Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.




16 mai 2019

Tout ce que je sais sur l'amour, Dolly Alderton

Tout ce que je sais sur l'amourTout ce que je sais sur l'amour est le premier ouvrage de la journaliste et chroniqueuse britannique Dolly Alderton. Lauréat du National Book Award 2018, il est paru en février 2019 en France chez Mazarine.

Dolly Alderton, bientôt trente ans, aborde avec beaucoup d'humour la question de sa vie sentimentale. Digne héritière de la génération Y, la jeune femme, qui a grandi dans la banlieue londonienne, raconte avec un humour féroce ses déboires amoureux, des balbutiements des tchats sur MSN aux débuts de Facebook en passant par ses rendez-vous ratés, ses colocations diverses et variées et ses soirées dans les pubs. 

Intriguée par le résumé de ce livre, j'ai eu très envie de découvrir cette Bridget Jones réelle, cette anglaise à l'humour ravageur qui fait état de sa vie sentimentale un brin bancale. Et dès le début, Dolly Alderton donne le ton : "Si on ne vit pas ça à l'âge adulte, c'est qu'on a raté sa vie, comme toutes ces profs d'arts plastiques qui sont des "Mlles" au lieu d'être des "Mmes", portent des bijoux ethniques et ont des cheveux tout frisés." Cinglant, un peu grinçant, le livre s'apparente à une chronique sociale d'une génération désenchantée par les relations amoureuses.  
Tout ce que je sais sur l'amour est irrémédiablement teinté de nostalgie, d'une pointe de regrets parfois. Le lecteur décode à travers les nombreux traits d'humour de la journaliste une certaine forme de solitude, comblée par ses amitiés féminines nombreuses. La pression sociale d'être en couple est palpable, au fil des pages, et le fait de ne pas réussir à l'être, vécu comme un échec. Le conformisme social est fort, et Dolly Alderton n'y échappe pas. 
Malgré cet humour ravageur plus profond qu'il n'y parait, les 423 pages de l'ensemble m'ont paru à la longue un peu indigestes. Je me suis lassée, au fil de ma lecture, des aventures de Dolly parfois répétitives. Je remercie néanmoins les éditions Mazarine pour la découverte de ce livre. 

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27 avril 2019

La vérité sur Dix petits nègres, Pierre Bayard

La vérité sur dix petits nègresLa vérité sur Dix petits nègres est le dernier essai de critique policière de l'universitaire et psychanalyste Pierre Bayard. Il est paru en janvier aux éditions de Minuit. 

Tout le monde connaît le célèbre roman d'Agatha Christie, Les dix petits nègres. Dix personnages, sur une île en pleine tempête, sont tués chacun leur tour, tandis qu'une comptine macabre hante les murs et que des statuettes disparaissent au fur et à mesure des meurtres. Et si le meurtrier n'était pas celui que la Reine du crime a désigné comme tel ? Et si, malgré tous les indices, les lecteurs du monde entier s'étaient fourvoyés depuis quatre-vingts ans en n'identifiant pas le bon coupable ? Pierre Bayard donne la parole au meurtrier pour qu'il explique ce qui s'est réellement passé sur l'île. 

Entre Pierre Bayard et moi, c'est une histoire qui dure depuis longtemps. Je l'avais découvert avec sa première critique policière Qui a tué Roger Ackroyd ? il y a dix ans, et, conquise, j'avais poursuivi avec L'affaire du Chien des Baskerville, Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ? et enfin Et si les oeuvres changeaient d'auteur ?  
A chaque fois séduite par son style et sa déconstruction des grands classiques de la littérature, j'ai succombé à l'appel de son dernier essai, après être allée l'écouter en parler à la Librairie Autour du Monde près de chez moi.   
Encore une fois, il nous entraîne dans une relecture d'un classique du genre et cherche les invraisemblances du texte pour en proposer une solution alternative élégante, plausible et logique.  
L'exercice de style n'est pas évident mais Pierre Bayard s'en sort avec brio, comme toujours, empruntant aux illusions d'optique, à la psychologie, à la prestidigitation ou encore aux fantasmes liés à l'île pour expliquer son raisonnement.  
Nul besoin d'avoir parfaitement l'oeuvre de Christie en tête, le début de l'essai étant consacré à un résumé des personnages, des faits et de leur chronologie dans l'oeuvre originelle. S'ensuit une deuxième partie consacrée aux invraisemblances et impossibilités de la solution proposée par la romancière. Une troisième partie s'attarde sur ce qui permet de fausser le jugement du lecteur, grâce à une série d'aveuglements multiples, avant une dernière partie consacrée à la solution proposée par Pierre Bayard, à travers son personnage meurtrier.  
L'ensemble, pointu et teinté d'ironie, se lit avec délectation, tout en restant très largement accessible. C'est bien simple, pour ma part j'ai dévoré une grosse moitié dans l'avion qui m'amenait à Londres, avant de le terminer au calme sur ma terrasse. Encore une fois Pierre Bayard réussit le pari de déconstruire une oeuvre littéraire avec élégance. A découvrir sans tarder ! De mon côté, je vais aller fouiner du côté d'Intercripol, association de recherches universitaires pour traquer les personnages criminels. 

"Aborder une île ou en rêver, c'est laisser revenir en soi des récits de l'enfance et se vivre en héros de roman à la découverte de secrets enfouis." (p.127)

"Aussi terrifiante soit-elle, toute histoire nous aide à mettre de l'ordre dans le désordre des faits, le plus souvent aléatoires, qui constituent nos existences." (p.128)

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31 janvier 2019

Un prof heureux peut changer le monde, Thich Nhat Hanh et Katerine Weare

Un prof heureux peut changer le mondeUn prof heureux peut changer le monde est un essai coécrit par le moine bouddhiste vietnamien Thich Nhat Hanh et l'universitaire britannique Katherine Weare. Il est paru en mai 2018 aux éditions Belfond.

Dans cet essai préfacé par Jon Kabat-Zinn - élève de Thich et professeur de médecine qui promeut la pleine conscience pour réduire le stress - les deux auteurs nous présentent huit pratiques de pleine conscience à mettre en place en classe :

1/La respiration : entrer en contact avec sa respiration, et respirer en pleine conscience dans la vie quotidienne.

2/La cloche de pleine conscience : pourquoi sonner la cloche, l'inviter et comment l'écouter avec ses élèves.

3/ S'assoir : s'assoir comme une montagne et trouver la meilleure position assise.

4/ Marcher : marcher pour juste marcher, et marcher en pleine conscience en cercle.

5/ Le corps : corps et esprit réunis, les dix mouvements de la pleine conscience, la relaxation profonde, s'allonger dans la classe. 

6/ Manger : manger en pleine conscience, le cosmos dans une carotte, la méditation de la mandarine, faire un repas en pleine conscience.

7/ Prendre soin de nos émotions  : ni boue ni lotus, utiliser la respiration pour entrer en contact avec ses émotions, l'arbre sous la tempête, la méditation des cailloux.

8/ Être ensemble : l'écoute profonde et la parole aimante, partage en cercle, le nouveau départ. 

A travers ces pratiques, expliquées, détaillées, et en toute laïcité, Thich nous transmet l'essence même de la pratique de la pleine conscience, pratique centrale du Village des Pruniers, qu'il a fondé en 1982 en Dordogne après son exil du Vietnam, son pays d'origine, alors qu'il militait pour la paix. Les principes sont clairs, les pratiques expliquées et adaptées selon le public, et la pédagogie bien amenée. 
J'ai adoré parcourir ce livre, prendre des notes, réfléchir à ma propre pratique. Avoir envie de pratiquer plus, bref, j'ai adoré !  Adeptes de la méditation ou non, enseignant ou non (même si le livre est clairement adapté pour le milieu scolaire !), vous trouverez dans cet essai une foule de pistes et de réflexions pour mettre en place un temps de pleine conscience. 
Pour ma part, après avoir dévoré le livre, et après de nombreuses années de pratique personnelle seule ou avec des enseignants, j'ai mis en place un atelier bien-être dans mon lycée, durant lequel je propose à mes élèves un temps d'échange thématique et une pratique de méditation. Et le retour est vraiment positif ! A tel point qu'avec les infirmiers et les CPE, nous allons mettre en place un atelier hebdomadaire de gestion du stress au retour des vacances de Pâques, pour préparer à la période des examens. 
Bref, ce livre a été la petite goutte d'eau dont j'avais besoin pour me lancer dans le cadre éducatif. Un incontournable pour enseigner aujourd'hui et rendre plus serein le climat scolaire. Une parfaite lecture pour clore le Challenge Feel Good, partagée avec Myrtille 
et Amélie. Je rédigerai un autre billet de clôture du challenge en début de soirée. 

Jour 31 du Challenge Feel Good 

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28 janvier 2019

Planète végane, Ophélie Véron

Planète véganePlanète végane est un essai d'Ophélie Véron, fondatrice du blog Antigone XXI. Enseignante chercheuse en sciences sociales et spécialiste des mouvements sociaux, Ophélie Véron est l'une des ambassadrices du véganisme dans le monde francophone. Son essai est paru en mai 2017 chez Marabout.

Dans cet essai, l'auteure, végane depuis 2011, décortique le véganisme. En revenant à ses origines, en expliquant les idées fortes du mouvement et en délivrant une foule d'informations, elle permet à chacun  d'amorcer une réflexion sur le véganisme et d'envisager un monde où les animaux ne seraient plus exploités.

Scindé en cinq parties, l'essai - extrêmement documenté et pourvu d'une bibliographie importante - est accessible à tous et bien structuré.

1/ Pourquoi végane ? Dans cette partie, Ophélie Véron revient aux origines du véganisme (apparu dès le Xe siècle av. JC avec le jaïnisme) en présentant ses accointances avec les grandes religions du monde. Elle présente ensuite la question de l'éthique animale et le concept d'antispécisme avant d'expliquer en quoi le véganisme est la solution première aux problèmes environnementaux. Enfin, elle termine cette première partie par des réponses aux douze objections que les omnivores font régulièrement aux véganes, du cri de la carotte aux questions de santé en passant par l'existence de causes plus importantes dans le monde. Que j'ai aimé cette partie ! Je crois que j'ai entendu toutes ces objections, par diverses personnes de mon entourage, et aujourd'hui je me sens plus à même d'y répondre de façon plus argumentée.

2/ Devenir végane : Ici, Ophélie Véron donne des conseils à ceux qui souhaitent faire le premier pas, explique ce que doit comporter un garde-manger végane, où se cachent les produits non véganes dans les étiquettes et les additifs et donne des astuces pour devenir végane pour de bon. Elle revient sur les raisons de devenir végane et celle pour le rester, pour l'éthique animale.

3/ Véganisme et santé : En tordant le cou à toutes les représentations qui font de l'être humain obligatoirement un omnivore , l'auteure, en s'appuyant sur de nombreuses études, explique les bienfaits d'une alimentation végétalienne. Elle revient sur les concepts d'équilibre alimentaire, de vitamines et de nutriments pour clarifier la question. Vous l'aurez vite compris : hormis la Vitamine B12 qui doit être prise en supplément, un régime végétalien équilibré est bénéfique pour la santé sur le court, moyen et long terme, que ce soit pour les enfants, les ados, les adultes, les femmes enceintes comme les personnes âgées. Et nombreuses sont les études qui le prouvent !

4/ Au-delà de l'alimentation : Dans cette partie, Ophélie Véron sort du carcan de l'alimentation pour aborder tous les autres aspects du véganisme : comment se vêtir, utiliser des produits d'hygiène et des cosmétiques véganes, entretenir sa maison, nourrir ses animaux de compagnie, se divertir. Dans cette partie, une foule de conseils, de marques (notamment 75 marques de chaussures véganes et/ou éco friendly ou qui proposent des modèles véganes, tous les labels de cosmétiques véganes, etc.), d'études aussi, pour enfoncer le clou sur la question de l'exploitation animale invisible, celle qui concerne nos maquillages, notre lessive ou encore les croquettes de nos animaux.

5/ Véganisme et société : Enfin, dans cette dernière partie, l'auteure revient sur le fait d'être végane et d'en parler autour de soi, que ce soit avec ses proches ou dans le cadre de son environnement de travail. Comment continuer à sortir et être végane ? Comment partir en voyages et respecter ses convictions ? Comment, enfin, se débrouiller dans une famille omnivore ?

Vous l'aurez compris, ce livre est pour moi LA référence sur la question. Je l'ai dévoré en prenant beaucoup de notes, en notant des pages. J'ai cheminé, au fil de ma lecture. J'ai appris, beaucoup, sur la question et notamment sur les origines du véganisme. Déjà largement concernée par la question, l'auteure n'a pas eu à me convaincre du bien-fondé de ce mode de vie mais m'a permis d'avancer sur certains points sur lesquels je bloquais.  
Pour l'instant, je suis toujours en transition. Il m'arrive de manger parfois du fromage. Mais plus de viande ni de poisson. Plus de cosmétique ou de produit d'hygiène non véganes. Plus d'achat de cuir. Je termine d'user ma paire de bottes achetée il y a 3 ans pour racheter des bottes véganes, idem pour mon portefeuille en croûte de cuir, mon pull en cachemire et mes oreillers en duvet. Pour les objets dont je ne me servais pas beaucoup, comme mon ancien manteau en laine ou mon sac de voyage en cuir acheté au Maroc, je les ai vendus sur Vinted. Je ne souhaitais plus les avoir dans mon armoire. Reste le problème de la vie sociale, n'étant environnée que par des omnivores et dans une ville où il n'y a qu'un seul resto de burgers véganes. De timides apparitions de plats véganes pointent leur nez dans certains restaurants, mais c'est limité... Heureusement, j'ai la chance que la plupart de mes proches cuisinent végane quand on vient, respectent nos convictions et soient ouverts à découvrir notre mode de vie. Ah oui, vivre avec un végane, ça aide aussi beaucoup. Mais il me reste encore du chemin à parcourir et ce livre m'a été d'une grande aide.
Un grand merci, donc, Ophélie Véron, pour ce condensé très riche et bien construit sur la question, qui regorge d'astuces, de conseils et de réflexions. C'est exactement le livre dont j'avais besoin sur mon chemin.

Pour terminer, je me dis que si tout le monde lisait un tel livre, il n'y aurait plus d'exploitation animale. Parce que c'est impossible de ne pas changer de point de vue et de rester insensible sur la question. Ou alors ça donne une idée de la personne qu'on est...

 

Jour 28 du Challenge Feel Good 

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17 janvier 2019

La meilleure des vies, J.K. Rowling

La meilleure des viesLa meilleure des vies est la retranscription du discours annuel de la cérémonie de remise des diplômes de fin d'année de l'Université de Harvard prononcé par J.K. Rowling le 5 juin 2008. Il a été publié en France chez Grasset en 2017.

Quand une femme que j'admire et une romancière que j'adore prononce un discours dans une des plus prestigieuses universités américaines, et qu'elle vante les mérites de l'échec et de l'imagination, je ne peux que l'admirer d'autant plus.
J.K. Rowling - dont on sait tous qu'elle a connu des heures sombres avant la success story d'Harry Potter - a fait le choix, devant un parterre d'étudiants parmi les plus brillants des États-Unis, d'évoquer ces deux concepts que sont l'échec et l'imagination. Et elle le fait avec une éloquence dont elle n'a pas à rougir, malgré le trac lié à cet exercice oratoire dans ce lieu mémorable. Les mots sont choisis, mesurés, pesés, les anecdotes personnelles glissées çà et là pour teinter l'ensemble d'intime, et le discours de prendre une ampleur singulière. Drôle d'idée, de parler d'échec à ces étudiants talentueux, sur le point d'avoir une carrière prestigieuse ? Pas tant que ça. J.K. Rowling nous offre ici une belle leçon d'humilité et d'humanité. A lire et à faire lire autour de soi, pour que l'échec ne soit plus stigmatisé comme il l'est. 
"Au fond, à chacun sa définition de l'échec, mais le monde n'a de cesse de vous imposer certains critères bien spécifiques, si vous lui en laissez le loisir." (p.29)

 "Ne vous inquiétez pas, je n'ai pas l'intention de vous expliquer que l'échec est une expérience merveilleuse. Ce fut pour moi une époque de ténèbres, et j'étais alors loin de me douter que j'en sortirais bientôt à la faveur de circonstances dignes d'un conte de fées, comme a pu depuis le raconter la presse. Je ne savais absolument pas jusqu'à quand je resterais dans l'obscurité, et pendant longtemps, la lumière au bout du tunnel fut un espoir plus qu'une réalité tangible. Pourquoi, alors vous parler des bienfaits de l'échec ? Tout simplement parce qu'il vous permet de vous dépouiller de tout ce qui n'est pas essentiel. (p.32-33)

 "Être conscient d'avoir surmonté des épreuves et d'en être sorti grandi, plus sage et plus fort, signifie que vous aurez foi à jamais en votre aptitude à survivre. On ne se connaît jamais vraiment soi-même, pas plus qu'on ne peut être assuré de la solidité des liens tissés avec autrui, tant que l'on n'a pas été confronté à l'adversité. Fût-il acquis dans la douleur, c'est là un savoir précieux, qui a plus de valeur à mes yeux que n'importe quelle qualification." (p.37)

 "Nous n'avons pas besoin de magie pour transformer notre monde ; nous portons déjà en nous tout le pouvoir dont nous avons besoin : nous avons le pouvoir d'imaginer mieux. (p.67) 

Jour 17 du Challenge Feel Good 

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03 janvier 2019

Imparfaits, libres et heureux : pratiques de l'estime de soi, Christophe André

Imparfaits, libres et heureux pratiques de l'estime de soi, Christophe AndréImparfaits, libres et heureux : pratiques de l'estime de soi, est un ouvrage écrit par le psychiatre Christophe André. Il est paru en 2006 aux éditions Odile Jacob.

On ne présente plus Christophe André, qui a permis grâce à ses livres de vulgariser la psychologie et la rendre accessible au plus grand nombre. S'il ne devait y avoir qu'un livre de développement personnel à avoir, selon moi, ça serait celui-là. Christophe André y aborde avec la finesse qui lui est propre les troubles de l'estime de soi et aide à les identifier pour mieux s'en protéger. Véritable guide personnel, il permet au lecteur d'engager un travail intime sur l'estime de soi pour ne plus se soucier du regard des autres, craindre le jugement ou l'échec, et avancer plus sereinement dans la vie.      
Lu il y a quelques années, alors que je traversais des heures sombres qui ont fait vacillé le peu d'estime que j'avais pour moi, je me suis replongée dans ces pages à l'occasion du Challenge Feel Good. Et ça fait un bien fou ! Parce que nous avons tous - quelle que soit notre éducation, notre enfance, notre milieu social, notre vie d'adulte - des troubles d'estime de soi plus ou moins ancrés. Et bien souvent, ils sont à l'origine d'autres troubles : peur du rejet, incapacité à prendre soin de soi, auto-destruction, complexes divers, addictions variées, jalousie, envie, etc. L'estime de soi est la base de tout. Et Christophe André nous aide à en prendre soin pour mieux vivre.      
Extrêmement documenté et pourvu d'une bibliographie conséquente, l'ouvrage se découpe en cinq parties pour balayer le sujet et avancer à son rythme :

1/L'estime de soi, c'est tout ça...
2/ Prendre soin de soi      
3/ Vivre avec les autres      
4/ Agir, ça change tout !      
5/ L'oubli de soi

Imparfaits, libres et heureux est et restera une lecture marquante dans ma vie. Il y a eu un avant et un après. Même si j'ai avancé sur la question, je sais qu'il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine me concernant. Un livre majeur que chacun devrait avoir dans sa bibliothèque pour le lire et y revenir régulièrement.

Jour 3 du Challenge Feel Good 

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11 novembre 2018

Sorcières : la puissance invaincue des femmes, Mona Chollet

Sorcières Mona CholletSorcières : la puissance invaincue des femmes est un essai de la journaliste franco-suisse Mona Chollet. Il est paru en septembre 2018 aux éditions Zones.

La sorcière, cette femme âgée, ridée, au nez crochu et aux cheveux fous, volant sur son balai, hante l'inconscient collectif. Persécutée en Europe durant la Renaissance, l'image de la sorcière est aujourd'hui récupérée par les féministes actuelles et étudiée dans cet essai par Mona Chollet  sous quatre angles d'approche : celui de la femme indépendante, de la femme sans enfant, de la femme âgée mais également à travers le prisme de la guerre faite aux femmes et à la nature et la vision du monde qui en a découlé.

Sujet éminemment sensible et intéressant, la place de la femme dans l'Histoire et plus particulièrement des femmes accusées de sorcellerie a retenu toute mon attention.      
Mona Chollet décortique dans cette essai le mythe de la sorcière en le reliant aux combats féministes d'hier et d'aujourd'hui. Elle n'épargne ni l'actuel aspect mercantile de la sorcellerie (aujourd'hui, il existe un réel marché de grigris, bougies, grimoires, cristaux, etc.), ni l'influence de l'industrie cosmétique censée éviter la vieillesse aux femmes, en passant par la question de la non maternité - toujours aussi peu comprise aujourd'hui - mais aussi le désapprobation de l'indépendance féminine, la contraception ou encore la disqualification des femmes  âgées sur le plan sexuel ou amoureux ou la question des écarts d'âge dans les couples.     
Ce qui m'a le plus marqué, c'est cette construction culturelle, dès l'enfance, de la beauté et de la jeunesse comme idéal. Même Walt Disney, en opposant jeunesse et vieillesse, beauté et laideur, participe de cet élan inconscient qui fera tendre les femmes vers un idéal de beauté (et une dépréciation lorsqu'elles s'en éloigne) et de jeunesse, à grands renforts de produits miraculeux. Les références se succèdent et ne se ressemblent pas, permettant d'ouvrir les yeux sur un regard sociétal biaisé et des injonctions diverses faites aux femmes.    
L'essai est dense, Mona Chollet adjoint à sa réflexion de nombreuses et pertinentes références bibliographiques, et amène à réfléchir. Loin d'être indigeste, l'ensemble se lit avec fluidité, interrogeant sans cesse les représentations de la femme à l'aune de l'image de la sorcière. A lire absolument !

"On peut présumer que si, aujourd’hui, les femmes sont réputées se flétrir avec le temps alors que les hommes se bonifient, si l’âge les pénalise sur le plan amoureux et conjugal, si la course à la jeunesse prend pour elles un tour aussi désespéré, c’est largement en raison de ces représentations qui continuent de hanter notre imaginaire, des sorcières de Goya à celles de Walt Disney. La vieillesse des femmes reste, d’une manière ou d’une autre, laide, honteuse, menaçante, diabolique."

"Le seul destin féminin concevable reste le don de soi."

"Un homme qui ne devient pas père déroge à une fonction sociale, tandis qu'une femme est censée jouer dans la maternité la réalisation de son identité profonde."

"Celles qui refusent la maternité sont aussi confrontées au préjugé selon lequel elles détestent les enfants, telles les sorcières dévorant à belles dents de petits corps rôtis durant le sabbat ou jetant un sort mortel au fils du voisin."

Si vous voulez en savoir plus, deux podcasts dans lesquels Mona Chollet est venue parler de son livre :

Sorcières#1 de La Poudre

 


 Du bûcher à #MeToo, la revanche des "sorcières" ? dans l'émission La Grande table idées sur France Culture

Challenge Halloween 2018, Halloween, logo

 

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18 avril 2017

Les livres prennent soin de nous, Régine Détambel

les livres prennent soin de nousLes livres prennent soin de nous est un essai de la kinésithérapeute et formatrice en bibliothérapie créative Régine Détambel, paru en 2015 chez Actes Sud. 

Quand la vie fait mal, les livres sont de précieux alliés. Par leurs mots, leur musicalité, leurs personnages, les métaphores qu'ils convoquent, ils permettent à celui qui souffre - de détresse psychique ou physique - de s'évader, de trouver un temps où la douleur n'est plus, de faire un pas de côté pour mettre à distance l'objet de la souffrance.

Dégoté à Livre Paris le mois dernier, cet essai a attiré mon attention sur le stand d'Actes Sud, par son propos et ses premières pages. Je n'ai donc pas tardé à le découvrir. Régine Détambel montre tout au long de cet essai le pouvoir des livres, particulièrement dans des situations difficiles. En s'appuyant sur des recherches en bibliothérapie, elle balaie le spectre des situations dans lesquelles le livre est un remède, une aide pour le lecteur. Très court, largement accessible au plus grand nombre, Les livres prennent soin de nous est une sorte d'avant-goût qui permet de découvrir la bibliothérapie au sens médical du terme.

Si j'ai aimé plonger dans le concept de bibliothérapie, je dois avouer que l'ensemble ne m'a pas réellement convaincue. Trop léger, l'essai reste en surface et aborde trop rapidement chaque axe. J'aurais dû m'en douter vu la brièveté du texte, mais je crois qu'au fond de moi j'en attendais plus. J'ai refermé ces pages alléchée, mais frustrée et avec l'impression finalement d'avoir appris trop peu sur la question. Petit florilège de citations qui ont néanmoins retenu mon attention et autour desquelles j'aurais aimé en savoir plus.

"La bibliothèque n'est pas, ne sera jamais, une pharmacopée maîtrisable." (p.83)

"Quand la vie emmure, l'intelligence perce une issue... Si l'écrivain publie, c'est d'abord parce que la littérature a commencé par modifier sa propre vie. Il est un lecteur averti, qui sait qu'un livre, un seul, peut parfois changer la donne, transformer le regard, ouvrir des horizons, mobiliser des énergies inconnues, infléchir la direction d'une existence." (p.85)

"C'est le propre de la narration que d'effacer l'idée même que le monde soit fragmentaire ; elle n'a sans doute pas d'autre but et c'est l'essentiel de la jouissance qu'elle procure. Elle comble les vides et ne joue des ellipses que dans l'éclat des transitions." (p.86)

"Lire et écrire serait donc le geste de se créer un cocon protecteur et exploratoire. On se protège pour pouvoir mieux explorer le monde. Le papier serait-il donc du sparadrap ?" (p.90)

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12 mars 2017

Fragments, Marilyn Monroe

Fragments, Marilyn MonroeFragments est une compilation des écrits de la blonde la plus célèbre du cinéma américain, parue en grand format en 2010 chez Seuil, puis en poche en 2012.

De Marilyn, on ne retient généralement qu'une présence radieuse et une beauté insolente portées par une blondeur candide. Une femme-enfant séductrice qui irradiait à l'écran.

Durant sa brève existence, pourtant, la belle n'a eu de cesse de lire, d'écrire et de s'interroger. Sur le monde, sur les relations humaines, sur son enfance, sur son art. Poèmes, lettres, écrits intimes, listes, journal, Marilyn a couvert de son écriture ronde et survoltée des dizaines de feuilles éparses et de carnets.

Véritables témoins de cet esprit aiguisé, poétiques, introspectifs, souvent torturés, parfois drôles, loin de la présence magnétique mais superficielle qu'elle incarnait à l'écran, ces écrits offrent une autre vision de Norma Jeane, son vrai nom. Ils replacent Marilyn à sa juste place, celle d'une artiste et d'une intellectuelle qui n'a eu de cesse de travailler pour pallier son manque d'éducation. Une perfectionniste passionnée par les mots et la littérature, qui a côtoyé Truman Capote, Karen Blixen ou encore Carson McCullers, sans oublier Arthur Miller, son troisième époux. 

Le livre en lui-même est un très bel objet (et encore, je n'ai que la version de poche) et met en face à face les photos des écrits de Marilyn et une traduction la plus fidèle possible de ces derniers.

Seule actrice de cette époque à être régulièrement photographiée un livre à la main, Marilyn a longtemps été réduite au rang de blonde écervelé dans laquelle certains de ses rôles l'ont cantonnée. Fragments permet de mettre en lumière son monde intérieur et sa présence poétique. Un incontournable.

 

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05 février 2017

Touriste, Julien Blanc-Gras

Touriste, Julien Blanc-GrasTouriste est le troisième livre du journaliste globe-trotter Julien Blanc-Gras paru en 2011 aux éditions Au Diable Vauvert. 

Julien Blanc-Gras se qualifie ni plus ni moins de touriste. Ni explorateur, ni Indiana Jones des temps modernes, juste touriste. Quelqu'un qui parcourt le monde en dilettante, à la rencontre des autres, de leur culture, de leur histoire, de leur quotidien. Touriste est un récit de ses escapades diverses et variées aux quatre coins du monde.

Voyager, c'est un peu ma vie (comme H&M, Monoprix et les crêpes diraient certaines...) et comme Julien Blanc-Gras, si je reste trop longtemps à un endroit, je finis par avoir les semelles qui me démangent (c'est le cas en ce moment). Ce livre était donc fait pour moi et je me suis régalée à sa lecture.

De la Chine au Proche-Orient, du Royaume-Uni à l'Inde, de la Polynésie au Brésil en passant par Madagascar et le Mozambique, je me suis retrouvée dans beaucoup de réflexions et de situations décrites par l'auteur et j'ai éclaté de rire plus d'une fois. Car sous couvert d'un regard observateur sur les pays qu'il parcourt, cet amoureux de la géographie et de la cartographie nous livre avec un humour très fin le fruit de ses pensées sur les us et coutumes des autochtones mais aussi - et surtout - sur les touristes. Jamais hautain ni donneur de leçon mais en toute humilité, il parcourt le monde sans jamais être dupe de ce qu'il voit ou ce qu'il vit. C'est beau, souvent drôle, parfois triste, toujours finement étudié.

J'avais commencé à l'envers en lisant l'adapation de ce livre en BD par Mademoiselle Caroline chez Delcourt. Je ne regrette absolument pas d'être revenue à la source en découvrant ce texte. A mettre entre les mains des voyageurs, mais pas que. On est tous touristes...

"Le caractère magique des cartes m'offrait mon premier choc esthétique. Aujourd'hui encore, je reste persuadé que la projection de Mercator, en dépit de ses imperfections, dévoile une grâce supérieure à la Joconde." (p.10)

"Certains veulent faire de leur vie une oeuvre d'art, je compte en faire un long voyage. Je n'ai pas l'intention de me proclamer explorateur. Je ne veux ni conquérir les sommets vertigineux, ni braver les déserts infernaux. Je ne suis pas si exigeant. Touriste, ça me suffit. Le touriste traverse la vie, curieux et détendu, avec le soleil en prime. Il prend le temps d'être futile. De s'adonner à des activités non productives mais enrichissantes. Le monde est sa maison. Chaque ville, une victoire. Le touriste inspire le dédain, j'en suis bien conscient. Ce serait un être mou, au dilettantisme disgracieux. C'est un cliché qui résulte d'une honte de soi, car on est toujours le touriste de quelqu'un." (p.12)

"J'ai fait une expérience inédite. C'est une bonne nouvelle en soi. Certaines personnes ne font jamais rien pour la première fois. Ils naissent, ils achètent un canapé, ils meurent." (p.75)

"Dans la plupart des pays, ma couleur de peau trahit le gringo. Je trimballe l'Occident avec moi, je ne peux pas y échapper. Mes origines inspirent la fascination ou le ressentiment, et toute la palette de préjugés se situant entre les deux." (p.109)

"Je n'ai rien contre la géopolitique de comptoir, c'est un miroir grossissant des névroses d'une société." (p.123)

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