en proposant une analyse personnelle de l'auteur sur les bibliothèques et les pratiques qui découlent de la lecture. 
Le style est fluide et très accessible pour quiconque a envie de se pencher sur la question et permet de rentrer facilement dans le raisonnement de Pierre Bonnet. 
Pour ma part, et parce que j'aime particulièrement les essais traitant des livres et de la lecture - déformation professionnelle - j'ai passé un agréable moment en compagnie des fantômes des bibliothèques évoquées par Pierre Bonnet et j'ai apprécié son hommage aux livres.

"Les livres sont coûteux à l'achat, ne valent rien à la revente, sont hors de prix lorsqu'il faut les retrouver une fois épuisés, sont lourds à porter, prennent la poussière, craignent l'humidité et les souris, sont à partir d'une certaine quantité quasi impossibles à déménager, nécessitent un classement précis pour pouvoir être utilisés et, surtout, dévorent l'espace." (p.16)

"Je m'aperçus après un certain temps que les livres n'étaient pas simplement un moyen d'évasion salutaire mais qu'ils contenaient aussi les outils permettant de décrypter la réalité environnante." (p.21)

"Or la lecture démultiplie notre réalité forcément limitée, et nous permet de pénétrer les époques éloignées, les coutumes étrangères, les coeurs, les esprits, les motivations humaines, etc." (p.35)

"Avec l'écriture, et donc la lecture, l'homme n'a pas effectué un saut culturel simplement quantitatif, il a mentalement changé d'échelle." (p.59)

"Le nom d'un livre lu (conquis ?) n'a plus rien à voir avec ce qu'il représentait auparavant. Le livre va ensuite vivre sa propre vie dans notre mémoire. Il va, souvent, tomber dans l'oubli. Mais il arrive aussi qu'il se développe de manière autonome, que l'intrigue se transforme, que la fin n'ait plus rien à voir avec celle écrite par l'auteur, que sa longueur se modifie radicalement." (p.62)

"Les destructions volontaires et systématiques de livres ont été innombrables dans l'histoire et ont, presque toujours, annoncé ou accompagné la persécution de leurs lecteurs potentiels." (p.128)

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14 janvier 2015

La nuit de Bombay, Michèle Fitoussi

La nuit de BombayLa nuit de Bombay est un essai de la journaliste Michèle Fitoussi paru en septembre 2014  aux éditions Fayard.

26 novembre 2008. Bombay est la proie d'une série d'attentats commandités par des terroristes islamistes. 165 personnes y perdent la vie. Parmi eux, Loumia Hiridjee, créatrice de la marque de lingerie Princesse tam.tam.
A Pondichéry à ce moment-là et en route pour la rencontrer, Michèle Fitoussi est sous le choc.
Après deux ans de recherches et de rencontres avec les proches de Loumia, elle livre ici un vibrant hommage à cette femme au parcours hors du commun et au destin tragique. 

Ouvrir La nuit de Bombay, c'est tout d'abord plonger dans la vie de Loumia et la success stroy de la marque de lingerie qu'elle a créée avec Shama, sa soeur. Michèle Fitoussi rend hommage à cette créatrice de génie, cette femme d'affaire que rien ne destinait à un tel succès et en dresse un portrait haut en couleurs. Loumia est vibrante, pétillante, sous la plume de celle qui l'a rencontrée quelques fois, et le lecteur a l'impression de la voir naître et s'émanciper des mots de Michèle Fitoussi pour exister sous ses yeux. C'est beau. C'est tragique aussi, vu le postulat de départ, mais en cela Michèle Fitoussi excelle dans son hommage à celle qu'elle aurait voulu connaître davantage.
Mais ouvrir La nuit de Bombay, c'est aussi s'immerger dans un flot d'émotions. Celles de l'auteure, tout d'abord, qui tente de comprendre la vie de Loumia. En allant à la rencontre de ses proches, de ses amis, en allant sur les terres de son enfance, elle mène un réel travail d'enquête qui vise à enrichir son propos et lui offre une légitimité certaine. 
Ce sont les émotions suscitées par cette lecture, ensuite. Malgré un ton qui évite tout pathos, le sujet est grave, lourd, et l'auteure impliquée émotionnellement.  Le lecteur avance pas à pas, en sa compagnie, vers l'innomable. Vers l'indicible. Il le sait d'avance, en ouvrant ce livre, mais la gradation du récit vers ce point de rupture qu'est la série d'attentats du 26 novembre 2008, entraîne un flot d'émotions difficile à maîtriser. Et l'auteure, malgré la distance qu'elle souhaite mettre avec l'événement pour en rendre compte, semble éprouver des difficultés à avancer elle aussi dans son récit.
Michèle Fitoussi signe ici un hommage très émouvant. On sent derrière tout ce travail une volonté de partir à la rencontre d'une autre, certes, mais aussi une tentative d'expliquer l'inexpliquable pour mieux le digérer.
Pour ma part, j'ai été très émue par cette lecture. Par le parcours incroyable de cette femme - et je pèse mes mots -, par sa complicité avec sa soeur et leur complémentarité, par sa disparition, évidemment. Il y a de l'identification de ma part, c'est certain, pour la complicité entre ces deux soeurs. Et c'est peut-être ce qui m'a le plus émue finalement.
J'ai refermé ce livre bouleversée. Avec l'étrange impression d'avoir rencontré Loumia, cette femme incroyable et protéiforme, qui vit encore grâce aux souvenirs que les gens ont d'elle.

"Certains m'ont fermé la porte. Je n'ai pas insisté. Nous avons tous nos douleurs, nos mystères, nos raisons de nous taire. L'amitié, l'affection, la fidélité l'ont emporté chez les autres, qui ont bien voulu me parler. Chacun avait sa Loumia en tête. Elle ne coïncidait pas toujours. Et puis, par petites touches, son portrait s'est dessiné, complexe et dense, lumineux et parfois sombre." (p.37)

"C'est sans doute parce que cette histoire raconte celle de deux soeurs, dont l'une ne sera plus jamais là pour l'autre, qu'elle me bouleverse à ce point." (p.79)

"Ce nom est un concentré de ce qu'elles sont et de ce qu'elles aspirent à devenir. Princesse tam.tam contient tout à la fois : l'Inde, l'Afrique, le métissage, l'exotisme, l'exil, l'identité, le décalage, l'ambition, la réussite, l'humour, la musique, la danse, le cinéma, la beauté. Et la féminité juvénile, entre contre de fées et bande dessinée." (p.113)

"Encore une fois, je ralentis mon récit. Je parle des autres, pour éviter de parler d'eux. J'ai trop peur de ce qui va suivre." (p.303)

L'avis de L'Irrégulière sur ce récit. Un grand merci à Dominique et aux éditions Fayard pour ce livre.

10906451_613545512106612_7981170696396259077_nVoici ma première participation au Reading Challenge 2015, et pour plusieurs points :

9 - Un livre écrit par une femme
13 - Un livre qui se passe dans un autre pays
14 - Un livre qui n'est pas une fiction
19 - Un livre qui se fonde sur une histoire vraie

***

Une chronique une semaine après l'horreur qui a frappé Charlie Hebdo.
J'aurais aimé participer à la BD du mercredi consacrée aux grands dessinateurs disparus lors de ce mercredi noir mais tous les exemplaires de leurs oeuvres étaient empruntés à ma bibliothèque. Alors je participe avec ce billet. Pour ne pas oublier les événements tragiques de Bombay le 26 novembre 2008, comme nous ne pourrons oublier le 7 janvier 2015. Les mots me manquent pour en parler davantage.


***

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23 mai 2014

Dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson

Dans les forêts de SibérieDans les forêts de Sibérie est un essai de l'écrivain et voyageur Sylvain Tesson paru en 2011 chez Gallimard et couronné du Prix Médicis la même année. 

Six mois seul dans une isba au bord du lac Baïkal. Coupé du monde, seul face à lui-même et dans l'immensité sibérienne. Voilà le défi que s'est lancé Sylvain Tesson en 2010. Pour regarder la vie différemment. Pour réapprendre la simplicité et se réapproprier la notion de liberté. Dans les forêts de Sibérie est son journal de bord.

Éloge de la lenteur et de la contemplation, cet essai est à la fois une expérience humaine intense et une lecture fascinante. Le choix de Sylvain Tesson de se retirer du monde pour mieux l'analyser est sage, certes, mais sa manière de le faire dénote d'une force de caractère inouïe qui frôle parfois l'inconscience.  
De cette quête tournée vers soi et vers le monde naît une réflexion des plus intéressantes. Sylvain Tesson s'interroge. Sur le monde, certes, mais aussi sur la notion de liberté, de bonheur, de temps. Et le lecteur, au fil des pages, entre dans la solitude de l'auteur pour mieux la contempler, à ses côtés. 
Chaque jour amène son lot de nouveautés, de réflexion. De doutes, aussi. Surtout. Car Sylvain Tesson entreprend un réel travail introspectif qui remet tout en cause. Quitte à y perdre beaucoup. Comme l'amour de la femme qu'il aime. Et c'est tout en pudeur qu'il évoque ces moments-là, sans jamais se départir de son projet fou. C'est émouvant, extrême aussi - à la hauteur du nombre incalculable de litres de vodka qu'il ingurgite ! - et pourtant, chaque phrase suinte une authenticité remarquable. Pour ce voyageur intrépide, la solitude et l'inaction sont contre-nature. Mais c'est dans cette expérience qu'il parvient à trouver une certaine forme de sérénité. 
Je me suis glissée dans l'isba, doucement, à ses côtés. J'ai regardé la neige tomber avec lui. Tremblé quand un ours s'approchait de la cabane. Souffert par empathie des longues marches dans la neige pour atteindre la première habitation. Patienté dans ce temps qui s'étire et cette lenteur qui prend le pas sur tout. Été émue, enfin, par tant de beauté.   
Conquise, c'est certain. Emphatique, je pourrais l'être, sans fin, sur cet essai très poétique. Mais je préfère vous livrer un florilège de citations qui m'ont chamboulée au fil des pages. Comme si j'avais, le temps de cette lecture, remis moi aussi le temps et la solitude à leur juste place.

"J'ai connu l'hiver et le printemps, le bonheur, le désespoir et, finalement, la paix." (p.9)

"Se lever de son lit demande une énergie formidable. Surtout pour changer de vie. Cette envie de faire demi-tour lorsqu'on est au bord de saisir ce que l'on désire. Certains hommes font volte-face au moment crucial. J'ai peur d'appartenir à cette espèce." (p.23)

"J'admire les gens mutiques, je m'imagine leurs pensées." (p.23)

"Quand on se méfie de la pauvreté de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres : on pourra toujours remplir son propre vide." (p.32)

"Il suffisait de demander à l'immobilité ce que le voyage ne m'apportait plus :  la paix." (p.41)

"Un jour, on est las de parler de "décroissance" et d'amour de la nature. L'envie nous prend d'aligner nos actes et nos idées. Il est temps de quitter la ville et de tirer sur les discours le rideau des forêts." (p. 43)

"Marcher sur la neige, c'est ne pas supporter la virginité du monde." (p.45)

"La cabane est un laboratoire. Une paillasse où précipiter ses désirs de liberté, de silence et de solitude. Un champ expérimental où s'inventer une vie ralentie." (p.49)

"Au réveil, mes journées se dressent, vierges, désireuses, offertes en pages blanches. Et j'en ai par dizaines en réserve dans mon magasin. Chaque seconde d'entre elles m'appartient. Je suis libre d'en disposer comme je l'entends, d'en faire des chapitres de lumière, de sommeil ou de mélancolie. Personne ne peut altérer le cours de pareille existence. Ces jours sont des êtres d'argile à modeler. Je suis le maître d'une ménagerie abstraite." (p.51)

"Une fois ankylosé dans la graisse du conformisme et enkysté dans le saindoux du confort, on est mûr pour l'appel de la forêt." (p.159)

"Penser qu'il faudrait le prendre en photo est le meilleur moyen de tuer l'intensité d'un moment." (p.194)

"Il est bon de savoir que dans une forêt du monde, là-bas, il est une cabane où quelque chose est possible, situé pas trop loin du bonheur de vivre." (p.288)

"Ici, j'ai demandé au génie d'un lieu de faire la paix avec le temps." (p.289)

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