Bienvenue à Bouquinbourg

Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

04 mai 2016

Wild, Cheryl Strayed

Wild Cheryl StrayedWild est le second livre de la romancière et essayiste américaine Cheryl Strayed publié en 2012 et adapté deux ans plus tard en film par Jean-Marc Vallée avec Reese Witherspoon dans le rôle-titre. 

Le Pacific Crest Trail - PCT pour les initiés - est un sentier de randonnée de 4240 km qui relie la frontière mexicaine à la frontière canadienne. Alors que sa vie s'effondre à la mort brutale de sa mère, Cheryl Strayed, fraîchement divorcée, se lance un défi : parcourir seule 1700 km de ce sentier. Sans préparation, sans connaissance ni condition physique particulières, elle s'élance vaillemment, sac sur le dos, maigres économies en poche. Souffrance, épuisement et découragement feront partie de son quotidien, mais dans cette expérience Cheryl parviendra à surmonter le chagrin dû à la disparation de sa mère et apprendra beaucoup sur elle.

Dévoré durant mon escale de 9h en Chine alors que je revenais de mon trip solo au Vietnam, Wild m'a fait l'effet d'une décharge électrique. Quelle expérience, quel parcours, quel courage surtout ! Cheryl Strayed s'est dépouillée de tout, durant sa randonnée sur le PCT - brûlant au fur et à mesure les chapitres des livres qu'elle lisait pour alléger le poids de son sac - mais a conservé un petit carnet dans lequel elle a consigné ses impressions. Et quel témoignage ! J'ai été littéralement happée par ces pages et j'ai eu l'impression de parcourir à ses côtés cette célèbre randonnée (à la différence près que j'ai gardé mes ongles de pied, moi, contrairement à elle...)

Arrivée à un point de rupture dans sa vie - sans lien avec sa famille, tout juste divorcée, sous l'emprise de drogues et de relations toxiques sans lendemain - Cheryl Strayed effectue un virage des plus audacieux en décidant de randonner seule. Cette expérience lui permet un retour aux sources salvateur et libérateur. Dépouillée de considérations matérielles, en perpétuel face-à-face avec elle, c'est sur le PCT qu'elle va se trouver et faire du tri dans sa vie. 

Je peine à trouver les mots pour vous exprimer l'émotion qui m'a saisie à la lecture de ce texte. J'ai eu l'impression de rentrer dans l'intimité de cette personne incroyable qui a réussi à vaincre ses démons à force de persévérance. Il y a tant de belles leçons de vie dans ce livre que je ne fais que le conseiller autour de moi depuis ma lecture. A bon entendeur...  Un gros coup de coeur, c'est évident...

"Le silence était incommensurable. Le vide écrasant. C'est ce que j'étais venue chercher, ai-je pensé. C'est ce que je voulais."

"Même dans mes heures les plus sombres - que je vivais précisément à cette époque -, j'avais toujours cru au pouvoir de l'obscurité. Oui, je m'étais perdue et je l'étais encore, mais, grâce à ces errances, j'avais appris des choses qui me seraient restées inconnues dans d'autres circonstances."

"Pour moi, la solitude avait toujours été un lieu plus qu'un sentiment, une petite pièce dans laquelle je pouvais me réfugier pour être moi-même. L'absence totale d'êtres humains sur le PCT avait altéré cette sensation. La solitude s'était étendue à l'univers tout entier, que j'occupais d'une façon toute nouvelle pour moi."

"J'étais juste venue, je commençais à le comprendre, pour surpasser ma peur et tout le reste - tout ce que je m'étais infligé, tout ce qu'on m'avait fait subir."

"Peut-être qu'en effet j'étais la personne la plus seule au monde. Mais peut-être que c'était bien."

"On ne peut jamais savoir pourquoi certains événements arrivent et d'autres non, ce qui provoque quoi, ce qui détruit quoi. Quelles choses permettent à d'autres de naître, de mourir ou de changer de cours."

"Les larmes que j'avais senti monter près du pont se sont enfin mises à couler. "Merci, ai-je pensé. Merci." Pas seulement pour cette longue marche, mais pour tout ce que je sentais enfin fusionner en moi ; tout ce que le chemin m'avait appris et tout ce que je ne savais pas encore, mais qui était déjà là, quelque part."

"Tout ce qui comptait, c'était l'authenticité de ce que je venais d'accomplir. Et le fait que j'en comprenne le sens même si je n'étais pas encore capable de le formuler."

 

 Pour terminer, la bande-annonce du film

(que je n'ai toujours pas vu...)

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25 octobre 2013

Coco Chanel, Elisabeth Weissman

Coco Chanel, Elisabeth Weissman

Coco Chanel est une biographie consacrée à la créatrice éponyme, écrite par la journaliste et essayiste française Elisabeth Weissman.

Beaucoup ont essayé de dresser le portrait de la grande dame qui aimait se faire appeler Mademoiselle. Mais si les biographies sont nombreuses, nombreuses sont également les zones d'ombre qui subsistent autour de la vie de Gabrielle Chanel. 
Elisabeth Weissman prend le parti de se distancier par rapport à ce qui a déjà été écrit sur Gabrielle Chanel et propose une lecture placée sous le signe de l'analyse sociale et féministe. Son propos ? Essayer de comprendre et donner à voir à son lecteur comment cette enfant abandonnée et d'une pauvreté extrême, a réussi à devenir une créatrice de génie et une femme à la fortune colossale, à l'heure où les femmes n'avaient aucune existence sociale et vivaient sous la coupe de leur mari.

Le pari d'Elisabeth Weissman était risqué. 94 pages seulement pour parcourir la vie de Gabrielle Chanel, là où Edmonde Charles-Roux, entre autres, lui consacre 662 pages avec son Irrégulière.
Mais Elisabeth Weissman réussit avec brio ce projet de courte biographie placée sous l'angle féministe et celui de la condition sociale de son objet d'étude. De l'enfance pauvre, ballotée entre orphelinat et institutions religieuses de Gabrielle, à ses débuts de chanteuse de cabaret qui lui valent le surnom de Coco, à ses balbutiements dans la mode lorsqu'elle commence en tant que commise dans un commerce de Moulins avec sa jeune tante, Elisabeth Weissman revient sur ces éléments marquants de la vie de la créatrice et éclaire son parcours à la lumière des humiliations vécues et des frustrations refoulées. Ce sont justement ces blessures qui ont permis à Gabrielle, par un perfectionnisme rare et un goût acharné pour le travail, d'ériger l'empire économique que l'on connaît et de prendre une revanche face à une vie difficile.
De ses amours malheureuses, Gabrielle Chanel retire une indépendance rare et un goût extrême pour le travail, son ultime raison de vivre. Amoureuse à plusieurs reprises, elle essuie des échecs successifs et perd brutalement deux de ses amours, décès qui seront dévastateurs pour son équilibre émotionnel. Là encore, Elisabeth Weissman éclaire la vie de Chanel à la lumière de ces expériences et analyse leurs conséquences. Alors qu'elle rêvait d'une vie maritale aisée, Gabrielle finit sa vie seule, délaissée, ne trouvant que dans le travail une raison de vivre et s'y plongeant à corps perdu, jusqu'à ses derniers jours.
Je ressors enchantée de cette lecture. La pertinence de l'analyse d'Elisabeth Weissman m'a permis de découvrir la vie de fashionChanel sous un angle inhabituel et diablement intéressant. Première incursion dans la liste des biographies consacrée à Mademoiselle, Coco Chanel ne sera pas la dernière, c'est certain.

Voici une nouvelle participation
au défi Read me, I'm Fashion de L'Irrégulière.

Un grand merci à Babelio et aux éditions  pour l'envoi de cette biographie dans le cadre de l'Opération Masse Critique.

Et parce qu’Élisabeth Weissman l'indique en bibliographie et que le document est disponible grâce à l'INA, je vous propose de découvrir un numéro spécial de l'émission Cinq colonnes à la une, datant de 1959, dans lequel Pierre Dumayet interviewe la grande dame.

 

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15 mai 2012

Julie & Julia, Julie Powell

Julie & JuliaJulie & Julia est un best-seller autobiographique américain, tiré du blog culinaire de son auteure, Julie Powell. Paru en 2005 aux États-Unis, il est sorti en 2008 aux Éditions du Seuil. En guise de résumé, le billet posté par Julie sur son blog pour annoncer au monde son projet...

"Le livre 
L'art de la cuisine française. Première édition, 1961. Louissette Bertholle. Simone Beck. Et, bien sûr, Julia Child, la femme qui a appris à l'Amérique à faire la cuisine et à manger. Nous croyons aujourd'hui vivre dans le monde créé par Alice Waters, mais à l'origine de tout il y a Julia Child, et personne ne peut l'égaler.

La candidate 
Fonctionnaire peu motivée le jour, gastronome amateur le soir. Trop vieille pour le théâtre, trop jeune pour avoir des enfants et trop aigrie pour tout le reste, Julie Powell se cherchait un défi. Elle le trouva dans le projet Julie/Julia. Risquant sa vie de couple, son emploi et le bien-être e ses chats, elle a signé pour un contrat insensé. 365 jours. 524 recettes. Une fille dans une minable cuisine de banlieue. Jusqu'où ira-t-elle, nul ne peut le dire..."(p.34-35)

J'avais aimé le film du même nom, avec Meryl Streep parfaite dans le rôle de Julia Child. J'ai eu envie de découvrir le livre à l'origine, ainsi que le projet de Julie Powell. Et FondantOchocolat, à l'occasion du Swap Chocolat et Cinéma m'a fait le plaisir de me l'offrir ! Merci beaucoup ! Julie Powell
Qu'une américaine se lance dans le défi de la cuisine française, c'est vrai que c'est audacieux ! Raconter en détails les différentes façons de tuer un homard, de retourner tout son quartier pour trouver un os à moelle, etc.... Cela peut nous paraître dérisoire, mais l'écard culturel entre nos deux pays et nos gastronomies permet à l'humour d'être très présent. Pour un américain moyen, déguster de aspics ou des oeufs pochés au vin rouge, c'est assez conceptuel ! Suivre Julie dans ses tentatives pour tenir bon son défi et réaliser l'intégralité des recettes du livre de Julia Child est un plaisir.
Je n'ai pas pu m'empêcher d'établir un parallèle assez évident sur la condition de  blogueur. Julie décrit son rapport à la blogosphère avec justesse et met en lumière ce que nous pouvons vivre au quotidien, nous blogueurs. Notre addiction à notre blog, à ceux de nos amis-blogueurs, et l'incompréhension de la plupart de nos proches quant à notre rapport à notre écran... J'ai souri, bien entendu. Et je me suis dit que depuis 2004 - année du défi de Julie - cela n'avait fait que s'accroître. 
Lectures communesJ'ai passé un très bon moment de lecture. Si j'ai craint, au début de ma lecture, un roman un peu mièvre, frôlant la chick-litt (le sous-titre Sexe, blog et boeuf bourguignon et très peu engageant...), mes craintes se sont vite évanouies grâce à un récit biographique authentique et bourré d'humour.        

 J'ai lu ce roman dans le cadre d'une lecture commune avec CottageMyrtille. Je file voir de ce pas ce qu'elle en a pensé !

Et voilà ma première participation au Challenge La littérature fait son Cinéma que Will reconduit pour la deuxième année consécutive et ma troisième participation au Challenge  Biographie organisé par Alinéa.

                                              Challenge Biographie

 Edit du 23 mai : Syl. a eu raison de moi : je m'inscris à son Challenge Les Livres Gourmands,
catégorie Tutti Frutti et je commence illico avec ce roman !

Les livres gourmands de Syl

Comme d'habitude, je ne résiste pas à l'envie de vous glisser la bande-annonce du film
réalisé en 2009 par Nora Ephron.

 

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29 janvier 2012

Vie et opinions de Maf le chien et de son amie Marilyn Monroe, Andrew O'Hagan

Vie et opinions de Maf le chien et de son amie Marylin Monroe , Andrew O'HaganVie et opinions de Maf le chien et de son amie Marilyn Monroe est une oeuvre du romancier écossais Andrew O'Hagan parue en 2010 avant d'être traduite en France en 2011.

Marilyn pleure son mariage avorté avec Arthur Miller. Pour la consoler, Frank Sinatra lui offre un chien. Et c'est Maf, ce petit bichon, qui va nous raconter l'histoire de la belle actrice. Entre réflexions philosophiques, citations tirées de grands classiques et analyses politiques, le petit chien de Marilyn observe tout et critique tout. 

Vie et opinions de Maf le chien et de son amie Marilyn Monroe est une biographie de Marilyn très originale. Plutôt que de revenir sur l'enfance de celle qui fut la star hollywoodienne par excellence, ses amours et ses problèmes, Andrew O'Hagan s'offre le luxe de faire prendre en charge la narration par un chien. Et le résultat est furieusement réussi ! 
Maf est un condensé de snobisme intellectuel qui juge d'un oeil acéré la société qui entoure sa belle maîtresse qui sent si bon. Adopter le point de vue du compagnon invisible de Marilyn, son chien, permet à Andrew O'Hagan de brosser un portrait décalé de cette dernière, entre fascination et incompréhension de son compagnon.
Si j'ai déjà beaucoup lu sur cette actrice (fictions et biographies), j'ai aimé me replonger dans un pan de sa vie avec ce roman. J'ai ri, je me suis interrogée sur la véracité de certains faits, bref, j'ai aimé cette lecture !

Cette lecture me permet d'inaugurer ma participation au Challenge Biographie d'Alinéa et de poursuivre mon Challenge Marilyn chez George.

Challenge Biographie

Je tiens à remercier libfly ainsi que Le cercle points pour ce roman reçu dans le cadre de l'opération Un poche, Un(e) mordu(e), Une critique !

 

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16 septembre 2011

A l'enfant que je n'aurai pas, Linda Lê

9782841115631Les Affranchis est une nouvelle collection des éditions NiL conçue et dirigée par Claire Debru. En voici la ligne éditoriale :

"Quand tout a été dit sans qu'il soit possible de tourner la page, écrire à l'autre devient la seule issue. Mais passer à l'acte est risqué. Ainsi, après avoir rédigé sa Lettre au père, Kafka avait préféré la ranger dans un tiroir. Écrire une lettre, une seule, c'est s'offrir le point final, s'affranchir d'une vieille histoire. La collection « Les Affranchis » fait donc cette demande à ses auteurs : « Écrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite. »"

A l'enfant que je n'aurai pas est un texte dans lequel Linda Lê s'adresse de façon intime à cet enfant qui n'existe pas, celui qu'elle a décidé de ne pas avoir. Par ce choix difficile - celui de ne pas donner la vie, de ne pas être mère - Linda Lê s'affranchit des conventions sociales bien ancrées dans notre inconscient collectif. Ne pas avoir d'enfant peut-être un choix, et non pas une résignation, et être bien vécu.
C'est donc dans cette lettre à cet enfant imaginaire que Linda Lê défend son choix de vie, son refus de devenir l'image même de la femme nécessairement mère. Sans pour autant renier sa féminité. Sans pour autant renier ce qu'elle est, et ce qu'elle sera.
Cet exercice de style intime s'il en est est une merveille d'écriture. Linda Lê nous livre dans une plume imagée et poétique une partie de son passé, décortique et donne à voir ce qu'ont été son enfance et son rapport à sa mère et à la maternité. Un texte poignant, engagé, intime et vibrant. A lire d'un souffle, d'une traite, sans respirer !

Je remercie libfly et les Editions Nil  pour ce livre reçu en avant-première.
  Capture

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02 juin 2011

Une passion indienne, Javier Moro

passionJavier Moro est un scénariste espagnol né en 1955 (grand cru, diraient certains...) Il est l'auteur, entre autres, d'Il était minuit cinq à Bhopal, Le sari rose et Pied de Jaipur.

Une passion indienne relate la vie d'Anita Delgado, jeune danseuse andalouse dont s'est entiché le maharajah de Kapurthala, un petit état de l'Inde du Nord. Mariée à ce dernier à dix-huit ans, la jeune fille quitte son pays pour découvrir les Indes. Nous sommes en 1908. Le pays est encore sous la domination anglaise. La Partition n'est encore qu'un projet. Pour la jeune fille, cinquième épouse du maharaja et rebaptisée Maharani Prem Kumari, se faire accepter dans ce pays aux coutumes si éloignées des siennes n'est pas une mince affaire.

Il est un point sur lequel je voulais m'arrêter pour débuter ce billet, c'est son classement dans mon blog dans la catégorie "Biographies et écritures du moi". Cette catégorisation m'a tiraillée, mais j'ai finalement opté pour ce choix. Sous-titré en effet "roman", ce livre n'est en rien une fiction et s'apparente en bien des points à une biographie de la princesse andalouse. L'auteur relate des faits de façon successive, sans parfois même prendre la peine de les lier entre eux, et n'éclaire à aucun moment son lecteur sur cet étrange sous-titre. Même si une biographie possède de façon intrinsèque une part fictionnelle due à l'interprétation de l'auteur des faits et de la vie de la personnalité à laquelle il s'intéresse, ici, rien n'est clair. Quelle est la part de fiction dans ce livre ? Mystère... Pour ma part, je n'ai à aucun moment eu l'impression de lire un roman dans la mesure où tous les éléments relatés sont historiquement avérés et que les photos présentes en fin d'ouvrage appuient ceux-ci.
Ce détail soulevé, je ne peux ensuite que vous avouer que cette lecture m'a profondément ennuyée. Je m'attendais à lire le récit haut en couleurs de cette femme, véritable jouet occidental pour le maharaja, et de sa vie romanesque s'il en est. Déception ! Javier Moro a construit son livre de manière chronologique, ce qui semble logique dans l'optique d'une biographie, mais n'a pas réussi à insuffler ce petit quelque chose qui aurait pu éveiller mon intérêt. J'ai eu l'impression de lire une énumération de faits mis bout à bout, sans réelle cohérence ni réflexion.
Dans son soucis de donner le maximum de détails sur le destin de cette femme, Javier Moro a oublié l'essentiel : intéresser son lecteur tout au long de ses 430 pages.Je ne vous cache pas ma déception. La vie d'Anita Delgado méritait une biographie davantage romanesque, à l'image de ce qu'elle a vécu, et non un documentaire présenté comme un conte de féesVignette_LC moderne sans aucune réflexion derrière...

Ce roman a été lu dans le cadre d'une lecture commune avec
Elea23. Je l'inscris bien entendu dans le cadre du Challenge "L'Inde en fêtes".

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12 mai 2011

L'Apprentissage de la ville, Luc Dietrich

arton1945_48f47L'Apprentissage de la ville est un livre qui me tient particulièrement à coeur et que je souhaitais vous présenter. Cette oeuvre est le second volet d'un diptyque débuté sept ans plus tôt avec Le Bonheur des tristes.

L'Apprentissage de la ville a ceci de particulier qu'il met à mal toutes les conventions du pacte autobiographique traditionnel. Luc Dietrich y raconte une période de sa vie, de 1931 à 1935, mais si beaucoup d'éléments sont avérés, d'autres sont arrangés voire inventés. Ce brouillage de pistes atteint son paroxysme avec le sous-titre "Roman" donné à ce texte qui présente pourtant toutes les caractéristiques d'une autobiographie.

Né en 1913, orphelin de père, Luc Dietrich subit une enfance itinérante aux côtés de sa mère, toxicomane. Lorsque celle-ci s'éteint en 1931, le jeune homme est à son tour plongé dans une vie instable. Sans le sou, il fréquente toutes sortes de milieux, plus ou moins bien famés, et survit au jour le jour.
De sa rencontre avec Lanza del Vasto naît l'énergie qu'il met dans son oeuvre littéraire et qui nous permet, aujourd'hui, de mesurer le talent de cet écrivain disparu trop tôt...

L'Apprentissage de la ville est un texte très intimiste qui mériterait pourtant davantage de visibilité. Il dégage une poésie d'une rare beauté portée par un élan fugace d'une intensité inouïe.
Suivant au fil des pages l'itinéraire de l'auteur et le fil de sa vie, le texte nous emmène dans un monde à part, où la temporalité s'estompe au profit de tranches de vie, d'anecdotes, de souvenirs parfois fictifs dans lesquels le lecteur doit délier le vrai de l'imaginaire.
C'est une lecture qui m'a profondément marquée tant elle ne ressemble à rien de ce que j'ai pu lire avant. Luc Dietrich nous offre ici un texte vibrant d'émotion dont on ne ressort pas indemne.

Une lecture qui n'est peut-être pas d'un abord facile car d'une construction sans réel ancrage temporel, mais qui mérite qu'on s'y attarde, qu'on déchiffre cette vie qui porte en elle toutes les caractéristiques d'une tragédie grecque. Luc Dietrich s'est éteint à l'âge de 31 ans, en 1944, des suites d'une septicémie contractée par une blessure de guerre. Il laisse derrière lui une oeuvre brillante, d'une musicalité rare et vibrante d'images poétiques.
A lire si le style d'un auteur compte autant si ce n'est plus qu'une intrigue rocambolesque à souhait. A lire pour découvrir un artiste,
une plume, une vie.

"Le sang coule dans le creux de la hanche, mes mains ne peuvent plus le retenir. Il est beau, il est précieux, et il s'en va." (p.29)

"Cette nuit les herbes ont poussé si haut que les arbres ont peur pour leurs fruits." (p.47)

"Le passé m'était remords, l'avenir menace, le présent dégoût." (p.62)

"Et sommeil aussi sera notre vie de demain, quand le soleil luira et que nous nous croirons en éveil, nous les humains chefs-d'oeuvre, nous les petits parfaits du globe, aux mobiles de 68135280mouche, à la mémoire épaisse et à la langue agile." (p.155)

Cette lecture me permet d'honorer mon engagement pour le Challenge nécrophile de Fashion.

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20 mars 2011

Toxique, Françoise Sagan

toxiqueCe titre, cette couverture jaune et l'auteure de ce livre m'avaient follement attiré l'oeil chez Cynthia il y a peu. Lorsque je suis allée errer dans une librairie le weekend dernier et que mes yeux se sont posés sur cette couverture, je n'ai pas hésité une seconde.

En 1957, Françoise Sagan est victime d'un accident de voiture. Grande amatrice de voitures et de vitesse, l'auteure de Bonjour Tristesse souffre tant pendant trois mois, que les médecins lui prescrivent un dérivé de la morphine, le palfium, autrement appelé le "875". La souffrance s'atténue, mais son départ rime avec accoutumance et dépendance
Un mal en chassant un autre, Françoise Sagan est obligée de suivre une cure de désintoxication. Toxique est le journal qu'elle a rédigé à cette période.

Récit de ces souffrances, tant physiques que psychologiques, Toxique est un magnifique texte. Tout en pudeur et en retenue, Françoise Sagan nous livre ici ses angoisses, ses réflexions mais aussi ses espoirs quant à sa situation. Magnifiquement illustré par Bernard Buffet, le texte de Sagan prend toute sa dimension. Le corps est mis en scène, squelettique, en souffrance, tandis que le quotidien prend une tonalité sombre pour la jeune narratrice.
Un texte fort, à lire d'une traite pour appréhender l'entièreté des sentiments de Françoise Sagan.

 challenge_sagan_by_delphineJ'ai longtemps résisté au Challenge Françoise Sagan organisé par Delphine et George, mais avec ce titre, je capitule !

J'inscris donc cette lecture dans ce challenge, et annonce par là-même ma participation dans la catégorie "Mini-Challenger" (Lire 1 ou 2 romans et / ou biographie). Je n'ai pas d'autres titres de Sagan dans ma PAL, mais je me laisserai peut-être tenter, qui sait ?

Et parce que j'aime beaucoup Françoise Sagan et que j'aime aussi énormément Sylvie Testud, je ne peux que vous conseiller le biopic qui avait été réalisé en 2008 par Diane Kurys et dont voici la bande-annonce :

 
 

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04 mars 2011

Marilyn dernières séances, Michel Schneider

9782070349289Sur Marilyn Monroe, beaucoup a été écrit, trop peut-être... Après avoir lu deux biographies la concernant, j'ai décidé de m'en tenir là sur les récits plus ou moins fantasmés concernant sa vie.

Pourquoi alors avoir succombé à Marilyn dernières séances ? Je ne sais pas. Peut-être parce que le parti de Michel Schneider n'était pas, comme bien d'autres, de comprendre le destin brisé de la star à travers son enfance, ses errements ou encore ses amants. 
Peut-être aussi parce qu'il n'affirme jamais entreprendre de comprendre celle qui fut tant médiatisée qu'elle se perdit en chemin. Il ne subsiste de la fascinante Marilyn que des souvenirs, des films, des mensonges aussi, et puis des réalités arrangées. Et Michel Shneider compose avec ces vides laissés au présent.
De ses derniers instants, il n'évoque que des bribes, décidant de laisser de côté la polémique sur cette nuit ultime où tout a basculé. Et finalement, c'est ce qui m'a plu.    
Loin des documentaires plus ou moins fiables qui promettent de révéler enfin ce qu'il advint de l'actrice adulée, Marilyn dernières séances se présente comme un ouvrage à part qui, s'il ne débute pas avec l'enfance de la jeune femme, n'échappe néanmoins pas à quelques rapides retours sur cette époque. Sa construction déconstruite chronologiquement évite, pour qui connaît un tant soit peu le parcours artistique et personnel de la belle, de lasser son lecteur. Michel Schneider alterne passé et présent, sans pour autant perdre son lecteur dans les méandres de cette vie chaotique.
Son propos ? Se pencher sur les relations qu'entretinrent Marilyn et son quatrième psychanalyste, Ralph Greenson, durant les deux dernières années de la vie de la mythique blonde. Sur leur relation destructrice, l'auteur ne porte pas de jugement, mais laisse parler les professionnels qui  connurent ce tandem improbable. Des deux, qui avait l'emprise sur l'autre ?  Qui détruisait l'autre ? Le mystère reste entier. Et finalement, des incertitudes qui demeurent sur la vie de Marylin, celle-ci semble être la plus fascinante.
Sans jamais sombrer dans une psychologie facile et hasardeuse, Michel Schneider offre ici un ouvrage étonnant autant qu'agréable. Un livre au rythme rapide, sans temps mort, au style soigné et imagé, qui a su capter mon intérêt malgré deux ouvrages déjà lus sur le sujet.

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J'inscris cette lecture comme troisième participation au Challenge Marilyn Monroe de George.L'avis deDaniel Fattore.

"REWIND. Remettre la bande à zéro. Recommencer toute l'histoire. Repasser la dernière séance de Marilyn. C'est toujours par la fin que les choses commencent." (p.15)

"Il la prend, la jette. Avec amour et abjection, il l'écoute, deux ans et demi. Il n'entend rien et la perd. Ce serait une histoire triste, sinistre, dont rien ne rachèterait la mélancolie, même pas ce sourire par lequel Marilyn semblait s'excuser d'être si belle." (p.15)

"Elle était devenue mon enfant, ma douleur, ma soeur, ma déraison." (p.24)

"Je suis son analyste, je veux incarner une image paternelle positive, un père qui ne la décevrait pas, qui éveillerait sa conscience ou lui prodiguerait, à tout le moins, de la bonté." (p.290)

"La détresse était le seul moyen pour elle de s'assurer de la présence de l'autre et elle était devenue une entité cauchemardesque qui en dépit de tout amour, de toute fragilité ou splendeur, le détruisait inexorablement. Et s'il n'avait pas envie d'être détruit ?" (p.388)

                          photo_151937_2570323_201004062832363    marilyn_monroe_les_hommes_preferent_les_blondes

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19 novembre 2010

Marilyn Monroe, enquête sur un assassinat, Don Wolfe

Wolfe1Il y a presque un an, je découvrais la vie de la mythique actrice à travers la célèbre biographie d'Anthony Summers, Les vies secrètes de Marilyn Monroe.
Non contente de découvrir le parcours de
cette femme, j'ai eu envie d'approfondir un peu mes connaissances sur le sujet grâce à une autre biographie. Et lorsque j'ai vu celle-ci sur l'étal d'un bouquiniste, il y a quelques mois, j'ai succombé.

Don Wolfe prend le parti, dès le titre de son livre, de découvrir qui a tué Marilyn Monroe en posant comme postulat de départ que sa mort n'est en rien un suicide. Cette biographie s'ouvre donc sur la découverte du corps inanimé de l'actrice dans sa maison de L.A. et se poursuit avec un retour sur la vie entière de Norma Jeane.
Pour qui ne connait pas l'envers du décor - les débuts de la jeune femme en tant que mannequin, son enfance dickensienne en familles d'accueil, la folie de sa mère, ses angoisses nocturnes et ses addictions diverses - Marilyn Monroe, enquête sur un assassinat est un ouvrage intéressant.

Pour ma part, je n'y ai trouvé aucun intérêt par rapport à la biographie d'Anthony Summers : les deux ouvrages sont très proches au niveau du style et des éléments apportés. Les annexes sont certes fournies dans le livre de Don Wolfe, mais n'éclairent en rien sur la mort de Marilyn. Oui, elle était en relation avec les Kennedy et au courant de secrets nationaux qu'elle était susceptible de révéler à la presse en cas de rupture avec les frères Kennedy. De là à en conclure à un assassinat, il est bien difficile de se prononcer : les témoins de cette époque sont  quasiment tous décédés et nombreuses sont les pièces à conviction du dossier qui ont diparu.
Force est d'admettre qu'on ne saura jamais ce qui s'est passé dans la soirée du 4 août 1962, quoiqu'en affirme Don Wolfe...
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 Et voici ma deuxième participation au Challenge Marilyn Monroe de George !

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