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Blogueuse littéraire, un brin modeuse, surtout rêveuse, parfois créative, voyageuse à ses heures, yoga addict et buveuse de thé invétérée.

05 mars 2017

D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds, Jón Kalman Stefánsson

D'ailleurs les poissons n'ont pas de pied, Jón Kalman StefánssonD'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds est un roman de l'islandais Jón Kalman Stefánsson paru en août 2015 chez Gallimard.

Ari revient au pays. Pour cet éditeur de poésie islandais émigré à Copenhague, l'Islande regorge de souvenirs. De son enfance à Keflavik, mais aussi celle de sa famille de pêcheurs à Norðfjörður, dans l'est du pays. Trois générations d'hommes qui partent affronter la mer tandis que leurs femmes les attendent, sur la terre ferme. Dans cette Islande sombre aux champs de lave qui accueillent celui qui atterrit, les souvenirs affluent.

Je suis profondément marquée par le voyage que j'ai fait en Islande il y a huit ans (quinze jours à quatre en sac à dos, une expérience mémorable !) et j'aime à y retourner grâce à la littérature de temps à autre.

Ce roman m'a emportée dans une Islande que je ne connais pas, l'Islande des pêcheurs et de leurs familles au début du siècle dernier, l'Islande envahie par les Américains durant la Seconde Guerre mondiale, l'Islande froide, noire, sombre, l'Islande des souvenirs et des regrets. Beaucoup de noirceur émane de ce roman, c'est indéniable, mais une incroyable poésie aussi. De ces générations entremêlées et de ces liens tissés au fil du temps surgissent des fulgurances d'une poésie rare et des questionnements intéressants. La vie, le couple, le sexe, la mort, l'amitié, tout y passe. C'est intelligent, parfois dérangeant, toujours constructif.

Jón Kalman Stefánsson brille dans sa construction narrative, baladant son lecteur entre les époques, lui faisant traverser le 20e siècle au travers de personnages vulnérables, faillibles, qui ont parfois sombré un peu dans la folie. C'est beau, éminemment émouvant, et l'intrigue se dénoue au fil des pages et des incursions dans les souvenirs d'Ari. Un roman bouleversant. Sombre, mais bouleversant.

"Nous prenons des calmants, des excitants, des tranquillisants pour supporter le quotidien. Les années passent, le but de la vie demeure vague, nous ne comprenons presque rien, nous prenons du poids, nos nerfs s'usent puis se rompent et nous sommes constamment affligés par l'insatisfaction et les désirs inassouvis. Nous rêvons d'une solution, aspirons à l'azur et à l'éther, mais n'ayant ni le temps, ni la sérénité, ni l'endurance qu'il faut pour les atteindre, nous avalons, reconnaissants, les solutions hâtives, les plats préparés, le sexe à la va-vite, tout ce qui nous procure une solution d'urgence, nous vivons à l'époque de l'instantané."

"A la fois excuse et justification de notre existence, à la fois provocation, accusation et cri, en dépit des paradoxes irréconciliables qui habitent chaque être humain, l'art est ce qui nous permet de vivre sans sombrer dans la folie, sans exploser, sans nous transformer en blessure, en malheur, en fusil. Il est ce qui permet malgré tout à l'homme de se pardonner les imperfections de sa condition humaine."

"Celui qui ne ressent aucune souffrance et n'est pas bouleversé face à la vie a le coeur froid et n'a jamais vécu - voilà pourquoi vous devez être reconnaissant de verser ces larmes."

"Nous avons tous, à un moment ou l'autre de notre vie, et parfois terriblement, besoin que quelqu'un nous prenne dans ses bras, besoin d'une étreinte à même de nous consoler, de libérer nos larmes ou de nous procurer un refuge quand quelque chose s'est brisé. Nous désirons qu'on nous étreigne simplement car nous sommes des hommes et parce que le coeur est un muscle fragile."

"Comment traverser la vie sans trop de dommage alors que tout passe, que les fulgurances s'affadissent, que les baisers refroidissent et que si peu de choses nous accompagnent sur la route qui est nôtre ? Pourquoi vivons-nous dans cet univers imparfait où les couples se déchirent car l'amour, première, deuxième et troisième merveille du monde, s'est changé en un mardi maussade, une sécurité stérile, une simple habitude ?"

"Puis vient la nuit. Avec sa besace emplie de ténèbres de janvier et d'étoiles qui scintillent comme autant de souvenirs lointains du ciel, elle vient avec les rêves qu'elle distribue en toute justice et en toute injustice. Vient la nuit de janvier, si lourde et si profonde que celui qui s'éveille en son sein et jette un regard au-dehors est persuadé que plus jamais le soleil ne poindra dans cet univers de ténèbres et d'étoiles."

"Pleurons-nous parce que le langage est imparfait et qu'il échoue à sonder le tréfonds de la vie, qu'il n'entre qu'à mi-chemin dans les failles les plus profondes, les larmes ne viennent-elles que lorsque les mots s'interrompent, sont-elles des messages sortis de l'abîme, de l'abîme insondable et pur ?"

"La musique a le pouvoir de dissiper les ténèbres, de nous arracher à notre tristesse, à nos angoisses, à notre pessimisme et de nous insuffler la joie de vivre, le bonheur d'exister, d'être ici et maintenant : sans elle, le coeur de l'homme serait une planète sans vie."

Une chronique de soukee rangée dans Littérature islandaise - Vos commentaires [12] - Lien permanent vers ce billet [#]
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Vos commentaires

    Pas sûr que ce soit mon genre...
    Bonne semaine !

    Posté par philippedester, 05 mars 2017 à 19:48 | | Répondre
    • Je n'étais pas certaine non plus... Et j'ai été conquise ! Bonne semaine toi aussi !

      Posté par soukee, 05 mars 2017 à 19:59 | | Répondre
  • Je pense que ça peut me plaire! J'adorerais faire un voyage en Islande!

    Posté par Tiphanie, 06 mars 2017 à 16:00 | | Répondre
    • C'est une île incroyable et je suis certaine que tu adorerais. Au fait, bonne nouvelle de mon côté : j'ai eu mon inter !! Bye bye Créteil, la Lorraine me voilà !

      Posté par soukee, 06 mars 2017 à 20:04 | | Répondre
  • Tu es conquise, je crois qu'il me plairait ce roman !

    Posté par Noukette, 06 mars 2017 à 20:35 | | Répondre
    • Complètement conquise. Et je suis certaine que tu le serai aussi.

      Posté par soukee, 06 mars 2017 à 22:35 | | Répondre
  • Ha mais c'est super ça!!! Maintenant l'intra! Tu voudrais être sur Metz? Tu as des chance?

    Posté par Tiphanie, 06 mars 2017 à 21:20 | | Répondre
    • Ouiiiii... C'est génial et j'ai du mal à y croire. Oui j'aimerais être sur Metz. Ou en tout cas pouvoir y vivre (et récupérer mon vélo, laissé à Toulouse). Je ne sais pas si j'ai mes chances, j'attends le BO de l'intra. Quelle nouvelle en tout cas... Quitter l'IDF après 7 ans, c'est une page qui se tourne.

      Posté par soukee, 06 mars 2017 à 22:37 | | Répondre
  • Tu sais que c'est un écrivain que j'adore, mais genre vraiment, vraiment !!!!!! Celui-ci est excellent mais "La tristesse des anges" restera définitivement son chef d'oeuvre !

    Posté par Jerome, 07 mars 2017 à 13:52 | | Répondre
    • C'est vrai ? Au fond ça ne m'étonne pas... J'ai vraiment adoré ce roman et j'ai très envie de découvrir sa trilogie du coup.
      Finalement, après une période très feel good pour ménager mes neurones fatigués, on revient sur les mêmes longueurs d'ondes.

      Posté par soukee, 07 mars 2017 à 17:58 | | Répondre
  • En tout cas, le livre est très sympa !! Bonne semaine, Soukee !

    Posté par FondantGrignote, 13 mars 2017 à 17:45 | | Répondre
    • Oui, très chouette ! Bonne semaine toi aussi ! Bizzz


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      Posté par soukee, 13 mars 2017 à 18:23 | | Répondre
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